Où en est l’État islamique en Syrie et en Irak ?

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Par Mayeul Aldebert

Publié il y a 3 heures

DÉCRYPTAGE – La mort de son dirigeant est un coup dur pour Daech, mais l’organisation djihadiste dispose de plus en plus de combattants vivant clandestinement.

Deux ans après la chute de Raqqa, ex-capitale syrienne de l’État islamique, les États-Unis de Donald Trump annonçaient en octobre 2019 la mort du chef emblématique du groupe djihadiste Abou Bakr al-Baghdadi. Deux années encore après, Joe Biden a annoncé la mort de son successeur, Abou Ibrahim al-Hachimi al-Qourachi, tué lors d’une opération des forces spéciales américaines ce jeudi 3 février dans la province d’Idleb en Syrie.

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Daech n’en est pourtant pas amoindri, et l’organisation terroriste ne cesse de renouveler ses chefs malgré le manque d’emprises territoriales. Le Figaro revient sur la situation de l’État islamique en Syrie et en Irak.

  • De combien de combattants disposent l’Etat islamique et où se situent-ils ?

Si la disparition de son dirigeant est un coup dur pour l’État islamique, elle ne devrait pas entraîner une chute d’activités de l’organisation terroriste qui dispose de nombreux lieutenants pouvant le remplacer. Daech conserve plus de 10.000 combattants entre la Syrie et l’Irak, dispersés en cellules dormantes. Dans ce dernier pays, elle mène des opérations contre les forces de sécurité notamment au sud de Mossoul, près de Kirkouk et dans la province de Diyala.

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En Syrie, les djihadistes restent actifs dans le désert dans l’est du pays, et recrutent encore à partir des populations arabes marginalisées par les forces kurdes du nord-est du pays, comme ce fut le cas lors de l’assaut contre la prison de Ghwayran à Hassaké. En 2021, Daech a toutefois moins perpétré d’attaques qu’en 2020.

  • Comment l’Etat islamique survit-il dans la clandestinité ?

Le groupe terroriste survit essentiellement dans les zones arabes sunnites. «Il y a sur place une grande nostalgie de Daech», explique l’analyste et universitaire Fabrice Balanche spécialiste du Proche Orient, qui s’est rendu durant tout le mois de janvier dans l’Est syrien. La détresse des populations à laquelle s’ajoute la domination kurde de ces territoires bénéficie au retour en grâce de Daech. «C’est un désastre économique, raconte le chercheur, le pain est rationné et il n’y a ni électricité, ni fuel, ni salaire décent et des centaines de milliers de déplacés vivent encore dans des camps de toiles rapiécées».

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C’est en partie dans ces camps de réfugiés, en plus des zones grises qui échappent au contrôle des États, que le groupe terroriste prospère. Il peut recruter une nouvelle génération de combattants en se servant à la fois du soutien de la population mais aussi de l’environnement comme bouclier humain et comme cachette idéale.

Dans la région d’Idleb, frontalière de la Turquie, où le chef de Daech s’était réfugié, de nombreux camps de déplacés servent de bases arrière à certains chefs djihadistes qui s’y cachent parmi la population. Selon les services de renseignements français qui traquent les djihadistes en errance dans la région, d’autres djihadistes, réfugiés en Turquie, font des allers-retours de part et d’autre de cette frontière.

  • L’Etat islamique bénéficie-t-il de l’aide de puissances extérieures ?

La Turquie ou les milices proturques du nord de la Syrie fournissent-ils une aide au groupe djihadiste ? «Les Turcs savent tout ce qui se passe dans le nord de la Syrie», rapporte Fabrice Balanche. Ce qui leur permettrait de se servir de certaines informations, comme les endroits où se cachent les lieutenants de l’EI, comme monnaie d’échange avec les Occidentaux. L’universitaire en veut pour preuve la mort d’al-Baghdadi survenue juste après le retrait des forces américaines du Kurdistan syrien qui avait entraîné l’opération militaire turque. Si rien n’est prouvé, la Turquie trouve en tout cas un intérêt à voir l’EI multiplier les hostilités contre le Kurdistan syrien comme l’attaque récente de la prison de Ghwayran.

La porosité d’une partie de la frontière avec la Turquie a aussi bénéficié aux filières d’exfiltration de certains prisonniers lors de l’attaque de la prison. «C’est extrêmement facile d’entrer comme de sortir à la frontière proche de Hassaké», explique Fabrice Balanche. «J’ai rencontré beaucoup de jeunes dont les proches sont déjà partis grâce à des réseaux de passeurs et quelques milliers de dollars».

  • L’Etat islamique pourrait-il retrouver une assise territoriale ?

Tout dépend de la capacité des États en Irak et en Syrie à contrôler leur territoire (le gouvernement de Damas ne contrôlant pas l’intégralité du territoire syrien), mais aussi de l’instrumentalisation de Daesh par des puissances comme la Turquie qui pourraient y voir un intérêt. Surtout, Daech survit et prospère dans la clandestinité. Pas sûr que la stratégie des débuts, qui visait à conquérir des territoires pour asseoir un califat à l’inverse de l’action d’Al-Qaïda, soit reprise aujourd’hui.

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«La stratégie du territoire est perdante face à l’aviation et la puissance de feu des États-Unis et de la coalition internationale», explique Fabrice Balanche. «Les djihadistes ont plus intérêt à rester un mouvement clandestin qui s’infiltre dans la population, ce qui les rend intouchables».

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