Séparatisme islamique dans le sport: les ambiguïtés de la majorité

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Par Stéphane Kovacs LE FIGARO.

8 février 2022

Une photo de Roxana Maracineanu, sur son compte Twitter, lors d’une visite dans un club de sport à Mulhouse, en 2019. Les Républicains fustigent la complaisance du gouvernement à l’égard des mouvances communautaristes.@RoxaMaracineanu / Twitter

DÉCRYPTAGE – La droite insiste pour que la loi, débattue mercredi, interdise les signes religieux en compétition. Le gouvernement louvoie.

Le «match retour» aura donc lieu ce mercredi après-midi, sur l’esplanade des Invalides. «Juste à côté de l’Assemblée nationale», précisent sur Twitter les Hijabeuses, ce collectif de joueuses de foot qui milite pour l’autorisation du port du voile en compétition. Au moment où les députés seront en train d’examiner, en séance plénière, la proposition de loi visant à démocratiser le sport, elles ont convié «élu.e.s, allié.e.s, député.e.s, sénateur. ice.s et sportif. ve.s» à venir «avec (leurs) crampons» lorsd’une manifestation, interdite mardi soir par la préfecture de police de Paris.

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L’été dernier, la droite avait déjà tenté, une première fois, d’interdire «les signes religieux ostensibles» en compétition, lors des débats sur le projet de loi sur le séparatisme. Sans succès. Le 19 janvier, toujours contre l’avis du gouvernement, les sénateurs avaient, lors de l’examen de la proposition de loi sur le sport, adopté un amendement LR: «il s’agissait d’interdire le port de signes religieux ostensibles lors de compétitions sportives officielles organisées par les fédérations françaises délégataires d’un service public», relate Michel Savin, sénateur de l’Isère et rapporteur du texte.

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Au Sénat, puis en commission à l’Assemblée la semaine dernière, la disposition est retoquée. «Nous ne souhaitons pas une interdiction générale pour les participants aux compétitions et événements sportifs, se justifie la députée LREM Céline Calvez dans son amendement de suppression. Outre qu’elle porterait une atteinte disproportionnée aux libertés publiques, cette interdiction aurait pour conséquence d’exclure certains publics de la pratique sportive.» La rapporteure met également en avant «les effets attendus du contrat d’engagement républicain prévu par la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République, alors que le décret paru le 1er janvier 2022 engage les associations sportives et les fédérations agréées à respecter et promouvoir les principes de la République, et notamment le principe de laïcité». Dans le cadre du contrôle du respect de ce contrat d’engagementprécise-t-elle, «il peut être décidé de suspendre ou retirer l’agrément de l’association sportive.»

Deux amendements proposés

Chez les Républicains, on s’élève contre «cette duplicité et cette complaisance, à quelques semaines de la présidentielle, à l’égard des mouvances communautaristes». Le groupe va proposer deux amendements sur le sujet, et une motion de procédure, défendue par Éric Ciotti, permettra de «voir qui prendra ses responsabilités lors du scrutin public»«Il s’agit d’être toujours aussi rigoureux pour protéger les principes de laïcité et d’égalité entre les femmes et les hommes», martèle Constance Le Grip, députée des Hauts-de-Seine, qui défendra l’interdiction du «port de signes ou tenues par lesquels les personnes détentrices d’une licence manifestent ostensiblement une appartenance religieuse lors des compétitions sportives». Au cabinet de la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, on fustige «cet amendement qui intervient dans un contexte de campagne, alors que ce sujet de la neutralité n’avait jamais été abordé en première lecture en mars 2021»«En sport, on a l’habitude de refaire le match mais bon… soupire-t-on. La ministre regrette que cette loi, très importante pour le monde sportif, soit prise en otage par ce sujet et que le Sénat ait tenté de retirer deux dispositions pourtant essentielles sur la parité dans les instances dirigeantes des fédérations sportives et la limitation des mandats des présidents de fédération.»

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Ancien gendarme, chercheur en sciences sociales, spécialiste de la radicalisation dans le sport, Médéric Chapitaux est «en colère»«Alors qu’on considère le sport comme un levier d’éducation, on n’a pas eu le courage d’étendre la loi de 2004 sur la neutralité à l’école dans le champ du sport, s’indigne-t-il. Aujourd’hui, je suis confronté à de nombreux cas d’entrisme islamiste dans des clubs. Dans un dossier d’inscription, par exemple, on peut lire que les douches doivent être prises habillé, que les prières collectives dans les vestiaires sont autorisées, que l’alcool est interdit, etc. Très récemment, lors d’une compétition de foot, un téléphone a sonné l’appel à la prière dans les tribunes, et des joueurs se sont arrêtés sur le terrain… Il y a aussi ces pseudo-médecins qui pratiquent la hijama(une médecine prophétique qui consiste à appliquer des ventouses sur le corps et parfois à réaliser des saignées, NDLR) y compris sur des mineurs, dans les clubs sportifs…»

« 10.000 sportifs s’entraînent dans un environnement séparatiste en France »Médéric Chapitaux

Dans le cadre d’une audition à l’Assemblée nationale, rappelle Médéric Chapitaux, la ministre des Sports avait précisé que, fin 2020, 127 associations sportives étaient identifiées comme «ayant une relation avec une mouvance séparatiste», une part relativement faible des 360.000 structures déclaréesAlors que le ministère fait valoir que depuis la création des Clir (cellules départementales de lutte contre l’islamisme et le repli communautaire), en février 2018, 16 établissements sportifs ont été fermés, ce membre du Conseil des sages de la laïcité, placé sous l’autorité du ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sport, fait le calcul: «Si on multiplie les 111 associations restantes par 93, le nombre d’adhérents moyen par club, explique-t-il, cela fait plus de 10.000 sportifs qui s’entraînent dans un environnement séparatiste en France. C’est loin d’être un épiphénomène!»

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