Mineurs isolés: «Cette condamnation est une monstruosité juridique» 

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Entretien avec Gilles-William Goldnadel

Martin Pimentel 

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4 février 2022. CAUSEUR

Mineurs isolés: «Cette condamnation est une monstruosité juridique»
Éric Zemmour sur le plateau du journal télévisé de TF1, 30 novembre 2021 © Thomas COEX / POOL / AFP.

Éric Zemmour a été condamné à 10 000 euros d’amende pour provocation à la haine raciale par le tribunal correctionnel de Paris pour ses propos sur les « mineurs isolés ». Maître Gilles-William Goldnadel dénonce une aberration : les migrants, mineurs ou pas, ne constituent pas une catégorie protégée par la loi de 1881.


Causeur. Lorsqu’elle promulgue la loi du 29 juillet 1881, la République entend autoriser la liberté d’expression la plus large possible. Aujourd’hui, Eric Zemmour fait l’objet de plusieurs poursuites pour ses propos. Faut-il y voir le rétablissement d’un délit d’opinion ?

Gilles-William Goldnadel. En 1881, la République faisait le pari qu’on favoriserait l’émergence du consensus en laissant une place aux idées même les plus radicales dans le débat public. Ces dernières décennies, nous nous sommes éloignés de cette ambition, sans doute parce que la Seconde Guerre mondiale a légitimement traumatisé les consciences, en montrant que la haine verbale ou scripturale pouvait déboucher sur une haine physique catastrophique, entraînant même un génocide.

Gilles-William Goldnadel © Hannah Assouline

Aux États-Unis en revanche, le premier amendement permet toujours de tout dire – ce que pour ma part, je trouve très bien –, mais vous ne pouvez pas aisément y diffamer les personnes. Lorsque vous êtes condamné pour avoir diffamé un particulier là-bas, la peine est infiniment plus sévère qu’en France. Il est important de rappeler ce distinguo entre l’expression d’idées, qui peut donc être réprimée chez nous, et la diffamation des particuliers pour laquelle les peines françaises ne sont pas, à mon avis, assez dissuasives. Concernant les idées, j’ai longtemps balancé entre la permissivité américaine et une certaine rigueur française justifiée par le grand traumatisme que j’ai évoqué. Ces derniers temps, je penche de plus en plus pour la solution américaine. Si elle n’est pas idéale, elle me semble préférable, pas tant du point de vue des principes, mais d’un point de vue empirique et pratique. Mes expériences me conduisent à constater le caractère extrêmement sélectif de la justice française, qui fait que seules les idées de droite sont largement réprimées et non les discours de gauche.

Certains reprochent à Zemmour de dire « Vive la République, et surtout Vive la France ! ». Et regardez le titre du nouveau livre de Manuel Valls !

Éric Zemmour a bien le droit de mettre la France au-dessus de la République, moi-même je le fais volontiers. J’aime bien Manuel Valls, mais il lui arrive, peut-être pour donner des gages, d’avoir des expressions malheureuses. Souvenez-vous de l’expression d’« apartheid dans les banlieues » employée au lendemain de massacres de Français par les islamistes. « Antirépublicain », Zemmour ? Mais même quand il met la France au-dessus de la République, il ne conteste pas le système républicain. En se présentant aux élections, il se réclame bien du système républicain, et que je sache il ne veut pas le retour du roi ! Son projet politique de défense de l’État peut même être vu comme un moyen de renforcer la République. Ceux qui s’en prennent excessivement à Éric Zemmour

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