Pourquoi la Journée internationale du hijab est une trahison

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Lancé en 2013, le « hijab day » assimile le port du voile islamique à un simple choix vestimentaire, oubliant l’idéologie misogyne qui le sous-tend, selon Khadija Khan.

nDes femmes voilées offrant des roses à Kiev, pour célébrer la Journée internationale du hijab, le 1 février.

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Par Khadija Khan pour Areo Magazine (traduction Peggy Sastre)

Publié le 03/02/2022 L’EXPRESS

En voilà une belle ironie : la Journée internationale du hijab – une initiative lancée aux Etats-Unis en 2013 pour promouvoir la solidarité interculturelle en encourageant les femmes de toutes origines à porter un voile islamique durant une journée – a été célébrée le 1er février, date à laquelle, en 1979, l’ayatollah Rouhollah Khomeiny rentrait en Iran après des années d’exil, pour bientôt imposer le voile obligatoire à toutes les Iraniennes. Cet anniversaire, le Jour de la révolution islamique, est un jour férié en Iran. Ce qui fait que la Journée internationale du hijab et la Journée de la révolution islamique sont toutes deux célébrées en février par des femmes portant le hijab. 

Cette coïncidence expose toute l’absurdité de la Journée internationale du hijab, qui assimile le port du voile islamique à un simple choix vestimentaire, alors qu’il s’agit en réalité de l’invention d’une idéologie misogyne faisant des femmes des objets sexuels intrinsèquement immoraux et dont le visage et les cheveux doivent être dissimulés sous des plis de tissu. Toutes les lois et coutumes qui exigent le hijab sont conçues pour perpétuer un ordre social assujettissant les femmes. En Iran, toute femme refusant de porter le hijab est qualifiée de vulgaire putain et traitée comme une moins que rien. Rien de surprenant à ce que ces pratiques archaïques et sexistes soient portées aux nues par les extrémistes religieux, notamment chez Al-Qaïda, Daech et les talibans. Quelle grotesque mascarade que la Journée internationale du hijab, dont les partisans prétendent qu’en promouvant le voile, ils se font les hérauts de l’émancipation des femmes. 

Glorification de cache-visages

Après avoir repris le contrôle de l’Afghanistan, les talibans se sont mis à priver les femmes de leurs droits l’un après l’autre. Les femmes et les filles afghanes ne peuvent désormais plus travailler ou aller à l’école, par exemple. Il leur est interdit de sortir seules de la maison. Elles ont pour instruction de se couvrir de la tête aux pieds. Et lorsqu’elles descendent dans la rue au mépris des lois sur le voile obligatoire, elles se font brutalement frapper et humilier par les soldats talibans. L’application L’ExpressPour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyezTélécharger l’appLIRE AUSSI >>Gilles Clavreul répond à Zemmour et Le Pen : Interdire le voile dans la rue est un non-sens

Cet état d’esprit misogyne n’est pas circonscrit à un seul pays ni à une seule culture. Les femmes qui ne se conforment pas à ces lois se voient soumises à des sanctions injustes et arbitraires en Arabie saoudite, Egypte, Iran, au Pakistan, en Indonésie et dans tout le monde musulman. Des femmes ont non seulement été emprisonnées, mais aussi torturées, simplement pour avoir posté des vidéos sur les réseaux sociaux – ou pour avoir retiré leur voile en public. Et on ne cesse de leur répéter que, si elles défient les soi-disant normes religieuses de pudeur et de modestie, elles « méritent d’être violées ». L’un dans l’autre, on ne prend pas trop de risque à penser que la plupart des femmes d’origine musulmane n’ont jamais célébré le port du hijab comme une question de choix. 

Quand on connaît cette réalité, quand on sait comment le monde musulman impose le voile aux femmes, cela prouve combien la glorification de ces cache-visages par une Journée internationale du hijab est fallacieuse – et tourne en ridicule la résistance acharnée de toutes les femmes, si courageuses, qui se révoltent contre cette pratique. LIRE AUSSI >>« Hijab unisexe » : quand la mode se met à l’heure woke

Le 22 janvier, lorsqu’une délégation de talibans a été invitée à Oslo, en Norvège, pour de prétendus pourparlers humanitaires, on ne leur a pas reproché leurs crimes contre les femmes. Pour enfoncer le clou, l’émissaire spéciale de Joe Biden pour les droits des femmes afghanes, Rina Amiri, a porté un hijab durant les discussions pour ne pas indisposer ses interlocuteurs. Il est effarant que l’administration Biden ait choisi de satisfaire les sensibilités des fanatiques religieux par un geste qui fragilise les héroïques résistantes afghanes au voile obligatoire. Et il est effroyable de voir des représentants du monde libre s’incliner devant des fanatiques religieux au nom de la pacification. Est-ce vraiment le message que les Etats-Unis veulent envoyer aux Afghanes, que les Américains pensent qu’elles devraient se montrer obéissantes ? 

De même, des progressistes des pays occidentaux, au lieu de soutenir le droit des femmes à ne pas porter le hijab, ont sévèrement critiqué la France et d’autres pays européens pour leurs lois limitant le port du voile, en les condamnant comme des législations « islamophobes ». Je me demande quand ils cesseront d’être complices des tyrans – quand ils cesseront de justifier cette abjecte pratique consistant à opprimer les femmes au nom de croyances religieuses ou culturelles. 

Définition patriarcale et séculaire de la modestie

Début janvier, la National Secular Society, association britannique de défense de la laïcité, signalait aux autorités qu’une organisation caritative islamique, la Fondation Utrujj, avait publié sur son site un article cautionnant la violence contre les femmes. On pouvait y lire qu’un homme « a la permission de frapper » sa femme s’il cherche par là à « sauver un mariage ». Une instruction directement tirée de versets coraniques autorisant explicitement la violence envers son épouse. Il est ironique que le parlement britannique discute d’un projet de loi visant à faire de la misogynie un crime de haine alors que cet article, bien que dénoncé, est toujours disponible sur le site en question. La misogynie religieuse ne constitue-t-elle pas de la haine et des préjugés délétères aux femmes dans la Grande-Bretagne d’aujourd’hui ? Bien des Occidentaux exaltant les droits des femmes ne sont visiblement pas disposés à étendre l’autonomie corporelle aux femmes d’origine musulmane. LIRE AUSSI >>Promotion du hijab en Europe : « La victimisation est l’arme sempiternelle des islamistes »

Et bien des progressistes occidentaux semblent penser que tous les musulmans approuvent la pratique du hijab – et l’idéologie misogyne qui l’étaye. Mais en réalité, les musulmans sont nombreux à le considérer à la fois comme un symbole d’oppression et comme un instrument utilisé pour normaliser les préjugés contre les femmes. Par exemple, lors d’une audience en 2020 au Québec, de nombreux parents musulmans ont soutenu l’interdiction des symboles religieux de la province (le projet de loi n°21), qui protège leurs enfants contre l’exposition à la pratique du hijab dans les écoles. Ils estiment que le voile traduit une mentalité sexiste « pernicieuse », qu’importe que des femmes choisissent de le porter ou non. Comme l’a déclaré une mère d’élève : « Pour moi, le hijab est un symbole d’infériorité même si elles [les enseignantes musulmanes au Canada] disent qu’elles ne se sentent pas inférieures, supérieures ou égales aux hommes. C’est un symbole d’infériorité, et j’insiste sur ce point ». Malheureusement, en Occident, les membres des communautés musulmanes à s’élever contre ces pratiques archaïques sont souvent méprisés comme n’étant pas assez musulmans, voire traités d' »islamophobes » et soumis à la vindicte publique. 

Les femmes adultes qui choisissent de porter le hijab devraient également pouvoir l’enlever sans risquer la moindre répercussion. Insister pour que les femmes aient le droit de porter le hijab, tout leur niant celui de l’enlever, c’est faire des droits des femmes à deux vitesses. Cela va à l’encontre du principe fondamental des droits de l’Homme qu’est l’égalité pour tous – y compris les femmes et les enfants de milieux religieux. De nombreuses pratiques considérées comme des droits religieux comprennent des pratiques discriminatoires envers les femmes. Le monde doit cesser de soutenir de telles pratiques. Depuis des générations, des femmes opprimées ont refusé de se conformer à une définition patriarcale et séculaire de la modestie. Voilà ce qu’est le courage. Dans le même temps, aujourd’hui, certaines femmes occidentales privilégiées, bénéficiant de la liberté de choisir, ont décidé de célébrer la culture du hijab. Voilà ce qu’est une trahison. 

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