Derrière sa « nouvelle France », Valérie Pécresse exhume les vieux tubes de la droite

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La candidate LR a délivré ce dimanche un discours à tonalité identitaire pour son premier grand meeting. Sans vraiment s’extraire d’un classicisme de droite.

Valérie Pécresse, le 13 février 2022.

Valérie Pécresse, le 13 février 2022.

AFP

Par Paul Chaulet

Publié le 13/02/2022 L’EXPRESS

Une DJ déchaînée, une musique assourdissante, des jeunes en pagaille… Les boîtes de nuit ne rouvriront que le 16 février mais la droite a des fourmis dans les jambes. L’ambiance est chaude ce dimanche après-midi au Zenith de Paris. 6 500 supporters de Valérie Pécresse sont venus écouter la candidate LR à l’élection présidentielle, en quête d’un nouveau souffle. L’acte fondateur de sa campagne, répètent en choeur ses soutiens. Dans l’enceinte, le chauffeur de salle ne craint pas l’emphase. « On parlera de ce 13 février dans vingt ans ! » 

Valérie Pécresse jouait gros lors de ce meeting. A droite, des critiques émergent sur sa campagne. Trop de propositions vite oubliées, manque de récit et de marqueurs. Quelle est la raison d’être de sa candidature ? C’est à cette question aussi simple que complexe que la candidate a tenté de répondre pendant près d’une heure. A 15h30, Valérie Pécresse entre en scène. Elle vient décliner sa « nouvelle France », son slogan de campagne. « Un slogan chiraquien, sourit le maire de La Baule Franck Louvrier. Mais les slogans sont bons quand on gagne et mauvais quand on perd. » 

Un ton parfois emprunté

Ce n’est pas un secret, Valérie Pécresse n’est pas une oratrice de premier ordre. Pour la première fois, la candidate est assistée de deux prompteurs. Malgré cette innovation technique, la candidate semble peu à l’aise. Le ton est emprunté, elle ne joue jamais avec un public pourtant très enthousiaste et déclame ses phrases en les ponctuant de silences trop réguliers qui font perdre au moment sa spontanéité. Elle donne même l’impression de perdre sa voix au fil des minutes. 

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Le fond peut-il faire oublier la forme ? Valérie Pécresse tente de donner corps à son slogan de campagne, articulé autour d’un triptyque « Protéger-Reconstruire-Réinventer ». Se faire l’apôtre d’une « nouvelle France » est ambitieux. La candidate a en réalité délivré un discours de droite classique, qu’aurait pu prononcer Nicolas Sarkozy lors de ses deux campagnes présidentielles. Sur scène, l’ancienne ministre coche les cases attendues. Elle insiste sur la thématique identitaire, au prix d’une sémantique parfois proche de celle de la droite de la droite. Valérie Pécresse rejette ainsi la « fatalité » du « grand remplacement ou déclassement » et délivre sa vision de la nationalité française. « Je veux faire des Français de coeur, pas des Français de papier. » 

Dans ce combat pour « l’identité » française, Valérie Pécresse s’en prend aux « mouvements wokistes », artisans d’une « guerre des races, des sexes, des orthographes et des mémoires ». Même fermeté sur l »immigration et la laïcité. Elle met en garde contre la création de « zones de non France » et prône une politique de « zéro visa » pour les pays qui refusent de « reprendre les clandestins ». « Pour moi, le voile n’est pas un vêtement comme les autres. Ce n’est pas une prescription religieuse. C’est un signe de soumission de la femme », lance-t-elle, sous les acclamations du public. La salle est acquise à cette idée. Laurent Wauquiez et le président du groupe LR au Sénat Bruno Retailleau ont été les deux élus les plus applaudis avant le discours de la candidate. 

Figures imposées de la droite

A la fermeté succède l’éloge du travail. Comme si elle avait entendu l’ancien chef de l’Etat qui regrettait quelques jours plus tôt qu’elle ne le cite pas davantage, elle reprend à son compte le « Travailler plus pour gagner plus » sarkozyste et s’engage à déplafonner la défiscalisation des heures supplémentaires. La candidate « de la feuille de paye » propose que chaque allocataire du RSA donne « 15 heures d’activité à la société » chaque semaine. Valérie Pécresse n’échappe pas aux figures imposées de son camp. Elle loue la décentralisation, refuse l’écologie punitive et défend l’énergie nucléaire. Un discours de droite ne saurait ignorer la famille. Valérie Pécresse ne s’y trompe pas et affirme son désir de rétablir l’université des allocations familiales. 

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Bref, tout y est. L’ancienne ministre endosse avec facilité le costume de la femme de droite. Mais la comparaison avec Nicolas Sarkozy atteint vite ses limites. A l’époque, le candidat de l’UMP se montrait transgressif et surprenait les siens. En parlant à la gauche avec la fin de la double peine. En soignant sa droite avec la création d’un ministère de l’Identité nationale. Ces transgressions ont intégré le corpus doctrinal de la droite. Au Zénith, Valérie Pécresse n’étonne guère. Aucune mesure – elle en a pourtant développé plusieurs sans tomber dans le catalogue – ne frappe les esprits. Certains le regretteront, d’autres loueront le sérieux de la candidate.  

« Ces cicatrices, je ne vous en parlerai pas »

La présidentielle est la rencontre entre un individu et le peuple. Une affirmation devenue un lieu commun autant qu’elle demeure une réalité. Cette semaine, Valérie Pécresse avait prévenu ses troupes qu’elle ne souhaitait pas se livrer, comme l’a fait Marine Le Pen lors de son meeting de de Reims. Mais il faut bien se raconter, surtout quand on vous reproche d’être trop boutonnée. La candidate reste sur cette ligne de crête. Elle déroule sa vie et tente de donner de l’épaisseur à un CV bien classique. Son choix d’entrer au Conseil d’Etat ? « Je voulais donner un supplément d’âme à ma vie », poétise-t-elle. Son entrée comme conseillère à l’Elysée après la dissolution ratée de Jacques Chirac ? « C’était un suicide professionnel ? Qu’importe, moi j’y croyais. » La pudique Pécresse taira ses « épreuves de vie ». « Ces cicatrices, je ne vous en parlerai pas car elles n’appartiennent qu’à moi et aux miens. » 

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Quine ans après, le discours d’investiture de Nicolas Sarkozy à la Porte de Versailles le 14 janvier 2007 fait toujours briller les yeux de nombreux élus de droite. Celui prononcé par François Hollande au Bourget en 2012 avait lancé son épopée élyséenne. Se souviendra-t-on du 13 février 2022 dans vingt ans, comme le promettait le chauffeur de salle ? Par sa simplicité sur le fond et ses limites sur la forme, il est permis d’en douter. 

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