Au Mali, la fuite en avant antifrançaise

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Par Margot Bellone.

 LE figaro 16 février 2022

Des protestations dans les rues de Bamako, au Mali, le 14 janvier 2022. HADAMA DIAKITE / EPA / MAXPPP

À Bamako

Face au deuxième pont de Bamako, l’un des principaux axes qui enjambent le fleuve Niger dans la capitale malienne, le monument de la paix s’est dotée d’une nouvelle parure. Une banderole verte sur une quinzaine de mètres de long, avec les visages des deux plus hautes personnalités de l’État: le colonel Assimi Goïta, président de la transition, et Choguel Kokalla Maïga, son premier ministre. «Avec vous, nul ne se substituera au peuple souverain du Mali!», annonce l’oriflamme en lettres blanches au milieu des deux hommes, sanglés dans des habits militaires – bien que le premier ministre soit un civil.

Depuis des mois, la «souveraineté» malienne, est au cœur des passes d’armes diplomatiques entre Paris et Bamako. Alors que se multiplient les invectives publiques, le premier ministre malien, qui a accusé la France «d’abandon en plein vol», a indexé les «mercenaires» de l’opération Barkhane qui auraient selon lui contribué «à la création d’une enclave terroriste dans le Nord» et visent «la partition du Mali». Des propos jugés «indécents et inacceptables» par l’exécutif français, qui les attribue à des «autorités illégitimes et issues de deux coups d’État».

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«Ce n’est ni à la France ni au Quai d’Orsay de décider de la légitimité de notre gouvernement», cingle Mohamed Diarra, 30 ans. Pour ce militant de la première heure du mouvement Yerewolo-Debout sur les remparts, à l’origine de nombreuses manifestations de soutien à la transition, les discours successifs de Choguel Maïga ont permis aux Maliens «de retrouver leur dignit黫Les autorités françaises ont dénigré notre gouvernement et traité le Mali comme s’il était le fléau de l’Afrique de l’Ouest, alors même qu’elles ont soutenu tous les régimes corrompus qui ont plongé le pays dans l’abîme. Tout ce que nous demandons, c’est du respect», avance le trentenaire. Une «fierté retrouvée», qui est passée notamment par l’expulsion, le 31 janvier, de l’ambassadeur français à Bamako, estime le militant. Une semaine plus tôt, les troupes danoises, déployées dans le cadre de la task force Takuba (un conglomérat de forces spéciales lancé à l’initiative de la France), étaient elles aussi dans le viseur des autorités maliennes, sommées publiquement de quitter le territoire.

Depuis plusieurs mois, chaque semaine apporte son lot de polémiques et de sanctions, émanant d’un côté ou de l’autre. Quand ce n’est pas le gouvernement, c’est la rue bamakoise, qui répond. En quelques mois, le rythme des manifestations de soutien aux autorités s’est intensifié. Le nombre de manifestants aussi. Les participants, de plus en plus nombreux à agiter des drapeaux russes, s’époumonent à coups de slogan antifrançais ou anti-Barkhane. Ils fustigent également la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), qui a placé le Mali sous sanctions politiques, financières et commerciales. «Où est la Cédéao quand des présidents ouest-africains modifient la constitution pour se maintenir au pouvoir? Quand d’autres vident les caisses de l’État? La Cédéao a choisi ses combats, en ce qui me concerne, elle a perdu toute crédibilité», lance Boubacar, étudiant, qui se dit de toutes les manifestations.

On donne le sentiment que la France, l’Europe, la Cédéao sont responsables de tous les maux du pays, et ça marcheUn diplomate européen

Pour Modibo Soumaré, président du Cadre d’échange pour une transition réussie, «le Mali ne doit pas s’isoler sur la scène internationale». La plateforme, qui rassemble de nombreux partis politiques, a déjà fait savoir qu’elle ne reconnaîtrait plus les autorités à compter du 25 mars, date initiale de la fin de la transition. «Le Mali n’a pas les moyens de faire la guerre à la France, aux États-Unis, à la Cédéao… il n’a d’autre choix que de trouver des compromis et de faire lever les sanctions», met en garde le président du parti AFD.

Comme lui, de nombreux observateurs craignent «une fuite en avant»des autorités maliennes, qui pourrait mener à l’effondrement économique du pays et à de lourdes conséquences sécuritaires. «On donne le sentiment que la France, l’Europe, la Cédéao sont responsables de tous les maux du pays, et ça marche. Avec ses discours populistes, Choguel Maïga jouit d’une popularité qu’il n’a jamais eue auparavant», analyse un diplomate européen. S’il estime que la position des autorités découle d’une «demande forte et légitime des Maliens pour la souveraineté et le respect», Konimba Sidibé, ancien ministre et député, lui, met en garde contre toute tentative de «diversion».

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«Il y a fort à faire pour remettre le Mali sur les rails. Avec le premier gouvernement de transition (renversé en mai 2021, NDLR) nous avons déjà perdu neuf mois. Mais la crise diplomatique nous a détournés des réels objectifs et des actes qu’il faut poser pour la refondation du Mali», estime ce cadre du mouvement populaire.

Pour d’autres, la diversion malienne viserait davantage le terrain militaire. «Aujourd’hui, Bamako veut pousser les Français et leurs partenaires européens au départ, tout en s’assurant que le point de rupture ne vienne pas d’eux. Le renforcement du partenariat avec la Russie va au-delà de l’armée conventionnelle russe, et Moscou ne veut pas d’observateurs», croit savoir notre source diplomatique selon laquelle la présence de Wagner, pourtant toujours démentie par les autorités maliennes, «ne fait plus de doute».

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