Gilbert Deray : avec Omicron, on nous vend une belle histoire, un « happy end » digne de Netflix….(POUR MEMOIRE)

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Pour le chef du service de néphrologie de la Pitié-Salpêtrière, l’envie de croire à la fin de l’épidémie est compréhensible, mais repose sur des hypothèses discutables.

Par Gilbert Deray, Publié le 28/01/2022 POUR MEMOIRE

Des soignants s'occupent d'un patient atteint du Covid-19 dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital de Crémone, le 11 janvier 2022 en Italie

A l’origine il fallait sauver toutes les vies quel qu’en soit le coût. 

En mars 2020, chaque jour le décompte terrible des décès venait nous rappeler le dur combat que tous ensemble, soignants et citoyens, nous devions mener. 300 morts par jour c’était inacceptable pour notre société dite civilisée. Qu’importe leur âge ou leur faiblesse, chaque génération était comptable de la suivante. Le pays totalement confiné et immensément solidaire retenait son souffle. 

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Puis rapidement, deux mois seulement, l’idée du sacrifice des plus fragiles pour préserver l’avenir des jeunes s’est invitée dans les débats. 

« Un ancien dans un EHPAD n’est là que pour attendre la mort. » 

« Ils ne perdent que quelques années de vies médiocres. » 

« Ils seraient morts d’une autre maladie de toutes les façons. » 

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La rhétorique de l’eugénisme de l’inutile parce que vieux ou malade était de retour, sournoisement, sous les magnifiques atours de la vertu sacrificielle des anciens sur l’autel de l’avenir des jeunes. Alors pour décider des mesures de restrictions, on a oublié les morts et pris en compte uniquement les hospitalisations conventionnelles et en réanimation. 

La nouvelle ligne rouge était dans la capacité des hôpitaux à accueillir tous les patients Covid. Il fallait juste éviter qu’ils soient submergés et que jamais l’on ait à trier les patients. Le soignant avait une nouvelle mission, tenir bon et qu’importent les pertes. Hors des murs hospitaliers, la vie devait redevenir normale. Cachez ces déprogrammations par dizaines de milliers, ces patients non opérés, ces cancers non traités, ces infarctus et AVC non pris en charge. Les morts différés sont comme les dettes, l’essentiel et de ne pas en parler et de continuer à vivre comme avant. Le temps effacera leurs traces. Ils n’existent pas hors de la mémoire de leurs proches. 

« Fin de partie »…

Enfin est survenue la vague Omicron qui nous a fait franchir une dernière étape. Ce n’est plus le nombre de personnes hospitalisées qui compte, mais seulement celui en réanimation. Les chiffres Covid sont au plus haut : 300 décès par jour, 30 000 patients hospitalisés, 4000 patients en réanimation et 500 000 cas par jour. Mais les restrictions ne sont plus acceptables et cela peut se comprendre. 

Il faut donc annoncer la fin de la crise, et pour cela construire une belle histoire qui repose sur deux piliers : l’immunité collective, et l’évolution des virus vers des formes toujours plus bénignes. Fin de partie, le SARS-COV-2 va devenir une simple grippe ! C’est Netflix, la dernière saison avec son « happy end » que l’on construit à sa guise pour faire plaisir au téléspectateur. 

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Aucun de ces deux piliers n’est pourtant certain. L’évolution des virus ne se fait pas systématiquement vers des formes plus bénignes. Elle est aléatoire et celle du SARS-COV-2 démontre l’inverse. Alpha induisait plus d’hospitalisations que la souche initiale et moins que Delta. Quant à l’immunité collective, comment peut-on l’imaginer avec une telle certitude alors que le dernier variant Omicron échappe déjà partiellement à l’immunité antérieure acquise par la vaccination ou l’infection. Une immunité évanescente en quelques mois. 

Mais les soignants et la population sont épuisés et déprimés, les moyens médicaux hospitaliers et en ville sont restés les mêmes, et l’espace d’une respiration la Covid ne doit plus être notre ligne d’horizon. 

Pierre Assouline

Chronique

Levée des restrictions anti-Covid : vitesse ou précipitation ? Par le …Le Pr Gilles Pialoux est chef de service d'infectiologie de l'hôpital Tenon (AP-HP), à Paris.

Par le Pr Gilles Pialoux

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