«Eric Zemmour reproduit toutes les erreurs du FN de Jean-Marie Le Pen» 

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Entretien avec Marine Le Pen (1/2)

Elisabeth Lévy et Jeremy Stubbs – 2 février 2022 CAUSEUR

«Eric Zemmour reproduit toutes les erreurs du FN de Jean-Marie Le Pen»
© Hannah Assouline / Causeur

Sereine et – apparemment – confiante malgré les défections de certains de ses élus, Marine Le Pen mène sa troisième campagne aux élections présidentielles. Et c’est avec un certain sang-froid qu’elle affronte un obstacle aussi redoutable qu’inédit : Éric Zemmour, qui risque de lui barrer la route du second tour. Ironie de l’histoire, elle se positionne comme le vote utile. Voire comme le rempart contre l’extrémisme.


Causeur. Comment fait-on campagne en temps de pandémie ?

Marine Le Pen. On s’adapte ! Depuis septembre, je suis la candidate la plus présente sur le terrain, au contact direct des Français sur tout le territoire. J’ai aussi pu me rendre à Mayotte et à La Réunion avant les fêtes. Dès le 1er février, des bus spéciaux partiront de Reims, pour sillonner les régions. Ce dispositif fait partie de l’opération « 5 000 marchés » : deux ou trois marchés visités par jour, au moins quatre jours par semaine. Je rejoindrai de temps en temps l’un de ces bus pour visiter un marché ou faire une réunion publique. Dans cette campagne présidentielle, je suis la candidate du peuple face au candidat de plateau qu’est Éric Zemmour et à la candidate versaillaise qu’est Valérie Pécresse. J’ai choisi de faire des dizaines de réunions publiques dans les petites villes et les territoires ruraux, pour aller vers les gens, tandis que dans un grand meeting, on retrouve essentiellement des gens déjà convaincus.

Que pensez-vous de la manière dont les médias vous traitent ?

De septembre à décembre, en raison de la montée en puissance du phénomène Zemmour, certains grands médias nous ont volontairement invisibilisés. On n’existait plus. Il y avait des émissions sur l’immigration, sur le nucléaire avec tout le monde sauf Marine Le Pen. Aujourd’hui, les Français peuvent enfin comparer nos projets et réaliser que le mien n’est ni outrancier ni excessif, mais tout simplement raisonnable. En ce sens, Zemmour nous rend service. Il n’en demeure pas moins qu’il divise les voix de la famille nationale au risque de faire accéder Pécresse au second tour…

Macron a géré la crise sanitaire en dépit du bon sens. Surtout, il a divisé le pays comme jamais. Je le lui avais dit pendant le débat : « Vous serez le président de la guerre de tous contre tous »

Donc, en tant que nouveau diable, il vous fait paraître plus modérée, mais il vous pique des voix ?

Je ne suis pas modérée, mais sereine. Les attaques du système que j’ai subies étaient des manipulations : je n’ai jamais fait les provocations et les déclarations qui justifiaient ces procès d’intention. J’ai toujours agi de manière responsable, disant la vérité aux Français dans le respect des personnes. Éric Zemmour reste un commentateur qui joue au candidat, par exemple, quand il avoue benoîtement chez Cyril Hanouna que Valérie Pécresse doit lui donner les parrainages, parce que sinon elle ne sera pas au second tour. De plus, son problème, c’est qu’il aime la France – il en a même une idée un peu fantasmée – mais il n’aime pas les Français. Quand je lui ai posé la question, il m’a répondu : « Mais le général de Gaulle non plus ! » Or, ce n’est pas parce que de Gaulle avait des mots durs en privé qu’il n’aimait pas le peuple français ; on l’a bien vu dans sa politique sociale et son respect absolu du vote de ses concitoyens, donc de leur intelligence et de leur dignité. On ne peut pas diriger la France si on n’aime pas les Français.

Marine Le Pen, janvier 2022 Photo: Hannah Assouline

Oublions Zemmour un instant : en quoi Marine Le Pen 2022 est-elle différente de celle de 2017 ?

Je ne suis plus à la tête d’un parti. Or, les partis politiques sont, par définition, des appareils partisans qui façonnent la manière de mener campagne. Aujourd’hui, je suis totalement libre, ce qui me permet de réfléchir, par exemple à un gouvernement d’union nationale, sans être obligée de m’en justifier auprès des uns et des autres. Nous avons collé à l’esprit même de la Ve République, et tout le monde voit bien que je ne le fais pas pour des raisons médiatiques. J’ai une vie d’engagement et trois présidentielles au compteur, ça joue. Et surtout, j’y vais pour gagner !

Donc, en 2017, vous saviez que vous alliez perdre ?

Non, mais j’avais conscience de l’immensité des obstacles. Certains semblent oublier tous les murs de mensonges que nous avons fait tomber, toutes les batailles idéologiques que nous avons gagnées, toutes les élections que nous avons remportées. Objectivement, en 2017, les éléments d’une victoire n’étaient pas réunis. Aujourd’hui ils le sont. Emmanuel Macron était la dernière bouée de sauvetage d’un système qui a ruiné la France et mis les Français en danger. Sa faillite morale, économique et fiscale est totale. Et par ailleurs, le caractère caricatural de Zemmour a achevé de démontrer que, non seulement je n’ai jamais été un danger pour la République, mais que je suis la seule à avoir la capacité et le projet de sauver les valeurs fondamentales qui font

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