L’odeur fétide du mépris

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FRONT POPULAIRE. 9 février 2022

OPINION. « Chez Zemmour, on retrouve les Français de chez Français, ceux qui puent un peu des pieds. » 

La récente sortie de Jean-Michel Aphatie, aussi méprisante que symptômatique du dédain de la gauche morale pour le Français « ordinaire », n’est pas passée inaperçue. 

L’odeur fétide du mépris

Pour ceux que l’on appelait les « Pieds-noirs », ce n’était pas l’époque de la mobilité, mais celle de l’ancrage. Partir était une déchirure. Ils n’étaient pas que français de confession juive ou chrétienne, mais aussi italiens. En arrivant au port de Marseille, ils entraient dans cet exil silencieux dont les enfants ne connaitront que les manifestations extérieures : la persévérance, la détermination, le partage et le respect.

Soixante ans plus tard, ces enfants de Pieds-noirs sont qualifiés de Français qui puent un peu des pieds par la police morale. Fidèle au mitterrandisme suffisant, Jean-Michel Aphatie, l’auteur de cette formule, est le fils rêvé d’un Pierre Joxe qui avait raillé en son temps les chaussettes de Pierre Bérégovoy [1]. Cyrano en aurait fait une tirade acerbe, tellement la voute plantaire semble aussi sujette à raillerie que son appendice nasal. Jean-Michel Apathie n’est pas seul. Ils sont nombreux, ces prétendus défenseurs de l’humanisme, du mondialisme et de l’antiracisme se réclamant de la seule et unique gauche, à utiliser l’insulte et le vulgaire pour vomir leurs semblables qui se sont élevés en silence, par l’effort, en dehors du communautarisme, plutôt que par la ruse, le clientélisme et la victimisation.

Mais autant les adversaires de Cyrano étaient des envieux, jaloux de son éloquence et de son courage, autant les rivaux des Français qui puent un peu des pieds sont des couards, jaloux d’une réussite qu’ils ne peuvent qu’envier. Parce qu’ils ont tout eu, ils ne peuvent que salir ceux qui ont tout pris parce qu’on ne leur a rien donné.

En débarquant du bateau, les aînés de ces Français qui puent un peu des pieds n’avaient ni d’aide au logement, ni Pôle emploi et encore moins de RSA. Chez ceux-là, on était souvent analphabète. Il fallait pourtant avancer en serrant les dents. Curieusement, ce sont celles qui n’ont jamais eu ni froid ni faim qui ressentent des « micros-traumatismes » devant une statue. Étonnement, se sont celles qui ne savent pas encore où placer le complément d’objet direct dans une phrase qui jouent les précieuses ridicules sur le sexe des anges jusqu’à supprimer le mot « femme » du féminisme. Étrangement, ce sont celles qui ont le choix de se vêtir en fonction du temps qui ignorent celles pour qui c’est « une question de vie ou de mort », comme le rappelle Kamel Daoud [2]. Mais ce sont précisément celles qui nous déshonorent que la horde de couards, bien placée dans la sphère politique et journalistique, va encenser. Ils ne sont pas mieux, ceux qui mettent leur genou à terre pour un homme mort à 3.800 km de la France ou s’émerveillent de la nouvelle égérie de Louboutin dont le casier judiciaire de la famille avoisine en nombre d’entrées le prix de la chaussure de luxe en euros. À la recherche d’une émotion électorale, ils sont capables de donner encore plus à ceux qui ont tout eu, quitte à éclabousser la mémoire des taiseux et à salir notre héritage.

Churchill avait cette phrase qui sied aujourd’hui aux pourfendeurs de cette population française, autant qu’eux sinon plus. À Bessie Braddock, la députée travailliste de Liverpool qui lui avait fait remarquer qu’il était ivre, il avait répondu : « Madame, vous êtes laide. Mais moi demain je serai sobre ». Ceux qui puent un peu des pieds ne porteront jamais ce parfum qui masque l’odeur fétide du mépris.

Notes

[1] Premier ministre de François Mitterrand, Pierre Bérégovoy, pris dans l’affaire Pelat, avait été à la fois défendu et moqué par Pierre Joxe, alors président de la Cour des comptes, qui avait déclaré « Un homme qui porte de pareilles chaussettes [tire-bouchonnées et lâches] ne peut être malhonnête »

[2] Kamel Daoud en vérité : série de podcast sur France Inter

Auteur

Véronique RUGGIRELLO

Publié le 9 février 2022

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