Ivan Rioufol: «Mode d’emploi pour bloquer le débat»

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Par Ivan Rioufol

Publié le 10/02/2022 LE FIGARO

CHRONIQUE – Le politiquement correct et le terrorisme intellectuel ne se sont jamais aussi bien portés à gauche que dans cette dernière ligne droite de la présidentielle.

Se dirige-t-on vers une campagne confisquée? Celle de 2017 avait été détournée par l’«affaire Fillon», ses costumes offerts par un aigrefin et les doutes sur la réalité de l’emploi de son épouse. Celle de 2022 se réduit, pour l’instant, à des injures ou des accusations en nazisme. Elles sont lancées, pour l’essentiel, par la gauche comateuse et la macronie sans idées. Quand, dernièrement, Emmanuel Macron se rend une deuxième fois à Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), ville martyrisée par les SS, c’est pour y suggérer qu’Éric Zemmour banaliserait des idées dangereuses. Quand ce dernier vient à Lille samedi pour son grand meeting, ce sont les «antifas», cornaqués par Martine Aubry, qui affrontent la police. À peine Zemmour y a-t-il déclaré, devant 8000 personnes: «Nous sommes la solution» que la gauche la moins sectaire fait savoir, par la voix de Rachel Khan, qu’elle se sent heurtée par le «rapport historique» (entendre: la solution finale).

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L’intimidation morale est l’arme de ceux qui n’ont plus rien à répondre. Que Les Républicains en arrivent à distribuer une note sur «Les sympathies nazies d’Éric Zemmour» dévoile la pauvreté de l’argumentaire. Valérie Pécresse ne se rehausse pas quand elle dit voir «une espèce de nuit des longs couteaux» (référence aux assassinats de SA commis par des SS sur ordre de Hitler, en Allemagne, en 1934) dans la concurrence que se mènent Reconquête! et le RN. Marine Le Pen elle-même laisse transparaître sa rancœur face aux défections de son camp en définissant le zemmourisme comme un communautarisme rassemblant «des catholiques traditionnels, des païens et quelques nazis»Elle vient sur le terrain de l’islamo-gauchiste Edwy Plenel, qui estime, après Anne Hidalgo, que «ce que dit Zemmour sur nos compatriotes musulmans, c’est ce que disait Hitler des Juifs». Etc.

Un monde de zombis se bat pour sa survie. Ces ombres cruelles tentent d’ensevelir sous les insultes et les chasses à l’homme les débats attendus sur le devenir de la France maltraitée

Le «progressisme», cerveau vidé, adore instrumentaliser la Shoah pour ne plus voir que des «vichystes», des «nazis» ou des «antisémites» hors de son camp. En revanche, ces adeptes de la «reductio ad hitlerum» hurlent à l’indécence et à la banalisation du Mal quand des opposants leur renvoient les risques de leurs dérives dans l’intolérance et le maccarthysme. En réalité, le politiquement correct et le terrorisme intellectuel ne se sont jamais aussi bien portés à gauche que dans cette dernière ligne droite de la présidentielle. Un monde de zombis se bat pour sa survie. Ces ombres cruelles tentent d’ensevelir sous les insultes et les chasses à l’homme les débats attendus sur le devenir de la France maltraitée. Parce que «Z» parle trop clair, il est la cible des marchands d’orviétan. Ils ne supportent pas de s’entendre rappeler, rudement, leurs incompétences et leurs trahisons.

Dans cet évitement du débat, le chef de l’État donne l’exemple. En retardant sa candidature, il se défile et il triche. Bruno Retailleau (LR) souligne (Europe 1, mardi) qu’Emmanuel Macron «ne joue pas le jeu du droit qui assure une égalité entre les candidats» et qu’«il se balade avec le carnet de chèques des Français». Il est vrai que sa politique sanitaire, perpétuée avec le passe vaccinal tandis que le danger s’estompe, maintient la société sous l’étouffoir. Toutefois, l’ordre hygiéniste ne peut suffire à faire une politique. La prétention de Macron de sauver la paix en Europe face à Vladimir Poutine, qu’il a rencontré durant cinq heures lundi à Moscou, ne peut non plus faire illusion. Trois secondes auraient suffi pour dire à Poutine, inquiet des desseins américains: «L’Ukraine ne rentrera pas dans l’Otan.» En réalité, Macron non plus n’a guère de programme hormis la promotion de son image. Son slogan, «Avec vous», est celui d’une compagnie d’assurances.

De l’usage du «populisme»

L’accusation en «populisme» est, avec le rappel pavlovien des «heures les plus sombres», l’autre arme utilisée par les censeurs aux abois, pour tenter de clouer le bec aux contradicteurs. Une scène illustre la manière dont le pouvoir cherche à occulter des faits: mardi, sur BFM, Apolline de Malherbe reçoit Gérald Darmanin ; elle rappelle au ministre de l’Intérieur son «réveil tardif» au vu des violences en hausse contre les personnes et du bilan sécuritaire, jugé mauvais par 62 % des sondés. Darmanin accuse alors la journaliste de se prêter à du «populisme». Ce refus d’admettre des échecs et cet empressement à désigner des boucs émissaires sont la méthode usée des apparatchiks. Elle a conduit le ministre de l’Intérieur à soutenir également, lundi: «Il n’y a pas un Français qui pense que Macron n’a pas été un bon président, alors qu’il a eu deux “33 tonnes” dans son mandat, les “gilets jaunes” et la crise sanitaire.»

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Outre que ce contentement outré relève de la seule autopersuasion, le rapprochement entre la colère populaire et le Covid dit bien le mépris que porte le pouvoir au peuple oublié. Les classes moyennes qui ont manifesté pour faire entendre leur détresse se sont certes fait voler leur mouvement par les nervis d’extrême gauche. Mais ces gens ne peuvent décemment être mis sur le même plan que des virus à éradiquer. La macronie aura excellé dans la fabrication des peurs artificielles, et singulièrement celles du populisme et des épidémies.

Or il se trouve que ce sont les populistes qui, par leur attention portée à la vie des gens ordinaires, s’approchent des réalités. Le réalisme est ce qui lie encore Éric Zemmour et Marine Le Pen, qui se sont livrés samedi à un duel d’images, l’un à Lille, l’autre à Reims. Sur ce terrain de la mobilisation des foules, Zemmour est sorti vainqueur. Sa radicalité lui donne une dynamique. Mais tous deux parlent de choses concrètes quand ils abordent l’immigration ou le pouvoir d’achat. Leur faute serait de poursuivre leur querelle fratricide, qui deviendrait mortelle si l’un ou l’autre devait accéder au second tour sans le soutien attendu. Quant à Valérie Pécresse, il faudra attendre ce dimanche et son premier grand meeting pour mesurer le contenu de son programme. Jusqu’à présent, la candidate LR mène une campagne sans relief. La décision d’Éric Woerth, le grand argentier du parti, de rejoindre Macron ébranle la fragile cohésion des Républicains. Nicolas Sarkozy prend son temps pour faire connaître son choix

Retour des oubliés?

Le «convoi de la liberté» relancera-t-il en France le mouvement des «gilets jaunes»? Des protestataires, qui contestent le passe, les hausses du carburant et les atteintes aux libertés, convergent vers Paris pour ce vendredi soir, avec l’objectif de rejoindre Bruxelles lundi. Le pouvoir, qui a interdit la manifestation, ne ménagera pas sa violence verbale si ces opposants devaient faire nombre. Ne serait-il pas plus utile d’écouter ce que ces Français oubliés ont à dire?

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