Audition d’Olivier Véran par le Sénat : l’influence déterminante des cabinets de conseils dans la gestion de la crise sanitaire

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Marie d’Armagnac 4 février 2022. BOULEVARD VOLTAIRE

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Le 2 février dernier, Olivier Véran, après d’autres ministres comme Florence Parly ou Amélie de Montchalin en janvier, a été interrogé par la Commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseils dans les décisions du gouvernement.

De quoi s’agit-il ? Il s’agit d’évaluer la pertinence et donc le coût du recours par l’administration centrale française à ces cabinets de conseil privés (plus d’une dizaine de contrats pour le seul cabinet McKinsey) depuis le début de la crise sanitaire. Mais il s’agit aussi d’essayer de voir quel est le rôle de ces cabinets dans la prise de décision des politiques publiques. En clair, les décisions concernant la gestion de la crise sanitaire et tout particulièrement la stratégie vaccinale ont-elles été (très) fortement influencées par de prestigieux cabinets privés, et surtout, en l’occurrence, le cabinet McKinsey ? Pour « aider » la commission d’enquête à y voir plus clair, le cabinet du ministre de la Santé a transmis, la veille de l’audition, des milliers de documents : 50 gigaoctets de données selon Public Sénat. Ou comment « noyer » la commission d’enquête sénatoriale…

Pendant toute son audition, menée sans concession et avec opiniâtreté par la sénatrice communiste Éliane Assassi (rapporteur de la commission) et ses acolytes, Olivier Véran a essayé de jouer la transparence. Les membres du cabinet McKinsey ont, dit-il, été intégrés en renfort RH des équipes administratives. Ils ont donc à ce titre participé à des notes transmises notamment au Conseil de défense stratégique, dont le fonctionnement est pour le moins opaque.

Lors de l’audition, le président Arnaud Bazin, sénateur LR du Val d’Oise, regrette cette non-séparation nette des tâches : « On a l’impression qu’on a pris des agents publics dans un vivier privé, sans avoir passé un marché clair sur une mission précise avec les cabinets privés ». Réponse d’Olivier Véran : « Vous sortez du cadre ! » Le ministre reconnaît néanmoins, à la présentation de notes du ministère co-signée par un consultant privé, que « c’est inhabituel, mais encore une fois, nous sommes en guerre ».

Cette audition a permis de donner un chiffre sur le coût de ces missions de conseil depuis 2020 : 26,79 millions d’euros, contre 1,717 million en 2019. « Ce coût reste toutefois modéré au regard de l’ensemble des dépenses sanitaires », n’hésite-t-il pas à dire en comparant aux 30 milliards d’euros de dépenses de crise.

Interviewée sur Public Sénat, Éliane Assassi rappelle que la commission rendra ses conclusions au mois de mars, mais, dit-elle, « est-ce qu’on laisse la main au privé ou est-ce que c’est notre gouvernement, l’Etat et notre administration qui tracent les lignes de nos politiques publiques ? Or, on s’aperçoit qu’il y a une ligne de crête. On passe facilement de l’autre côté et c’est ça que nous reprochons ».

Ce qu’il serait intéressant de savoir, c’est s’il y a un problème de conflit d’intérêt. Le cabinet McKinsey qui a donc participé à l’élaboration de la stratégie vaccinale – même si le gouvernement ne parle que de support logistique – met en avant sur son propre site ses compétences en gestion commerciale, marketing et recherche de profit pour… les industries pharmaceutiques : « Nous accompagnons les grands acteurs de l’Industrie pharmaceutique et des Dispositifs médicaux afin de les aider à anticiper les évolutions du secteur, concevoir des approches innovantes et développer les compétences qui garantiront leur performance durable et leur croissance rentable. Notre cabinet s’est imposé comme le leader mondial du conseil dans le secteur biopharma au sens large, avec plus de 3.750 missions effectuées au cours des cinq dernières années, auprès de grands laboratoires pharmaceutiques, mais aussi d’acteurs des biotechs (…) Nous avons ainsi contribué au développement de huit des dix principales marques de médicaments sur ordonnance. »

Les passerelles entre le cabinet McKinsey et Pfizer par exemple sont nombreuses : citons par exemple le cas du nouveau directeur de l’innovation de Pfizer, Aamir Malik, qui est un ancien directeur associé chez McKinsey.(BFM.bourse). Ce cabinet, comme il a été souvent dit dans la presse est proche d’Emmanuel Macron, depuis les travaux de la Commission Attali. Le président de la République y a fait la connaissance de Karim Tadjeddine, directeur associé de McKinsey, en charge de l’activité secteur public. Les Macronleaks ont révélé le rôle de ce cabinet dans la campagne de 2017.

Reconnaissons que cette influence grandissante (pourrait-on même parler de mainmise ?) des cabinets de conseils, aux ramifications mondiales, ne date pas de la présidence d’Emmanuel Macron.

En effet, selon Francetvinfo, « McKinsey agissait déjà pour le compte de l’Etat à l’époque de Nicolas Sarkozy. Il avait conseillé le ministère de l’Identité nationale sur une « optimisation du processus de naturalisation » ».

Encore un symbole de l’interférence menée à grande échelle par ces cabinets de conseils dans la prise de décisions politiques qui, on l’a vu ces derniers mois, sont cruciales pour l’avenir des Français.

Et un élément important à porter au bilan d’Emmanuel Macron.

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