S’il y a une guerre en Ukraine, voilà à quoi elle ressemblera (et non, ça n’a rien à voir avec ce qu’on en prédit généralement)

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Vladimir Poutine s'exprime lors d'une conférence de presse conjointe avec la chancelière allemande suite à leur rencontre sur la sécurité en Ukraine au Kremlin, à Moscou, le 15 février 2022.

©MIKHAIL KLIMENTYEV / SPUTNIK / AFP

Si un conflit armé devait avoir lieu sur le sol ukrainien, les experts ne s’attendent pas à un conflit symétrique mais plutôt à une stratégie « d’aveuglement », inspirée de la méthode russe sur le territoire syrien 

Xavier Raufer ATLANTICO. 16 février 2022

S’il y a une guerre en Ukraine, voilà à quoi elle ressemblera (et non, ça n’a rien à voir avec ce qu’on en prédit généralement)

avec Xavier Raufer

Cet article dépasse mon domaine de compétence ; je tiens son contenu d’experts du terrain, proches – physiquement ou par électronique – de la zone Ukraine-Mer Noire. L’article relaie leur sidération devant la « vision » d’un possible conflit en Ukraine de nos gouvernants et médias – y compris les « spécialistes » pour plateaux télévisés en plein flou artistique – tant elle diffère de ce qu’eux, experts, voient s’envenimer dans la zone de tension.

L’image politico-médiatique d’une occupation territoriale de l’Ukraine par des blindés cahotant dans la boue ou la neige, façon Afghanistan ou Tchécoslovaquie-1968, est pour eux fausse ; comme l’idée d’un pays en envahissant un autre, au peuple radicalement étranger ; exemple, la France de 1940 occupée par une armée d’Allemands. Ces experts soulignent que l’Ukraine (quelque 44 millions d’habitants) abrite 8 millions de Russes – en majorité hors du Donbass ; alors qu’en Russie, vivent peut-être 5 millions d’Ukrainiens. Depuis des années, Moscou a distribué en Ukraine près de 1,5 million de passeports russes ; de même (plus discrètement), la Pologne et la Hongrie envoient-elles aussi des passeports à leurs minorités nationales d’Ukraine (140 000 à 150 000 chacune) en cas de dépeçage du pays.

Si une guerre éclatait…

Pour les experts, elle verrait la destruction brutale et soudaine des capacités stratégiques de l’État ukrainien, renvoyé au néant militaire ; avec dès lors, lourde menace sur d’autres pays régionaux séduits par l’OTAN. En Ukraine, l’attaque verrait aussi des « Partisans » de Moscou frapper les milices paramilitaires, que les Russes disent « nazies »; deux attentats au moins (précurseurs ?) ont d’ailleurs déjà ciblé des locaux de tels groupes, vers Marioupol.

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Pour ces experts toujours, la possible guerre d’Ukraine s’inspirerait de l’expérience russe acquise en Syrie, et du contrôle russe à distance du conflit au Nagorno-Karabagh. Une stratégie double : aveugler l’adversaire, le frapper juste après.

Côté aveuglement, à titre d’alerte, ces experts citent divers cas récents :

– En août 2020, lors d’un exercice OTAN en Méditerranée, alerte sur la « disparition » de sous-marins d’attaque russes (du « Projet Varshavyanka« ) désormais « indétectables… même à l’aide de moyens radio-acoustiques modernes » ; de tels sous-marins pouvant embarquer des missiles de croisière « Kalibr » portant à des centaines de kilomètres.

– Au printemps 2021, des aéronefs de renseignement américains et ukrainiens sont aveuglés et perdent tout moyen, du fait de dispositifs de guerre électronique déployés au Donbass : « Tirada 2 » et avions BERIEV A-100, emportant des systèmes de brouillages offensifs.

– Été 2021, un satellite Sentinel 1-SAR serait brouillé dans la zone de tension « par interférence des systèmes de défense aérienne russes » ; alors qu’en Estonie, des avions américains F35 de Ve génération, de l’armée de l’air italienne, perdent le contrôle de leur électronique de bord en approchant la Russie, du fait sans doute du puissant système « Murmansk-BN » (aussi déployé en Crimée).

– Automne 2021, déploiement près du Donbass des canons-laser « Peresvet » montés sur chars d’assaut, ayant la capacité d’aveugler à distance les caméras et capteurs ennemis.

Côté attaque maintenant, outre les missiles de croisière Kalibr déjà évoqués (souvent utilisés en Syrie) :

Automne 2021, déploiement dans l’enclave russe de Kaliningrad d’une flotte d’avions de combat MIG 31k, porteurs chacun d’un missile hypersonique « Kinzhal« , pouvant frapper en moins de dix minutes, avec grande précision, toute cible sise au nord ou à l’est de l’Europe, dans un rayon de 2 000 km.

Novembre 2021, à Mach 2, un missile balistique-antimissile russe pulvérisait dans l’espace un ex-satellite soviétique Cosmos 1408, gros comme une voiture, volant à 28 km./seconde. Ce bien sûr, si la situation s’aggravait au niveau d’une « guerre de l’espace ».

Face à ces système d’armes (hypersoniques, guerre électronique), disent enfin ces experts, l’Union européenne et l’OTAN manquent de moyens de riposte. Détaillons : dans le domaine militaire, le spectre électromagnétique sert toujours plus, communications… navigation… détection, mais crée une fragilité majeure. Tout émetteur utilisant ce spectre, radars, systèmes de navigation GPS, télécommandes des drones, etc. peut-être brouillé, voire « étouffé ». D’où, maîtriser le spectre électromagnétique confère un avantage type coupe-circuit : la capacité d' »éteindre » un champ de bataille, comme on coupe la lumière dans une pièce. 

Dans ce domaine, l’Europe n’a pas fait grand-chose – or les prémices d’un contrôle du spectre électromagnétique par la Russie datent de… 115 ans ! En 1905 en effet, la flotte tzariste du Pacifique brouillait déjà les communications de l’armada japonaise… //

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