Valérie Pécresse, la candidate qui n’imprimait pas, spécialiste de la « gênance »

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Arnaud Florac  5 février 2022 BOULEVARD VOLTAIRE

 

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C’est un mot qui devrait bientôt faire son entrée dans les dictionnaires, comme il l’a fait depuis bien longtemps dans le monde des moins de 30 ans. La gênance, c’est le sentiment que l’on ressent devant le comportement embarrassant ou ridicule de quelqu’un ; c’est le substantif qui caractérise, pour utiliser un autre mot de jeune, une situation « malaisante ».

Je sens bien qu’il vous faut un exemple, amis lecteurs. Nous n’aurons pas à aller bien loin : observons Valérie Pécresse, en recul dans les derniers sondages. Elle « n’imprime pas », comme on dit. C’est pourtant curieux. Candidate des Républicains, elle avait un boulevard devant elle. Elle aurait dû faire voler en éclats Zemmour et Le Pen, appuyée sur un réseau provincial tentaculaire, des militants motivés et enthousiastes (« radicalisés », même, disent leurs propres cadres), des caisses pleines. La droite d’autrefois aurait été de retour ; celle du RPR, celle du Général, celle de la grande réconciliation du 30 mai 1968 avec les soldats perdus ; la droite des comices agricoles et des poignées de mains sur les marchés, des propos biens sentis et des entreprises de pointe, la droite d’un grand parti fier de lui et de son pays, prêt à en découdre.

Heureusement pour les candidats de la vraie droite, si Valérie Pécresse n’est pas nulle, sa campagne nous le laisse à penser. Elle est même pire que cela : gênante. Les réseaux sociauxse sont délectés de sa vidéo ridicule, avec sa parka Decathlon™, quand elle se prépare à partir, en chuchotant, « dans le Doubs », à quatre heures du matin, paupières en berne. En dix secondes, parce qu’elle a revendiqué ce départ en voiture à voix basse, comme si elle ne voulait pas réveiller les enfants à l’étage, et parce qu’elle s’est glorifiée d’être debout, à une heure où elle devait penser que la France somnolait en attendant le chauffeur, elle s’est couverte de gênance.

Que dire de ses meetings laborieux, de ses gestes empotés, de ses formules poussives ? Le meilleur : « Les sondages, ça va, ça vient, c’est comme la queue du chien. » Pensant ciseler un aphorisme, ou rendre hommage à Jacques Chirac, elle se glisse dans un costume qui n’est pas le sien. Elle nous met mal à l’aise parce qu’elle manque de tout : repartie, talent, charisme, crédibilité. Un problème d’ethos, dirait Aristote, c’est-à-dire un problème d’adéquation entre ce qu’elle donne à voir et ce qu’elle dit. Valérie Pécresse, à la vérité, fait une campagne paresseuse, médiocre, en priant sans doute tous les saints dont elle se souvient pour que le scandale Alstom, qui concerne un peu son mari*, mais pourrait éclabousser jusqu’à l’Élysée, n’éclate pas au pire moment.

Le clou du spectacle, dernier sur son cercueil, est venu de David Pujadas qui lui a lu, à la télévision, une tribune qu’elle avait signée, il y a quinze ans. En compagnie de la délicieuse Rokhaya Diallo, elle avait plaidé pour une France métissée. « Qui a écrit cela ? », demande Pujadas. « C’est moi », répond simplement la candidate, qui se lance alors dans une série de poncifs chiraquiens, sans queue (du chien) ni tête (de veau), pour en arriver à la profonde conviction que la France a toujours « accueilli tout le monde » et que c’est « son identité ». Elle ne répondra évidemment pas à la question sur son changement de discours face à l’immigration. La fermeté, c’était pour plaire aux électeurs de Ciotti. Dans le fond, elle s’en moque bien. Elle ne saurait même pas comment faire.

Au fond, c’est vrai, Valérie Pécresse est, comme elle le dit si souvent, une chiraquienne. Démago, girouette, faussement bonhomme, faussement bourgeoise, enfilant les phrases creuses comme autant de perles : elle a beaucoup appris du maître. Il lui manque, cependant, encore l’aplomb, l’aura personnelle, le talent de bateleur – c’est-à-dire tout. Par ailleurs, elle est prise d’une maladie terrible : la compulsion de répétition. « Ça a marché une fois (en 1995, car on ne peut pas considérer 2002 comme une victoire de Chirac), ça marchera toujours. » C’est le plus court chemin vers le mur.

Quand elle aura été sèchement battue, au soir du premier tour, Valérie Pécresse – « Madame 20 h 02 », d’après Zemmour – appellera évidemment à voter contre celui des deux candidats du camp national qui se mesurera au maître des horloges. C’est bien le moins qu’elle puisse faire pour faire barrage à la haine. Ce sera son dernier moment de gênance télévisuelle. Son dernier tour de piste, aussi, espérons-le.

* Après le rachat d’Alstom par General Electric, il fut le seul cadre de haut niveau à être maintenu à la tête d’une ligne métier. En 2016, il conduisit une restructuration, supprimant 800 emplois en Île-de-France, quelques semaines après que son épouse avait été élue à la tête de cette région et qu’elle avait fait de la lutte contre le chômage la priorité de sa campagne.

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