Enquête de Zone interdite sur l’islam radical: «Il existe plusieurs Roubaix en France»

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(Bigre ! Qui l’eût cru ?… Artofus)

Par Guylain Chevrier. LE FIGARO. 2 février 2022

FIGAROVOX/TRIBUNE – En réaction à la diffusion du documentaire M6 sur le séparatisme dans la ville de Roubaix, Guylain Chevrier met en garde contre la fragmentation sociale et le risque d’affrontement dans les territoires islamisés.

Guylain Chevrier est docteur en histoire, formateur, enseignant et consultant. Il est un ancien membre de la mission laïcité du Haut Conseil à l’Intégration.

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Depuis la diffusion, dimanche 23 janvier sur M6, d’un reportage de Zone interdite sur l’islamisme, particulièrement à Roubaix, la polémique fait rage. La journaliste de M6, Ophélie Meunier, qui a présenté cette enquête, ainsi que le jeune juriste Amine Elbani qui en est l’un des témoins à charge, ont été menacés de mort et placés sous protection policière.

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Les critiques habituelles fusent, faisant le procès d’une enquête qui viserait à stigmatiser les musulmans. Et avec eux, la ville de Roubaix, décor au départ de cette enquête. Mais les faits sont têtus. S’il n’est pas question dans l’émission d’assimiler islam et islamisme, elle offre un témoignage éloquent sur la pénétration du rigorisme et de l’intégrisme religieux en France. Depuis les premiers voiles dans une école à Creil, en juin 1989, y contestant la laïcité, on a vu monter des revendications religieuses venant principalement de l’islam, dans tous les secteurs d’activité, allant jusqu’à chercher l’affrontement avec la République. Loin de faits isolés, on rappellera qu’en 2016, le ministre de la ville d’alors, Patrick Kanner, au lendemain des attentats de Bruxelles, estimait qu’une «centaine de quartiers en France» présentait déjà «des similitudes potentielles avec Molenbeek», quartiers de la capitale Belge considérés comme un foyer de l’islamisme radical et vivier du terrorisme. On ne peut nier aujourd’hui l’évidence, après quelques enquêtes éloquentes, dont celle de l’Institut Montaigne intitulée «un islam français est possible» (2016), qui révélait qu’un groupe représentant 28 % des musulmans de France manifestait des attitudes autoritaires, «sécessionnistes», voyant dans la religion un moyen de révolte contre la société, voire la charia comme supérieure à la loi commune.

Ce courant de l’islam [le salafisme] vise une pratique qui aurait été celle des compagnons du prophète au VIIe siècle, et donc moyenâgeuse, en total décalage avec notre modernité démocratique.Guylain Chevrier

Le salafisme est plus particulièrement pointé comme source des problèmes, ce courant de l’islam qui vise une pratique qui aurait été celle des compagnons du prophète au VIIe siècle, et donc moyenâgeuse, en total décalage avec notre modernité démocratique. L’Institut Montaigne, dans une autre étude (2018), a montré que cette dérive salafiste avait un succès important, surtout chez les moins de 35 ans. Les Frères musulmans ne sont pas moins problématiques, mais aux méthodes moins frontales. Si le port du voile islamique n’est pas nécessairement du ressort de l’islam radical, il est l’expression du refus du mélange au-delà de la communauté de croyance, et ainsi, signe du développement d’une logique communautaire d’enfermement. Derrière ses murs, les endoctrineurs peuvent agir à leur guise, d’où leur promotion du voile. Selon une étude de l’Ifop de septembre 2019, en 2003, 24% des femmes se déclarant musulmanes disaient porter le voile, elles étaient 31% en 2019.

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Le reportage livre quelques faits marquants sur l’état de la question, d’abord à Roubaix, mais aussi à Marseille, en région parisienne, à l’université de Bobigny… On découvre un magasin où on vend des poupées voilées sans visage, en raison d’une conception rigoriste de l’islam pour laquelle toute représentation humaine est interdite, conditionnant ainsi dès le plus jeune âge à cette vision religieuse du monde qui efface l’identité, particulièrement des filles. Des livres d’une librairie, qui a pignon sur rue, valident la lapidation. Ici, un club sportif fermé associait à son activité des cours coraniques. Là, une association censée faire du soutien scolaire servait de vitrine à du prosélytisme religieux. Dans telle école, juste le Coran, pas de manuel scolaire, ou encore pas de mixité. Ailleurs, on évacue les sujets gênants du programme, comme la mythologie grecque, au regard de laquelle on rappellera qu’il n’y a qu’un dieu…

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Dans une école musulmane, on évoque l’installation dans ses propres locaux d’une école clandestine, pour répondre à des demandes nombreuses d’inscriptions en liste attente. L’interdiction d’enseigner la musique est évoquée. Une jeune fille de 16 ans portant le voile, qui refuse d’aller au lycée pour ne pas avoir à le retirer, dira que le cœur choisit soit la musique soit le Coran… Plus loin, une mosquée fermée pour cause d’intégrisme, n’en a jamais respecté l’injonction. Mais aussi, des chauffeurs de bus qui refusent de serrer la main des femmes, ou de les relever après leur service pour prendre leur place. Encore à l’université de Bobigny (93), est constaté des prières dans les espaces communs, de plus en plus de jilbab, ces longues robes qui prolongent le voile et s’inscrivent dans une démarche rigoriste, fondamentaliste de l’islam. Youssef Chiheb, enseignant, explique que c’est par conviction qu’elles portent le voile, et qu’elles le revendiquent, que cela ne relève plus d’une pratique religieuse mais d’une revendication politique, terreau de l’islam radical.

Ce qui est demandé par ces personnes, c’est de pouvoir affirmer leur religiosité partout et en toutes circonstances, sans restriction, jusqu’à empiéter sur les libertés des autres, c’est-à-dire selon une conception dogmatique de leur religion.Guylain Chevrier

L’argument en général avancé, pour justifier des pratiques religieuses rigoristes, est le «respect» des convictions personnelles, au titre de la liberté, inversant en fait la réalité. Car ce qui est demandé par ces personnes, c’est de pouvoir affirmer leur religiosité partout et en toutes circonstances, sans restriction, jusqu’à empiéter sur les libertés des autres, c’est-à-dire selon une conception dogmatique de leur religion. Certains témoignages de cette démarche dans l’entreprise montrent où cela mène. Une salariée rapporte que, dans son équipe, qui s’occupe du public dans le cadre d’une salle d’exposition, des collègues se réclamant comme musulmans ont commencé à quitter leurs postes, en demandant que leurs collègues les remplacent pour pouvoir s’adonner plusieurs fois par jour à la prière. Puis, quelque temps plus tard, au regard de l’usage de la cuisine commune où chacun se prépare son repas, l’un d’entre eux, en porte-parole, est venu demander aux autres salariés de bien vouloir respecter leur religion en ne mangeant plus de porc devant eux. Plus question de l’exercice d’une liberté individuelle, on voit s’exprimer là un groupe de pression religieux, qui entend assigner les autres aux règles de son culte.

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Lorsque certains avancent «le respect», pour justifier de ne pas serrer la main d’une femme, c’est le même argument des convictions personnelles qui sert à cet effet, pour présenter cette attitude comme respectable. En réalité, ce «respect» qui se voudrait être une démarche légitime, est l’expression d’une conception de la femme qui doit être tenue loin de l’homme comme tentatrice, en projetant sur elle la responsabilité du désir masculin, qui doit ainsi être par le voile tenue à l’écart des regards. C’est ainsi que l’homme doit l’encadrer et la contrôler, et qu’elle est décrite dans la sourate IV du coran comme inférieure, à soumettre. On voit là encore comment la règle religieuse va à l’encontre de l’égalité femmes-hommes, en se justifiant par un choix individuel d’exercer sa religion, sans aucune restriction, pour finir par nier les libertés des autres, et se traduire par une discrimination sexuelle.

Ce que révèle ce reportage, c’est une situation d’affrontement entre la République et l’islamisme, qui entend détourner la religion à des fins politiques…Guylain Chevrier

Certes, il y a celles qui choisissent de porter le voile sans aucune pression ou en tout cas, sans pression consciente, mais se rendent-elles compte que ce choix de vouloir le porter, est le fait d’une société de liberté, qui les y autorise ? Qu’elles mettent ainsi en péril, par leur militantisme, qui concourt à une inversion du rapport de force entre la République et un communautarisme qui, s’il l’emportait, les assignerait à un contrôle et une soumission les privant de cette liberté de choix ?

Ce que révèle ce reportage, c’est une situation d’affrontement entre la République et l’islamisme, qui entend détourner la religion à des fins politiques, comme le dénonce l’imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, lui aussi menacé de mort et bénéficiant d’une protection. Gérald Darmanin explique que l’on déjoue un attentat par mois et que l’on a fermé 672 établissements divers concernés par le problème. Face à ce constat, on ne fait donc pas rien, mais qu’en est-il encore de ces politiques qui jouent avec le feu du clientélisme politico-religieux, croyant acheter la paix sociale, quitte à servir les intérêts de ceux que l’on dit combattre ? Nous sommes loin d’une République ne cédant rien sur ses valeurs et principes, alors qu’il s’agit de garantir à tous la même liberté, croyants ou non. Elle passe par des mesures coercitives étouffant tout manquement, mais aussi par une grande clarification, à défaut de quoi, nous glisseront vers la fragmentation sociale et le risque d’affrontement.


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