Catherine Hill : « La levée de certaines mesures anti-Covid envoie un mauvais signal »

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Alors que le virus circule encore très largement, l’allégement des contraintes sanitaires à partir de ce mercredi « donne l’impression que tout va mieux », regrette l’épidémiologiste.

Durée : 4 minDes patients attendent de subir un test de dépistage du nouveau coronavirus Covid-19 à Paris, le 23 décembre 2021

Des patients attendent de subir un test de dépistage du nouveau coronavirus Covid-19 à Paris, le 23 décembre 2021

Par Sébastien Julian Publié le 02/02/2022 L’EXPRESS

C’est une première étape qui reflète, pour le gouvernement, une amélioration sur le front de l’épidémie de Covid. Ce mercredi 2 février, les contraintes sanitaires qui pèsent sur les Français seront allégées : le port du masque en extérieur, dont l’efficacité reste limitée, ne sera plus obligatoire. En intérieur, et notamment dans les stades, les salles de concert ou les théâtres, les mesures barrières continueront de s’appliquer. Cependant, les jauges destinées à limiter l’accueil du public disparaîtront. Enfin, en entreprise, le télétravail ne sera plus obligatoire mais recommandé. Ces modifications interviennent alors que le nombre d’infections et de morts se maintient à un niveau élevé. En suivant l’exemple du Royaume-Uni et du Danemark qui, eux aussi, desserrent la vis, le gouvernement prend-il le risque d’agir trop tôt, voire de contribuer à faire repartir l’épidémie ? L’Express fait le point avec l’épidémiologiste Catherine Hill.  https://embed.acast.com/1d0e62b5-9dc8-4f78-92b9-219c240e56a2/61f96360e619e20012dd64e1

L’Express. La situation sur le front de l’épidémie est-elle suffisamment bonne pour assouplir les règles sanitaires ?  

C.H. : Je trouve au contraire que la situation n’est pas bonne. Regardons les chiffres. Le nombre de contaminations baisse depuis quelques jours, mais ce n’est pas un indicateur très fiable de l’évolution de l’épidémie car il dépend beaucoup du nombre de personnes testées. L’application L’ExpressPour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyezTélécharger l’appLIRE AUSSI >> « On ne s’émeut plus des chiffres » : sommes-nous devenus moins sensibles aux morts du Covid ?

Par ailleurs, le nombre de cas positifs avérés reste largement inférieur à sa valeur réelle car beaucoup de contaminations viennent de gens qui ne sont pas symptomatiques. Depuis le début, je pense que nous détectons environ un cas positif sur trois. Pour voir véritablement où nous en sommes, mieux vaut suivre de près les nouvelles arrivées à l’hôpital. Au 1er février, en moyenne sur 7 jours, nous avions, en France, 2783 nouvelles entrées de patients. Un niveau nettement supérieur à celui atteint lors du pic de la troisième ou de la quatrième vague. Le nombre d’arrivées en réanimation – un autre indicateur intéressant – reste lui aussi à un niveau élevé : 285 personnes par jour. L’hôpital reste donc sous tension avec les conséquences que l’on connaît sur les services de médecine générale. Enfin, dans l’ensemble du pays, nous avons enregistré quotidiennement 279 décès en moyenne au cours des 7 derniers jours. C’est beaucoup plus que lors de la vague précédente, au cours de laquelle nous étions restés en dessous de 100. Il est donc encore trop tôt pour se réjouir. La levée de certaines mesures anti-Covid envoie même un mauvais signal. Elle donne l’impression que tout va mieux. Or nous avons encore un variant très contagieux qui circule très largement et précipite des gens à l’hôpital.  

La levée des mesures peut-elle relancer les contaminations ?  

Les mesurettes dont on parle comme, par exemple, le port du masque en extérieur, ne changeront pas grand-chose du point de vue de l’épidémie, qu’on les abandonne ou pas. Le problème vient plutôt du fait que le gouvernement multiplie les erreurs. Sur la vaccination par exemple. Le passe vaccinal a été mis en place avec l’idée qu’un tel dispositif allait encourager les gens à se faire vacciner. Or de mon point de vue, c’est un échec total. Le gouvernement a beau s’enorgueillir du nombre de personnes ayant reçu deux ou trois injections, cela fait plusieurs semaines qu’il y a très peu de primo vaccinations. En d’autres termes, les gens qui n’étaient pas du tout vaccinés continuent de ne pas l’être du tout. Ces personnes, que l’on trouve notamment dans la catégorie des plus de 80 ans, ne sont pas toutes opposées à la vaccination. Loin de là. Il s’agit de personnes isolées, non connectées ou dont la santé fragile rend difficile les déplacements. Ces gens-là n’ont tout simplement pas accès à la vaccination et on se doute bien que la mise en place d’un numéro vert ne changera rien à l’affaire. LIRE AUSSI >> Gilbert Deray : avec Omicron, on nous vend une belle histoire, un « happy end » digne de Netflix 

Si l’on veut faire progresser la vaccination, il faut aller vers cette population en envoyant des médecins ou des infirmières à leur domicile pour leur proposer de les vacciner. Malgré les annonces du gouvernement, cela n’a pas été fait alors que d’autres pays y arrivent très bien. L’Islande, l’Irlande ou le Portugal ont vacciné 100% des plus de 60 ans. Le Danemark et Malte y sont presque. La France, en revanche, n’apparaît qu’en milieu de peloton européen du point de vue de la vaccination des aînés. Nous sommes clairement mauvais sur ce critère. C’est d’autant plus regrettable qu’en parallèle, la stratégie « tester, tracer, isoler » entraîne des dépenses faramineuses, sans résultat probant puisque beaucoup de cas positifs passent au travers des mailles du filet.  Sur le même sujet

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