Annonce d’une deuxième candidature: Macron prend-il les citoyens pour des imbéciles? 

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Le maître du suspense

Philippe Bilger  CAUSEUR. 3 février 2022

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3 février 2022

Annonce d’une deuxième candidature: Macron prend-il les citoyens pour des imbéciles?
Le président Macron, Paris, 29 juin 2021 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 01026014_000012

Les soutiens d’Emmanuel Macron s’agitent en coulisse… Son site internet de campagne est en ligne… et il a déjà ses 500 parrainages… Mais, le temps de l’annonce de sa candidature ne serait pas encore venu pour “Jupiter”?


Emmanuel Macron n’est pas vraiment un président comme les autres. Certains, qui le soutiennent, s’en félicitent. D’autres réticents, réservés, voire hostiles, perçoivent cette singularité comme négative. Quand, depuis des mois, il nous laissait entendre qu’il était tout à sa tâche présidentielle et qu’il instillait le doute sur sa possible candidature, on n’y croyait pas mais on n’était pas scandalisé pour autant.

Une ambition intime

Puis, alors que son ambition de se représenter et d’être réélu apparaissait sans équivoque et qu’il mettait en branle ce processus d’ambiguïté redoutable pour ses futurs adversaires d’être à la fois président mais clairement candidat en profitant des moyens que sa charge lui octroyait, on ne s’indignait pas cependant. On considérait que tous ses prédécesseurs avaient agi de la même manière et que c’était en quelque sorte de bonne guerre. Même si je n’approuvais pas cette constatation molle et résignée parce qu’il me semblait qu’Emmanuel Macron dépassait les bornes sur un mode cynique, désinvolte et joyeux – tant il semblait prendre du plaisir à cette profonde transgression républicaine -, je ne parvenais pas à convaincre dans mon champ modeste de cette singularité.

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Le jeu présidentiel a commencé par lasser quand la certitude de sa candidature s’est accompagnée de minauderies, qu’il a mis à rude épreuve les nerfs de la démocratie et qu’au fond il a pris les citoyens pour des imbéciles. Il ne s’agissait plus de sa candidature plus qu’évidente mais du moment où il voudrait bien nous annoncer ce grand événement. Ici ou là, il s’amusait à prévenir que cela viendrait “le moment venu” et que nous n’avions pas à nous impatienter. Ce comportement le mettait confortablement en surplomb par rapport à ses concurrents, lui permettait d’observer, de continuer à “cramer la caisse” et de masquer de petits calculs derrière une apparente et surjouée majesté présidentielle.

Une candidature bouffe!

Le débat, dorénavant, a pris une tournure franchement surréaliste puisque, de manière explicite, il met sur la table républicaine la double entrave à une déclaration formelle de candidature que serait le risque de conflit entre la Russie et l’Ukraine et ce qu’il reste encore de menace sanitaire. Ces dangers “derrière nous”, il sera libre de faire don de sa personnalité à la prochaine joute présidentielle. C’est une manière élégante et discutable de tenter de nous persuader que sans lui la France serait perdue…

En même temps, ses affidés diffusant l’instruction présidentielle font savoir qu’il serait évidemment hors de question qu’Emmanuel Macron débatte avec ses rivaux avant le premier tour. On aboutit à ce paradoxe que candidat longtemps officieux, nulle réplique n’était permise à ses concurrents mais que enfin déclaré, il demeurera à l’abri de toute contestation de la réalité de sa politique sauf à attendre un second tour si lui-même est qualifié!

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Nous ne sommes plus dans une normalité même extrême mais dans une candidature bouffe – par référence à l’opéra bouffe. Comme un vaudeville qui parviendrait presque à faire perdre toute gravité à l’échéance du mois d’avril si, malgré le caractère erratique et imprévisible de la campagne, la conscience n’était pas claire du choix décisif à opérer entre une présidence solitaire, narcissique, verbeuse et un autre avenir. Il est dramatique pour une démocratie comme la nôtre de tomber dans le ridicule à cause d’un pouvoir ayant trop longtemps joué au chat et à la souris avec le peuple. Parce que rien n’est plus insupportable qu’un président qui n’a pas honte de piper les dés républicains.

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