Ivan Rioufol: «Ces fossoyeurs de la démocratie française»

Réservé aux abonnés

Par Ivan Rioufol

LE FIGARO. 3 février 2022

Ivan Rioufol. François BOUCHON/Le Figaro

CHRONIQUE – Le rejet du débat dépasse la sphère médiatico-hygiéniste et sa quête d’une opinion récurée.

La démocratie française se laisse maltraiter. Il est devenu périlleux de défendre la liberté quand elle déplaît aux autorités ou aux faux curés. La crise sanitaire a institué une pensée unique avalisée par des médias aux ordres. La directrice de la rédaction de BFMTV a ainsi déclaré: «Il ne faut pas trop troubler les gens, (…) pas trop aller à rebours du discours officiel, car ça serait fragiliser un consensus social.» Libération a pareillement lancé, mardi, un observatoire pour surveiller les propos «alternatifs», «dans un contexte de remise en cause de la parole officielle». Une majorité de l’opinion s’est laissée convaincre par ce récit «officiel», construit sur le catastrophisme et l’infantilisation. Cette stratégie a justifié, chez beaucoup, l’abandon de certains droits individuels dont celui de garder la maîtrise de son corps face à des vaccins expérimentaux et peu concluants. Le despotisme de l’État mamma n’a pas suscité de révoltes massives.

La semaine du FigaroVoxNewsletter

Le samedi

Retrouvez les chroniques, les analyses et les tribunes qui animent le monde des idées et l’actualité. Garanti sans langue de bois.S’INSCRIRE

À LIRE AUSSIIvan Rioufol: «L’État hygiéniste défigure la démocratie»

Cette acceptation d’un autoritarisme d’État n’est pas de bon augure. D’autant que le rejet du débat dépasse la sphère médiatico-hygiéniste et sa quête d’une opinion récurée. Martine Aubry, maire de Lille, a décrété Éric Zemmour indésirable dans sa ville, où il doit tenir meeting ce samedi. «Il n’est pas le bienvenu», a-t-elle dit en appelant à manifester «pour dire non au racisme et à l’extrême droite (…) au nom de la République fraternelle (sic)». Ce faisant, l’élue socialiste légitime d’éventuelles violences de la part des néofachos qui peuplent la gauche perdue. Ces censeurs n’ont plus que l’injure comme arguments. Jean-Luc Mélenchon, affrontant Zemmour dans l’émission de Cyril Hanouna, «Face à Baba» (C8), a traité son interlocuteur de «chien»Marine Le Penest aussi une cible. Cette déshumanisation est celle des épurateurs.

La Primaire populaire de la gauche, imaginée par des citoyens soucieux de contourner la pesanteur des appareils, a tenté de conjurer la dérive du camp progressiste. La consultation a réussi à mobiliser 87 % des 467.000 inscrits. La primaire de la droite n’a pas eu une telle assise. Néanmoins les résultats de cette initiative, conçue pour promouvoir Christiane Taubira confirmée au final, se sont transformés en farce. Les autres prétendants à la présidentielle se sont empressés de rejeter les appréciations de ces électeurs. Naguère, la convention citoyenne pour le climat, autre soubresaut démocratique, s’était semblablement traduite par une mascarade destinée à redonner la main aux militants écologistes.

La gauche, dans ses réticences à écouter le peuple furieux, a sa large part dans l’effondrement démocratique. Toutefois, le grand ordonnateur de cette régression reste Emmanuel Macron. Il donne des leçons aux pays d’Europe centrale et à la Russie. Or il se comporte en autocrate agacé par les désobéissances de la piétaille. Le chef de l’État a fait savoir qu’il refuserait, en cas de candidature, de se plier aux confrontations du premier tour. Un débat «montrerait un manque d’exigence démocratique», a argumenté Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, en tordant les évidences. Attal a également annoncé (Le Parisien, samedi): «Dans l’après-Covid (…) on veut poursuivre la redéfinition de notre contrat social avec des devoirs qui passent avant les droits, du respect de l’autorité aux prestations sociales». Se dessine, derrière ces flous, un ordre moral mis au service d’une société manichéenne excluant les sous-citoyens.

Sanctionner les malades?

Pour certains idéologues de l’hygiénisme, convaincus de détenir la vérité, les digues démocratiques ont déjà sauté. Martin Hirsch, patron de l’AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) questionne: «Est-il logique de bénéficier des soins gratuits quand on a refusé pour soi la vaccination gratuite et qu’on met doublement en danger les autres?». En d’autres termes, Hirsch invite à sanctionner financièrement des malades coupables de n’avoir pas obtempéré aux injonctions du Comité de salut public sanitaire. Ce petit Robespierre a déjà fait tomber quelques têtes, comme celle du professeur Christian Perronne. Il mène sa guerre contre l’insolent professeur Didier Raoult. Aujourd’hui, l’idéologue est prêt à faire voler en éclats l’architecture de la Sécurité sociale afin de mater les citoyens trop libres. En juillet, Hirsch déclarait, exalté: «Le vaccin, c’est la liberté, l’égalité, la fraternité! En se vaccinant soi-même on protège tous les autres, on protège ceux avec lesquels on doit faire peuple.»

À LIRE AUSSIHirsch veut des soins payants pour les non-vaccinés: «Demain les fumeurs qui auront un cancer devront payer, eux-aussi?»

Faut-il rappeler que les vaccins promus fanatiquement ne sont pas obligatoires et qu’ils ne protègent pas de la contamination ni de la transmission? Faudrait-il, dans cette logique de punition, faire payer buveurs, fumeurs et gloutons pour leurs mauvais comportements? Le peu d’indignations suscitées par les propos du patron de l’AP-HP invite les tyranneaux à pavaner. Olivier Véran, Père Ubu de la Santé, s’y emploie.

La démocratie française a davantage de fossoyeurs que de promoteurs. Michel Houellebecq décrit, dans Anéantir , la «normativité quasi fasciste, qui avait peu à peu infecté les moindres recoins de la vie quotidienne». Mais l’époque «pseudo-ludique» décrite par l’écrivain n’est pas seule en cause. C’est bien le constant mépris du peuple par une caste au pouvoir qui est au cœur de la crise. La macronie prône un apolitisme qui l’autorise, sous couvert d’état d’urgence permanent, à une gestion technocratique et sans âme. L’implantation des éoliennes, par exemple, se fait en dépit des oppositions des populations locales. Fabien Bouglé relève (1) «l’absence de prise en compte de l’avis de la population» dans les enquêtes publiques. Lundi, sur Europe 1, le philosophe Pierre Manent a alerté sur «le coup d’État permanent des institutions européennes», qui n’ont pas un regard pour les peuples inquiets. Or ce sont bien ces institutions que Macron promeut en priorité, d’autant qu’il a pris le 1er janvier la présidence tournante de l’Union européenne. Seul le peuple réveillé saura remettre la démocratie sa place. Il y a urgence.

«Convoi de la liberté»

Les médias ont donné peu d’écho à la démonstration de force des routiers canadiens anti-passe vaccinal et à leur «Convoi de la liberté». Ils ont pourtant bloqué Ottawa et contraint le premier ministre Justin Trudeau à se mettre à l’abri. Un mouvement similaire semble vouloir se former en Europe. À suivre.

(1) Éoliennes, la face noire de la transition écologique, Éditions du Rocher.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :