Le salafisme, voilà l’ennemi: un ancien responsable de la DGSE brise le silence.

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Charles Jaigu. LE FIGARO. 4 février 2022

EXTRAITS EXCLUSIFS  Quarante années d’aveuglement ont conduit la France aux limites de la rupture du pacte républicain. Alors que le débat a été longtemps pollué par le politiquement correct, Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de la DGSE, propose un livre clair et net comme une note stratégique adressée au futur président de la République, mais écrite pour le grand public.

Il y a une semaine, un documentaire de M6 révélait la vie quotidienne d’un quartier sous contrôle des salafistes. On y découvrait une réalité qui ne pouvait pas ne pas susciter une phobie sans nuances : « Pas de ça en France ! » La présentatrice de ce documentaire, la journaliste Ophélie Meunier, a été depuis placée sous protection policièreaprès des menaces de mort, tout comme le juriste Amine Elbahi , originaire de la ville et qui dit avoir reçu des centaines de messages de haine sur les réseaux sociaux. C’est tout le propos d’Alain Chouet, déjà auteur de deux livres sur sa vie d’espion et sur La Menace islamiste (La Découverte), que de chercher les causes de notre impuissance en rassemblant les pièces d’un puzzle qui n’est pas seulement hexagonal mais mondial. Dans son viseur, on trouve les commanditaires. Riyad, et d’autres capitales d’un « pétrosunnisme » terriblement funeste aux équilibres planétaires. « Pour empêcher l’eau d’un fleuve de couler, il est plus efficace d’en boucher la source que d’en barrer l’estuaire », écrit Chouet. Qui, dans cette campagne présidentielle, osera proposer une stratégie pour en finir avec le salafisme ?



«Attentifs ensemble !»: les esquives délibérées de la technostructure face au séparatisme islamique


En octobre 2018, un colloque de l’IHEDN (Institut des hautes études de Défense nationale) sur le thème de l’endoctrinement salafiste et de la radicalisation qui devait se tenir le 22 novembre 2018 à Dijon, a été annulé pour cause d’oukase du plus haut niveau en la personne du préfet de région. Je précise que je ne participais pas à ce colloque à la préparation duquel je n’avais été consulté que pour avis technique et que je n’y avais aucun intérêt personnel. L’IHEDN était-il devenu un préoccupant centre de subversion ou un repaire de racistes islamophobes ? Devait-on considérer qu’un général de ­division de gendarmerie et le maire de Dijon appelés à intervenir dans ce colloque étaient de dangereux révolutionnaires ou des fascistes xénophobes notoires ? Les problèmes de terrorisme et de radicalisation sont-ils du seul ressort et de la seule compétence des autorités préfectorales ? Il semblerait que oui puisque – je cite la lettre d’interdiction du préfet : «Le directeur de cabinet (du préfet de région) ainsi que la chargée de mission radicalisation de la préfecture n’ont pas souhaité que la société ­civile et associative puisse intervenir sur un thème qu’ils estiment ne relever que de leurs uniques prérogatives. »


Je ne connais pas et je n’ai jamais plus entendu parler de cette « chargée de mission » aux prérogatives aussi étendues que mystérieuses et confidentielles. Mais comment la société civile et le monde associatif pourraient-ils se montrer « attentifs ensemble » si on leur dénie le droit élémentaire de s’informer sur la nature du danger et de savoir à quoi ils doivent être attentifs ?

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Un an plus tard, les choses semblaient n’avoir guère évolué. On apprenait en octobre 2019 dans un article jubilatoire de Mediapart qui s’en félicitait que le président de l’université Paris-I-Sorbonne avait décidé de suspendre sine die l’ouverture d’un cycle de formation à la « prévention de la radicalisation » qui devait débuter en ­novembre dans les murs de la Sorbonne. Ce cycle assez court se proposait de faire étudier par un panel de ­responsables administratifs et associatifs la naissance de l’islam politique, la part du djihadisme dans la doctrine salafiste.


Le président de Paris-I conclut les attendus de sa décision par la phrase suivante : « La question de la radica­lisation est un enjeu majeur de notre société et il est ­normal qu’une université citoyenne s’en saisisse, mais je pense qu’il est dangereux et réducteur de cibler uniquement l’islam. »


Voilà qui est frappé au coin du bon sens ! Pourquoi en effet – en matière de radicalisation – faudrait-il ne cibler que l’islamisme, alors qu’on devrait certainement s’intéresser aussi aux survivants du Mandarom, à la Fraternité Saint-Pie-X ou aux zélateurs de Hare Krishna ? Car il faut tout de même être sérieusement radicalisé pour se promener dans les rues de Paris en plein hiver, le crâne rasé, vêtu d’un léger sari safran en jouant du tambourin et en psalmodiant des mantras…


Mauvaise réponse à un mauvais défi, l’armée française dans le bourbier sahélien


Le président Hollande a décidé, après avoir longuement tergiversé, une intervention militaire directe en vue de répondre à la demande d’assistance du président malien de sécuriser la capitale du pays, de protéger les intérêts français dans la région et de sauvegarder la crédibilité de la France auprès de ses alliés locaux. Cette intervention connue sous le nom d’opération Serval débute en janvier 2013 pour se terminer en juillet de la même année après la libération apparente de la majeure partie du territoire malien. On constatera rapidement que, comme en Afghanistan, en Irak ou en Syrie, les djihadistes ­défaits et un peu étrillés se sont contentés de se disperser dans la nature en attendant des jours meilleurs. Il n’empêche que, arrivé à ce stade, et comme en Afghanistan, il aurait sans doute été avisé d’en rester là et de rembarquer l’armée française, quitte à revenir autant de fois qu’il le fallait pour dissuader par des frappes rapides et ciblées les rebelles soi-disant islamistes de revenir à la charge. Au lieu de quoi il a été décidé de maintenir la présence militaire sur place sous le nom d’opération Barkhane avec l’ambition de former les armées de la ­région à la lutte antidjihadiste.

Opération Barkhane. Daphné Benoit/AFP

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C’était il y a maintenant huit ans et l’armée française se retrouve piégée, comme l’armée américaine en Afghanistan, ayant plongé les pieds dans un bourbier inextricable d’antagonismes ­séculaires entre États voisins aux frontières mal acceptées, au cœur de trafics transfrontaliers étroitement liés au marché de la drogue. Car, depuis le tournant des années 2000 et en réaction aux succès de la lutte antidrogue dans les Caraïbes et l’Amérique centrale, les producteurs sud-américains ont réorienté une bonne part de leurs expéditions vers les ports africains du golfe de ­Guinée sujets à des contrôles superficiels ou inexistants. De là, la drogue est transportée sur les voies trans­sahariennes sous escorte armée des trafiquants « djihadistes » puis, arrivée au Maroc ou en Algérie, elle ­emprunte les voies classiques d’exportation du haschisch et produits dérivés. Les experts estiment ainsi que plus d’un tiers de la cocaïne en provenance d’Amérique du Sud transite aujourd’hui par les pays du Sahel et le Sahara, convoyée par des bandits armés qui se drapent dans les oripeaux de l’islam. Sur le plan opérationnel de la lutte antiterroriste, il est grave de ne pas prendre cette réalité en compte. Malgré quelques menaces tonitruantes régulièrement répétées aux fins de propagande, les ­groupes djihadistes sahéliens semblent n’avoir jamais eu ni la capacité opérationnelle ni, surtout, la volonté de porter le fer au cœur des sociétés occidentales.

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Un demi-siècle de complaisance des élites françaises envers les entreprises islamistes à l’étranger


Les élites et médias occidentaux ont cru déceler les délices potentielles d’une transition démocratique des pays ­arabes et musulmans sous la houlette des Frères musulmans perçus comme des sortes de chrétiens-démocrates à la sauce locale, dont le parti islamiste turc alors en phase de conquête du pouvoir semblait donner l’exemple au point qu’on n’hésitait pas alors à vanter le modèle turc. Au-delà de l’habileté des Frères à se présenter comme des recours bienvenus, l’erreur semble provenir des milieux intellectuels US de la côte Est suite à la lecture superficielle d’un texte d’ailleurs ambigu de Graham Fuller qui prédisait l’inéluctabilité de l’accession au pouvoir des islamistes du FIS en Algérie et présentait cette évolution comme une transition possible des pays arabes et musulmans vers la démocratie […] C’est néanmoins sur cette base idéologique que se sont construites toutes les stratégies américaines et européennes dans les deux premières décennies du XXIe siècle, jusqu’à culminer avec le soutien à des « printemps » arabes mal compris et des interventions militaires dans la plus pure tradition de la politique de la canonnière du XIXe siècle contre des autocrates certes patentés.

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Mais ces ingérences se sont vite transformées en portes grandes ouvertes aux seules organisations politiques rescapées des pouvoirs dictatoriaux, à savoir les organisations salafistes qui avaient bénéficié pendant des décennies de la protection et du soutien des pétromonarchies. Parmi les initiateurs occidentaux majeurs du soutien aux révolutions « printanières », Alain Juppé, alors ministre des Affaires étrangères, a dû reconnaître dans une interview accordée le 25 janvier 2021 au Parisien que : « A posteriori, quand je relis mon discours de 2011 et que je regarde la ­situation aujourd’hui, je constate que le fiasco est total. Aucun des objectifs que nous avions fixés : favoriser les ­libertés, créer un partenariat économique et social plus ­efficace, n’a été atteint. Nous avons essayé d’accompagner la libéralisation de ces régimes avec pour résultat l’anarchie, le chaos, le retour aux régimes autoritaires… »

Dès l’été 2011, de nombreux chercheurs, universitaires et officiers de renseignement ont mis en garde contre les évidentes dérives ­intégristes du printemps précédent


On ne saurait mieux dire, et le ministre des Affaires étrangères qu’il était à l’époque aurait sans doute gagné à écouter les experts institutionnels plutôt que des cabinets de communicants qui lui relayaient les souhaits d’une certaine intelligentsia. Car dès l’été 2011, de nombreux chercheurs, universitaires et officiers de renseignement ont mis en garde contre les évidentes dérives ­intégristes du printemps précédent. En vain ; et dans l’indifférence générale, voire les procès en racisme et ­islamophobie. Tous ces mal-pensants ont été désignés à la vindicte de la presse mainstream et au mépris haineux des éditorialistes. Et l’on a retrouvé notre habituel philosophe en chemise blanche pérorant dans les rues de ­Tripoli aux côtés du fugace président d’un gouvernement de transition arborant fièrement sa zebiba tout en promettant des lendemains qui chantent et des contrats pétroliers mirobolants à son ami français. Jamais honorés par la suite bien sûr, Turcs et Qataris ayant investi la place.

Molenbeek: petits arrangements électoraux et déni de réalité


C’est à l’initiative du regretté Philippe Brewaeys, journaliste et essayiste belge, que, vers la fin des années 2000, j’étais invité chaque année à venir faire une conférence sur les problématiques du monde arabe au Cercle de la morale laïque de Molenbeek, banlieue de Bruxelles malheureusement maintenant bien connue puisque devenue le modèle générique des quartiers livrés au contrôle et à l’activisme des salafistes djihadistes. Je m’y trouvais donc à la mi-octobre 2011 pour disserter avec Mme Firouzeh Nahavandy, professeur à l’Université libre de Bruxelles, sur le thème « Regards croisés sur les soulèvements du printemps arabe ». Nous avions à peine commencé que M. Philippe Moureaux, maire socialiste de la commune et grand ponte du PS belge, s’est invité au premier rang flanqué de deux impressionnants gardes du corps en djellaba, barbe jusqu’au milieu de la poitrine et calotte blanche sur la tête. S’adressant au public, il a affirmé que je n’étais pas qualifié pour parler du monde arabe, ­attendu que j’étais ressortissant d’un pays qui avait ­torturé des musulmans en Algérie. Inutile de lui faire remarquer qu’au vu de mon âge, je ne pouvais avoir ­participé aux faits reprochés, et que me dénier le droit de m’exprimer pour le motif allégué relevait de l’invo­cation d’une responsabilité collective et trans­générationnelle, démarche commune à tous les systèmes totalitaires.

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Inutile également de lui rappeler qu’à ce compte-là, il était lui-même disqualifié pour parler du Congo où le bon roi des Belges Léopold Ier avait systématisé l’usage de la chicotte et des mutilations diverses à l’encontre des indigènes qui ne coupaient pas le bois ou ne creusaient pas les mines avec l’ardeur requise. De toute façon sa diatribe n’a pas eu l’effet escompté et, personne n’ayant bougé de sa chaise, il est reparti comme il était venu toujours escorté de ses deux sbires. […] Son raisonnement est significatif de la façon dont, depuis la fin des années 1980, une certaine gauche européenne s’est laissée prendre aux sirènes du salafisme militant.

La gestion de ­Molenbeek est à cet égard exemplaire : autorisations aisément attribuées et sans aucun contrôle d’ouvertures et de fonctionnement de mosquées, écoles privées islamiques, clubs culturels et sportifs généreusement subventionnés par l’Arabie saoudite

La gestion de ­Molenbeek est à cet égard exemplaire : autorisations aisément attribuées et sans aucun contrôle d’ouvertures et de fonctionnement de mosquées, écoles privées islamiques, clubs culturels et sportifs généreusement subventionnés par l’Arabie saoudite […] En ce qui concerne le rôle de l’Arabie, le bourgmestre de Molenbeek avait des excuses. Suite au tragique incendie du grand magasin Innovation qui fit près de 300 morts à Bruxelles en 1967, le roi Fayçal d’Arabie, alors en tournée en Europe, sortit son carnet de chèques pour indemniser les vic­times. En échange, il exigea du roi Baudouin d’accorder à l’Arabie le monopole de la représentation de l’islam et de la désignation des imams en Belgique. L’accord s’est concrétisé en 1969 par la cession par bail emphytéotique pour quatre-vingt-dix-neuf ans du Pavillon oriental du parc du Cinquantenaire de Bruxelles, où l’Arabie a ­immédiatement installé le siège européen de la Ligue ­islamique mondiale (LIM), principal instrument de diffusion planétaire de l’islam wahhabite, et le Centre culturel islamique de Belgique dont toutes les enquêtes récentes – en particulier celles de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles – ont montré qu’il a joué un rôle majeur dans la résistance à l’intégration des musulmans de Belgique et dans la diffusion de l’idéologie salafiste violente.

Un quartier de Molenbeek, près de Bruxelles. Alamy Stock Photo


Peu après le premier attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015, j’ai été interviewé par la chaîne de télévision Arte et par l’AFP sur la direction qu’avaient prise les frères Kouachi pour s’enfuir, j’évoquai le rôle de ­Molenbeek comme centre de convergence et de repli des salafistes violents en Europe qui pouvait expliquer leur fuite en direction de l’autoroute A1 et je soulignai la perméabilité et la vulnérabilité de l’aéroport de Bruxelles-Zaventem. Ces affirmations reprises par de nombreux médias abonnés au fil de l’AFP m’ont valu un discours indigné et vengeur du Premier ministre belge de l’époque. J’avais quitté définitivement la DGSE depuis cinq ans et mon analyse ne reposait évidemment que sur mon expérience personnelle et en aucun cas sur des informations confidentielles dont j’aurais pu avoir connaissance. Le directeur général de la DGSE a tout de même cru opportun de présenter de plates excuses au Premier ministre belge en qualifiant publiquement dans la presse mes propos de « faux, injurieux et indécents »…

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Les ­attentats de novembre 2015, à commencer par celui du Bataclan, la fuite vers Molenbeek de l’un des auteurs qui en était venu avec plusieurs comparses tués au cours des opérations et enfin l’attentat de l’aéroport de Zaventem en mars 2016 sont venus quelques mois plus tard confirmer mes jugements, qui n’étaient donc ni faux ni injurieux. À ceux qui ne manqueront pas de m’accuser de me livrer à un exercice facile et bien franchouillard en « stigmatisant » telle ou telle municipalité ou communauté de Belgique, je précise que mes jugements et analyses étaient d’une remarquable retenue à côté du long et violent pamphlet publié le 22 mars 2016 sous le titre significatif de « J’accuse ! » par Bernard Snoeck, ancien spécialiste du contre-espionnage et du contre-terrorisme au sein du SGRS (Service général de renseignement de ­sécurité) belge. J’en extrais ici quelques lignes parmi les moins virulentes : « J’accuse les responsables politiques de n’avoir jamais voulu comprendre la montée de l’islam radical et de l’avoir délibérément ignorée pour cause d’électoralisme et de “politiquement correct”. Je les ­accuse d’avoir laissé plusieurs communes belges développer un radicalisme djihadiste depuis des années, au point qu’un responsable socialiste m’avait un jour dit : “Nous connaissons le problème de Molenbeek, mais, que voulez-vous, c’est un électorat qu’on ne peut négliger » ; « J‘accuse un ancien ministre de la Défense de n’avoir pas autorisé une enquête approfondie sur l’islam radical au sein des forces armées afin de “ne pas stigmatiser la population musulmane au sein de l’armée” (dixit), alors même que nous avions connaissance de personnes radicalisées au sein de la “grande muette”. 

La négation du concept de loup solitaire mène à des impasses opérationnelles


À y regarder de près, il apparaît que parmi les nombreux attentats commis en France depuis une quinzaine d’années, seuls ceux du 13 novembre 2015 et, sans certitude, ceux de janvier 2015 ont été commandités, prescrits, ­organisés, commis en groupes bénéficiant de soutiens logistiques prépositionnés et obéissaient à une tactique élaborée dans les rangs d’entités terroristes étrangères, État islamique ou al-Qaida, d’ailleurs pas toujours au plus haut niveau, mais plutôt par des cadres intermédiaires francophones désireux d’acquérir prestige et promotion au sein de l’une ou l’autre de ces organisations. Tous les autres attentats ont été commis par des ­individus isolés ou, plus rarement, en tout petits groupes de proches qui n’avaient eu aucun contact autre que virtuel et à sens unique avec la mouvance salafiste internationale, n’en avaient reçu aucun ordre précis ni de cible minutieusement désignée, ne disposaient que de moyens rudimentaires […] Le négationnisme du concept de loup solitaire ne se résume pas à une simple querelle séman­tique d’experts. Il impacte profondément le traitement sécuritaire, policier et judiciaire de ces actes terroristes, mais aussi et surtout la perception globale du phénomène et la doctrine à mettre en œuvre pour l’éradiquer.

Basilique Notre-Dame de Nice après l’attaque au couteau d’un «loup solitaire», le 29 octobre 2020. Pierre Rousseau/CIT images/ABACA

Car les donneurs d’ordre et les instigateurs du terrorisme existent bien. Inutile d’aller les chercher en tant qu’individus dans un recoin perdu de Syrie, d’Afghanistan ou du Yémen. Ils sont légion. Ce sont tous ceux, ­wahhabites, Tablighis et surtout Frères musulmans, qui appellent sans cesse depuis trente ans à la révolte et à la violence contre l’Occident, les régimes arabes « impies » et les « mécréants », fussent-ils musulmans. Ce sont tous ceux qui prescrivent la dissidence et la séparation d’avec les sociétés de résidence ou d’accueil, tous ceux qui ­ordonnent l’irrespect des lois d’État qui selon eux ne ­valent rien face à la charia. Sous les deux sabres entrecroisés du blason des Frères musulmans figure un seul mot en arabe qui est une objurgation péremptoire et peut se traduire par : « Soyez prêts ! » Trente années d’un lavage de cerveau intensif rendu encore plus efficace par l’assistance financière des pétromonarchies et l’universalisme de l’internet et des réseaux sociaux ont largement contribué à ce que certains « soient prêts ». En ­recherchant obstinément des donneurs d’ordre ou des réseaux individualisés et identifiables, nous nous interdisons de nommer clairement l’ennemi, les véritables instigateurs, idéologues, agents d’influence, sponsors et financiers de la violence salafiste, et de lutter contre leurs entreprises et leurs manœuvres.

Sept pas vers l’enfer, d’Alain Chouet, Flammarion, 288 p., 21 €. Editions Flammarion

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