Macron à Moscou et Kiev : une impasse diplomatique et des perspectives encore sombres

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Analyse

Le président français s’est rendu en Russie et en Ukraine pour trouver une sortie de crise entre les deux pays. Sans résultat immédiat, le temps de la diplomatie paraît compté.

L’EXPRESS. 8 février 2022

Emmanuel Macron et Vladimir Poutine ont dialogué pendant plus de cinq heures au Kremlin, le 7 février 2022.

Emmanuel Macron et Vladimir Poutine ont dialogué pendant plus de cinq heures au Kremlin, le 7 février 2022.

EyePress via AFP

Par Corentin Pennarguear (avec Clément Daniez)

Publié le 08/02/2022

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Le Sept

Peut-être étaient-ce les blagues de Volodymyr Zelensky, ancien humoriste devenu président de l’Ukraine. Toujours est-il qu’Emmanuel Macron semblait bien plus à l’aise au palais Mariinsky, à Kiev, ce mardi, qu’au Kremlin la veille. En se rendant dans ces deux pays au bord de la guerre, le président français espérait obtenir des signaux concrets d’une désescalade : il devra patienter. 

Au Kremlin, une rencontre sous forme de duel

Face à Vladimir Poutine, lundi soir, le président français est resté enfermé plus de cinq heures dans une pièce, avec deux interprètes comme seule distraction. À la sortie, les deux chefs d’État ont partagé le podium pour des échanges cordiaux mais musclés avec la presse. L’un a pesté contre « l’agressivité de l’OTAN », le second est resté ferme sur l’arrêt nécessaire des « pressions militaires » à la frontière ukrainienne. « Macron s’est montré extrêmement pugnace et aussi raide que Poutine, observe François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique. La conférence de presse reflétait bien leur longue discussion et a priori le blocage reste complet sur l’ordre de sécurité en Europe. » 

Avant même la rencontre au Kremlin, la France avait tempéré les attentes. Personne à l’Élysée n’espérait une résolution du conflit à l’issue de cette double visite d’Emmanuel Macron, le lundi à Moscou et le mardi à Kiev, même si le temps presse. « Il n’y a aucun scénario diplomatique dans lequel on règle l’ensemble de ces sujets lors d’une seule rencontre, relativise un proche conseiller du président français. Mais l’objectif est de se donner des éléments suffisants pour entamer la désescalade et avoir les moyens d’assurer à plus long terme la sécurité du continent européen. »  

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Publiquement, aucun engagement concret n’a été annoncé par les différentes parties au conflit. Certaines sources françaises ont laissé entendre que la Russie allait s’abstenir de lancer de nouvelles manoeuvres militaires près des frontières de l’Ukraine, avant d’essuyer un démenti formel du Kremlin. « Par nature, le rôle de la diplomatie est d’être opaque. Une négociation réussie est une négociation qui ne se fait pas à coeur ouvert, souligne Bertrand Badie, professeur émérite de relations internationales à Sciences Po. Mais l’agenda qui se profile, conforme aux attentes de Moscou, est frappant, avec l’objectif d’aller bien au-delà du dossier ukrainien pour reconnaître un nouveau statut global à la Russie. »  

Un très étroit espace de discussion

Pauvre en résultats concrets, la rencontre entre Macron et Poutine a permis de clarifier l’état d’esprit des deux camps. « Depuis le début de la crise ouverte, les trois étages de conflit n’étaient jamais apparus aussi nettement, poursuit Bertrand Badie : l’étage ukraino-ukranien, avec en jeu le statut du Donbass ; l’étage sur la place de l’Ukraine dans le système international et son appartenance potentielle à l’OTAN ; et l’étage du statut de la Russie dans le monde post-bipolaire, qui au fond n’a pas avancé depuis 1991. Cette rencontre donne un cadre de négociabilité, ce qui n’est pas négligeable et est à mettre au crédit de Macron. » 

Le président français tente, ces dernières semaines, de donner un espace de discussion aux différents acteurs du conflit. Paris a réuni autour de la table des conseillers russes et ukrainiens, il y a dix jours, pour négocier le statut du Donbass, une région en guerre dans l’est de l’Ukraine. Ces discussions s’inscrivent dans le cadre des accords de Minsk, signés en 2015 entre Moscou et Kiev. « Poutine a rappelé en conférence de presse que la seule voie de sortie de la crise ukrainienne est la mise en oeuvre de ces accords, pointe Igor Delanoë, directeur adjoint de l’Observatoire de la Russie. Mais les Ukrainiens considèrent que ces accords constituent une menace pour leur sécurité et les Russes ne lâchent rien. » Les conseillers diplomatiques se retrouvent jeudi prochain, cette fois à Berlin, pour tenter de faire avancer le dossier. 

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Si la France se veut optimiste et souhaite maintenir « un dialogue exigeant dans les prochaines semaines et les prochains mois », le calendrier pourrait se révéler bien plus court – et bien plus sombre. Dès jeudi, les troupes russes entament des exercices d’envergure avec l’armée biélorusse le long de la frontière ukrainienne. D’autres déploiements militaires massifs de la Russie ont lieu en Mer Noire et sur d’autres terrains. Lundi soir, Emmanuel Macron a d’ailleurs revu à la hausse le nombre de soldats russes en poste près des frontières de l’Ukraine, les évaluant à 125 000.  

« La Russie sera militairement au point pour attaquer d’ici cinq ou six jours, estime pour sa part François Heisbourg. Mais les Jeux olympiques de Pékin constituent un frein, les Chinois ne seraient pas ravis qu’une guerre éclate pendant leurs JO. Poutine doit se demander s’il mène la guerre qu’il peut mener ou s’il mène la paix, qui est finalement très compliquée pour lui : il n’a rien obtenu de ses prétentions avancées en décembre et il devrait expliquer pourquoi il a fait poireauter 100 000 soldats dans la neige et la boue pendant trois mois. » Les Jeux chinois se terminent le 20 février. De quoi laisser, peut-être, une dernière chance à la diplomatie. 

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