OPINION. Le « convoi de la liberté » français a rallié Paris ce samedi 12 février depuis plusieurs villes de province. L’objectif ? Atteindre les institutions européennes à Bruxelles. Pour Michel Onfray, Emmanuel « Foutriquet » Macron ne s’y est pas trompé en leur opposant des blindés et plus de 7000 policiers. 

L'ordre maastrichtien règne

À quelques jours d’une élection présidentielle dans laquelle il passe pour favori, Emmanuel Macron, chef de l’État français, président de l’Union européenne, jeune quadragénaire qui fut banquier, envoie les blindés contre le peuple – je n’écris pas son peuple, car il n’entretient de relation que brutale et méprisante avec ce peuple qu’il n’a cessé, pendant cinq ans, d’avilir, de salir, de déprécier, d’insulter. On n’a jamais rencontré cynisme plus décomplexé sous la Cinquième république.

Mon prochain livre qui est consacré à cet homme a pour titre Foutriquet, c’est le nom que les Communards donnaient à Thiers pendant la Commune.

Lors de la commémoration des cent cinquante ans de la Commune, en 2021, ce même Macron a fait savoir que « Versailles » était plus que le nom de cette ville où s’était repliée la bourgeoisie de gauche – j’insiste : de gauche, car Thiers était un républicain de gauche et Galliffet, le massacreur des communards, participait à un gouvernement républicain de gauche sous Waldeck-Rousseau…-, parce qu’elle craignait pour ses privilèges. Pour lui, c’est le nom de ce que les maastrichtiens nomment aujourd’hui « le cercle de la raison », à savoir l’idéologie de ceux qui ont remplacé la question sociale par la question sociétale et qui aspirent à effacer la France de la carte pour noyer le pays dans l’État maastrichtien destiné à promouvoir le gouvernement planétaire duquel le peuple sera exclu au seul profit de prétendus techniciens de la gouvernance mondiale dont ils sont l’avant-garde éclairée bien sûr.

Macron qui ne perd pas une occasion de dire qu’il ne faut pas instrumentaliser l’histoire… ne perd pas une occasion de l’instrumentaliser – ici avec Benjamin Stora sur la Guerre d’Algérie, là avec Patrick Boucheron sur la haine de la France. De sorte que, quand il parle de la commémoration de la Commune, c’est encore pour instrumentaliser l’histoire bien sûr. Et comme toujours : à son avantage.

La Commune sous son quinquennat, ce sont, selon lui, les Gilets jaunes qui auraient mis la démocratie en péril – du moins pour ce qui reste de démocratie sous son règne illibéral. On sait qu’au plus fort de la crise des Gilets jaunes, un hélicoptère l’attendait pour l’exfiltrer de l’Élysée au cas où la jacquerie aurait atteint son palais. On ignore si c’était pour se rendre à Versailles. De toute façon, ça ne pouvait pas être Baden-Baden, la ville étant réservée à ceux qui ont rencontré l’Histoire de face.

Il a réglé la crise des Gilets jaunes comme on sait : pourrissement de la situation, instrumentalisation des Blacks-Blocs constitués de prétendus antifascistes et de petits soldats encapuchonnés venus des banlieues, sinon de jeunes bobos fascinés par le Grand Soir 2.0, répression d’une grande brutalité avec énucléations, arrachages de mains, sang versé des blessures. Le tout accompagné d’une stratégie hypnotique : prétendus États généraux et consultations organisées par les préfectures qui veillaient à trier le bon grain des élus comme il faut de l’ivraie des Gilets jaunes, verbigérations provinciales amplement retransmises sur les chaines d’infos continues, convocation d’un panel de citoyens prétendument représentatif dans lequel, comme par hasard, se trouvait Daniel Cohn-Bendit, c’est dire quel profil se trouvait sollicité par le gouvernement qui a donné ses algorithmes aux instituts de sondage grassement payés avec l’argent du contribuable pour assurer la propagande de l’État maastrichtien.

Abracadabra, la crise des Gilets jaunes, ainsi évaporée par Macron, aidé en cela par les récupérations politicardes de la France Insoumise, du Rassemblement national et autres partis en mal d’existence, ne fut plus qu’un lointain souvenir. Le petit peuple s’est ainsi fait voler sa révolte. Plus de ronds-points occupés, une avenue des Champs-Élysées repavée, un arc de triomphe nettoyé des slogans des Blacks-Blocs avec juste l’épargne d’un « Gilet jaune vaincront » pour laisser croire que la vandalisation du monument était due aux seuls GJ alors que ce sont eux qui ont protégé la tombe du Soldat inconnu que voulaient profaner les Blacks Blocs, ces amis de Castaner & Macron.

Et puis voilà que la colère étouffée des Gilets jaunes réapparait sous forme d’un Convoi de la Liberté. On sait que l’idée a traversé l’Atlantique, qu’elle vient du Canada et que des routiers, avec leurs mastodontes, ont ouvert la voie à l’idée de La Boétie : «  soyez résolus de ne plus servir et vous voilà libres ».

Il s’agit, en France, venus de partout – le maillage est national -, de converger vers Paris avant d’aller à Bruxelles, pour bloquer les deux villes : voilà le véritable message.

Bien sûr, les journalistes, les médias et les intellectuels du système, cherchent la petite bête et à coup sûr la trouvent : un tel, prélevé dans la foule, tient une pancarte sur laquelle il dit être en relation avec la lumière, ce qui suffit pour déclencher des heures de parlottes sur les chaines d’infos pour savoir s’il s’agit de fous, de débiles, d’incultes, de crétins ou d’abrutis… Un sociologue spécialisé de l’extrême gauche, comme il est dit, se demande en bafouillant s’il s’agit de populisme, ou pas, ou pas trop, ou un peu, ou moyennement.

Du bout des lèvres, les maastrichtiens disent comprendre la colère avant d’inviter à voter pour leur candidat, car le problème, selon eux, c’est qu’il n’y a pas encore assez de leur idéologie. Pécresse & Macron qui défendent cette vision du monde dont Marine Le Pen dit à mot couvert qu’elle n’est pas si mal que ça (on ne touche plus à l’euro, à Schengen, à la Cour européenne de Justice, aux traités, plus question de Frexit bien sûr…), ces trois-là, donc, jouent leur présence au deuxième tour dont l’issue fera qu’un candidat du système sera élu ce qui, bien sûr, ne résoudra pas le problème des Gilets jaunes dans leur version Convoi pour la liberté.

Car si les Provinces, la « ruralité » ou les « territoires » comme disent les maastrichtiens, ont choisi de converger vers la capitale, Paris, puis vers Bruxelles, la capitale de notre ancienne capitale, c’est que ces néo-Gilets jaunes ont bel et bien compris le sens de l’histoire et identifié les lieux d’où partent leur misère.

Certes, les uns sont contre le passe vaccinal, d’autres contre les vaccins, ou bien encore contre tout ce qui est pour et pour tout ce qui est contre, c’est le sens des coagulations rebelles, des cristallisations colériques : quand on n’en peut plus, on fait flèche de tout bois…

Mais désigner Paris puis Bruxelles, c’est clairement affirmer un combat anti-maastrichtien: ils savent d’où vient leur malheur. Désigner la seringue ou le QR code, comme font leurs ennemis, c’est regarder le doigt quand ce petit peuple montre la lune.

C’est une affaire à suivre, bien sûr…

Auteur: Michel Onfray

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Addendum

Parmi les réactions des lecteurs,je me suis permis d’en sélectionner une. Elle m’a semblé résumer parfaitement les tendances générales de notre époque et de nos dirigeants. Artofus.

ALAIN JACQUOT:

« C’est inouï, des policiers ont verbalisé des manifestants dont le seul signe distinctif était d’arborer un drapeau bleu-blanc-rouge, d’autres policiers ont arraché un drapeau français d’un véhicule du convoi et l’ont jeté à terre… La France est le seul pays du monde où arborer le drapeau national est en passe de devenir un délit. Tout cela ne serait pas arrivé aux manifestants bien sûr s’ils avaient arboré le drapeau algérien… »

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