Les Français fustigent le bilan sécuritaire d’Emmanuel Macron

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Par Christophe Cornevin. LE FIGARO

6 février 2022

Emmanuel Macron et le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin lors d’une visite à Nice le 10 janvier, au cours de laquelle le président a détaillé ses propositions en matière de sécurité. Laurent Coust / SOPA Images/Sipa USA via Reuters Connect

EXCLUSIF – 62 % considèrent comme «mauvais» le bilan de son quinquennat en la matière, surtout dans la lutte contre la délinquance.

À près de soixante jours de l’échéance présidentielle, le régalien apparaît plus que jamais comme l’angle mort d’Emmanuel Macron. En dépit de grands-messes orchestrées devant un parterre d’uniformes cet automne à l’école de police de Roubaix, ou encore à Nice le 10 janvier dernier pour défendre son action et dessiner sa vision des forces de l’ordre d’ici à 2030, le chef de l’État peine à convaincre les Français.

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Ces derniers oscilleraient même entre dépit et colère. Chiffres à l’appui, le baromètre Fiducial-Odoxa pour Le Figaro en atteste: 62 % de nos compatriotes considèrent comme «mauvais» le bilan de son quinquennat. Déçus, ils jugent que son action n’a pas été à la hauteur en particulier en matière de lutte contre la délinquance (74 %) contre laquelle, pourtant, avait été déployée la «police de sécurité du quotidien»au début de la mandature. Considérée comme un «marqueur» pour lutter contre les délits et les incivilités pourrissant la vie des administrés, cette réforme n’a manifestement jamais vraiment imprimé dans l’esprit du public.

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Sur le front des trafics de drogue, domaine affiché comme «prioritaire»par l’exécutif qui en a fait la «mère des batailles», les sondés jugent à 73 % le quinquennat «assez mauvais», voire «très mauvais». Ce qui indique que les saisies records de cocaïne ou de cannabis, pas plus que les démantèlements de réseaux, ne dissipent la ravageuse impression provoquée par les règlements de comptes qui ensanglantent les cités à coups de kalachnikov. Encore un mort et un blessé grave ont alimenté mercredi dernier la chronique des faits divers à Marseille. En outre, sept Français sur dix (71 %) pourfendent le bilan de l’exécutif en matière de lutte contre les agressions.

Voyants au rouge

Dans des proportions analogues (69 %), ils restent sceptiques par l’efficacité du traitement des agressions sexuelles et du harcèlement sexuel. Il s’agit, là encore, d’une contre-performance. L’année dernière, ces violences ont explosé de 33 % et 113 femmes sont mortes sous les coups de leur compagnon, alors que la lutte contre les violences faites aux femmes a été déclarée «grande cause» du quinquennat. Même la prise en compte des cambriolages, dont le nombre a baissé de façon mécanique en raison du confinement, est jugée par 68 % des Français en deçà de leurs attentes. «Emmanuel Macron a aussi été confronté à la montée de violences au sein des manifestations, particulièrement pendant la crise des “gilets jaunes”, soulignent par ailleurs les auteurs du baromètre. La doctrine du maintien de l’ordre a été remise en question, tant du point de vue de son efficacité que des blessures, voire des mutilations engendrées. Sur ce point aussi, les Français jugent que le bilan du président est mauvais.»

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En résumé, les voyants virent au rouge sur quasiment tous les tableaux. Seule la lutte contre le terrorisme trouve grâce aux yeux des sondés, puisque 51 % d’entre eux se disent satisfaits du bilan d’Emmanuel Macron. Une tendance sans nul doute imputable à la fragile accalmie que la France connaît depuis quelques mois face au spectre djihadiste et aux très bons résultats des services de renseignement qui ont déjoué pas moins de 33 attentats islamistes depuis 2017.

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Globalement, la probable entrée en campagne du président candidat ne se placera pas sous les meilleurs augures. Même s’il caracole en tête des intentions de vote, Emmanuel Macron va devoir composer avec une profonde défiance et un véritable mal-être ambiant. Le baromètre révèle que, en quatre mois, le sentiment d’insécurité a bondi de 10 points, gagnant ainsi les deux tiers de la population (64 %). «Résultat de ce sentiment persistant, les Français nous confient à quel point la sécurité comptera dans leur vote en avril», notent les analystes qui observent que «78 % de nos concitoyens affirment en effet que les propositions des candidats en la matière seront importantes au moment de faire leur choix». Avant d’ajouter: «Lorsqu’on leur demande si la sécurité est plus ou moins bien assurée qu’au début du quinquennat dans certains lieux, les Français tirent aussi un bilan négatif.»

Globalement, les sondés estiment en effet que la sécurité est moins bien assurée à la campagne et dans les villes moyennes (58 %) qu’il y a cinq ans, c’est-à-dire au sortir du mandat de François Hollande. Cette fâcheuse impression grimpe à 65 % dans les grandes villes

Globalement, les sondés estiment en effet que la sécurité est moins bien assurée à la campagne et dans les villes moyennes (58 %) qu’il y a cinq ans, c’est-à-dire au sortir du mandat de François Hollande. Cette fâcheuse impression grimpe à 65 % dans les grandes villes. Le sévère tableau dépeint par les Français pourrait s’expliquer par «leur perception d’une situation intenable pour les forces de l’ordre». Chiffres à l’appui, le baromètre sécurité met en évidence que, aux yeux de nos concitoyens, ces dernières n’ont pas été suffisamment écoutées, soutenues et prises en considération (76 %), elles n’étaient pas en nombre suffisant (75 %), pas suffisamment équipées et financées (72 %) et, par conséquent, n’ont pas pu être suffisamment présentes sur le terrain .

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Avec constance depuis des années, une majorité de sondés approuve le recours à la sécurité privée pour venir soulager policiers et gendarmes dans la surveillance des plages, le transfert de détenus ou encore les gardes statiques. Autant de charges indues qui, aux yeux de 55 % des personnes interrogées, ne relèvent pas de leur «cœur de métier». Ce principe a été exposé dès 2018 au ministère de l’Intérieur dans un rapport sur le continuum de sécurité rendu par les députés (LREM) Jean-Michel Fauvergue, ancien patron du Raid, et Alice Thourot, avocate.

Retard à l’allumage

Dans ce panorama, les mesures dévoilées par Emmanuel Macron lors de son discours de Nice et dans la foulée du Beauvau de la sécurité sont certes plébiscitées. C’est vrai en particulier pour le doublement des effectifs sur le terrain d’ici à 2030 (82 %), le recrutement de 1500 cyber-patrouilleurs (78 %) ou encore la création d’une Force d’action républicaine dans les quartiers (75 %). Mais, jugent les analystes, «c’est probablement trop tard pour que les Français portent ces annonces du 10 janvier au crédit de son bilan». Ce retard à l’allumage est d’autant plus regrettable que 62 % de nos concitoyens estiment que «ces mesures permettront d’améliorer la sécurité du pays dans les années à venir». D’ici là, elles serviront de programme pour tenter de renverser la sévère opinion d’une France à la recherche de plus d’autorité.

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