Crise en Ukraine : le président turc Erdogan écartelé entre Moscou et Kiev

Scroll down to content

Allié militaire de l’Ukraine et partenaire économique privilégié de la Russie, Recep Tayip Edrogan tente de jouer le médiateur. A Kiev ce jeudi, il rencontre son homolgue Volodymyr Zelensky.

Durée : 3 min

Le président turc Recep Tayyip Erdogan tente de jouer le rôle de médiateur dans la crise ukrainienne.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan tente de jouer le rôle de médiateur dans la crise ukrainienne.

afp.com/Ozan KOSE

Par Corentin Pennarguear

Publié le 03/02/2022 L’EXPRESS

On n’en compte qu’une vingtaine en Ukraine, mais leur seule présence donne des sueurs froides au Kremlin. Fin octobre, un Bayraktar TB2, drone de combat acheté à la Turquie, a permis à Kiev de démolir un convoi de séparatistes pro-russes dans le Donbass. Une frappe du ciel dont la puissance et la précision ont marqué les esprits, mais dont le gouvernement ukrainien hésite à se servir. « L’Ukraine s’est montrée très prudente après cette opération, en soulignant qu’il s’agissait d’une attaque unique sur son propre territoire pour éliminer un véhicule, et non des soldats, pose Karabekir Akkoyunlu, professeur de relations internationales à la SOAS University of London. Kiev sait que Moscou peut voir ces drones comme une provocation, voire une excuse pour passer à l’attaque. » 

Depuis 2018, l’Ukraine achète à la Turquie des drones de combat, qui ont déjà fait leurs preuves sur des terrains de guerre, en Libye, dans le Haut-Karabakh ou en Syrie. « Dans le Nord syrien, les Russes ont pu observer de près les dégâts que font les drones turcs contre les groupes armés kurdes, raconte un diplomate européen. C’est un sujet très sensible au Kremlin. »  

Le diplomate Erdogan à Kiev

Capables de « détruire une colonne de tanks russes » selon un colonel ukrainien, ces machines ne seront toutefois pas suffisantes pour repousser une invasion armée. Alors Ankara déploie aussi ses atouts diplomatiques pour éviter une guerre à son associé ukrainien. Recep Tayyip Erdogan se rend ainsi en pacificateur à Kiev, ce jeudi 3 février, et espère bientôt faire de même à Moscou. Car un conflit armé entre la Russie et l’Ukraine serait un cauchemar pour le président turc. Alliée militaire de Kiev, la Turquie a, aussi, accru ses liens commerciaux avec la Russie ces dernières années, en raison de ses brouilles avec l’Occident. « En cas de guerre, Ankara serait forcée de choisir un camp, ce qui serait très compliqué, vue sa situation, estime Karabekir Akkoyunlu. La Turquie s’alignerait sans doute sur l’OTAN, dont elle est membre, mais les conséquences économiques d’une rupture avec la Russie seraient catastrophiques. » 

L’application L’Express

Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez

Télécharger l’app

LIRE AUSSI >> Reportage : sur le front de l’Est, l’armée ukrainienne combat la Russie tous les jours

Le grand écart ukrainien d’Erdogan souligne la délicate relation qu’il entretient avec la Russie depuis 2015. À l’époque, le dirigeant turc survit à un coup d’État et accuse l’Occident de l’avoir trop peu soutenu, voire d’avoir fomenté la révolte militaire. Le reischerche alors à diversifier ses alliances et se tourne vers Moscou, malgré une rivalité historique marquée par les multiples guerres entre les empires ottoman et soviétique. « La Russie est devenue un ‘frennemi’ [un ami dont on se méfie profondément] géant pour la Turquie, souligne Bayram Balci, directeur de l’Institut Français d’Etudes Anatoliennes (IFEA), à Istanbul. Les Turcs ont le sentiment d’être encerclés par les forces russes, très présentes en Syrie et en Mer Noire depuis l’annexion de la Crimée… Mais les deux pays partagent aussi des relations économiques primordiales. » 

Le prix du pain, donnée essentielle pour Ankara

En pleine crise économique et monétaire, et à un an d’élections délicates, Erdogan redoute plus que tout une rupture des relations avec Moscou. Plusieurs projets turcs se retrouveraient en péril, dont la construction de la centrale nucléaire d’Akkuyu, dans le sud du pays, l’approvisionnement de gaz russe, les visites annuelles de 2,1 millions de touristes, l’importation de la majorité des fruits et légumes consommés en Turquie… Alors que le prix du pain a doublé ces dernières semaines à Ankara, les arrivées de blé depuis la Russie se révèlent, elles aussi, cruciales. 

Sur le même sujet

Avec peu de cartes en main pour faire changer la situation, le président turc n’a donc pas le choix : il doit jouer les intermédiaires entre Kiev et Moscou. Et le reis, en excellent tacticien, pourrait même profiter de la situation : « Si Erdogan réussit dans son rôle de médiateur et montre qu’il est un leader de rang mondial, cela peut aider sa crédibilité sur le plan intérieur », avance Bayram Balci. À la vue des sondages, qui le donnent tous perdant en 2023, le rusé Erdogan ne risque pas de renoncer, même si la mission semble impossible. 

5

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :