Campagne de Valérie Pécresse : la seconde erreur des Républicains

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POUR PARAPHRASER DE GAULLE,  » LA PECRESSE EST UN NAUFRAGE » !!!!! Artofus

OPINION. Après son meeting raté, l’investiture de Valérie Pécresse prend l’allure d’une erreur de casting. Une faute qui pourrait bien être impardonnable aux yeux des électeurs, après la déception de 2017.

Campagne de Valérie Pécresse : la seconde erreur des Républicains

Valérie Pécresse est-elle, comme l’ont persiflé quelques commentateurs au moment de son intronisation lors du Congrès LR, la « Ségolène Royal de droite », la candidate choisie pour perdre par un parti qui ferait l’impasse sur cette présidentielle ? La candidate que les cadors du parti ne vont pas beaucoup aider à gagner parce qu’ils se réservent tous pour la suivante, en 2027, comme les éléphants du PS se sont plu à voir perdre Royal avec moult Schadenfreude ? Si on en juge par la prestation de la candidate à son grand rendez-vous du Zénith du 13 février, par le discours hallucinant qu’on lui a donné à réciter et les commentaires off de ses « amis » moquant sa prestation, tout porte l’électeur LR à le croire.

Que dire de Valérie Pécresse sinon qu’elle confirme être ce que le parti redoutait de pire : une erreur de casting. Au lieu d’une primaire élargie et ouverte, le parti a privilégié la voie étriquée d’un congrès réduit à ses moins de 80 000 membres du moment. Avec quelque part dans un coin de la tête de Christian Jacob (l’autre erreur de casting du parti) l’idée d’en profiter pour regonfler les effectifs éclaircis des adhérents de LR : payez vos cotisations sinon vous aurez Xavier Bertrand comme candidat. C’était efficace, car Bertrand, c’est en quelque sorte l’autre Bayrou : celui dont le nom suffit à faire fuir les suffrages des électeurs du parti. Mais il en est d’un parti comme de la politique économique : on ne poursuit pas deux objectifs avec un même outil. Et donc Jacob eut ses 150 000 adhérents (combien en restera-t-il à la fin de 2022) ? Et les militants eurent… Pécresse comme candidate, c’est-à-dire l’autre Bertrand. Car Valérie n’est pas idiote : elle a rameuté ses sbires de Libres ! pour se faire élire.

Il paraît selon certains qu’une primaire ouverte serait le pire mode de désignation : ils en veulent pour preuve qu’aucun des deux gagnants des primaires de 2017, François Fillon et Benoît Hamon, ne passa le premier tour. CQFD ! Passons sur Benoît Hamon, dont Jean-Pierre Chevènement et Michel Onfray rappelaient que les urnes socialistes avaient été bourrées pour choisir le tocard de service, celui qui allait ouvrir la voie royale à la coqueluche du PS, Emmanuel Macron. Gérard Filoche aurait fait mieux encore, mais il ne fut pas autorisé à s’y présenter. D’ailleurs, Le Canard enchaîné ne s’y était pas trompé. À côté de la manchette annonçant l’article (en page 6…) sur l’emploi de Penelope Fillon le 25 janvier entre les deux tours de la « primaire citoyenne », il en était une autre : « Primaire à gauche, la jubilation de Macron. »

Reste que Fillon, choisi par plus de quatre millions d’électeurs, était le meilleur candidat conservateur que le parti eût pu choisir. C’est exactement pour cela qu’on l’a dézingué, avec une histoire qui, dans un État de droit digne de ce nom, aurait fait pschitt. Et qu’une officine zélée aux mains du pouvoir s’empressa d’instrumentaliser en ignorant les quelque 110 autres parlementaires qui se trouvaient dans une situation semblable (mais plus Fillon depuis quatre ans). Tellement bon qu’il ne finît qu’à 1,29 point du second tour en dépit du Fillon bashing permanent des médias tous En Marche, quand la candidature parfaitement inutile d’un Dupont-Aignan détournait 4,65 points de votes de droite, faisant du chantre de la « France debout » l’autre faiseur de rois de Macron, avec Bayrou. Belle brochette…

Rappelons que la sélectivité des instructions que le PNF décida d’ouvrir (ou pas) épargna l’épouse d’un certain Bruno Le Maire, artiste-peintre de son état, et assistante parlementaire de son époux et de son suppléant entre 2007 et 2013 dont personne au PNF ne jugea utile d’aller demander avec quel type de pinceau elle rédigeait les amendements de son mari. La célérité du PNF est d’abord une fonction de la capacité de nuisance à leur candidat préféré de leurs clients. Certes, on aligna le pauvre Bruno Le Roux avec les 24 contrats pour 55 000 euros de jobs d’été à ses gamines d’assistantes, y compris lorsque l’une d’elles faisait un autre stage à Bruxelles… Mais Le Roux, c’était un faire-valoir de gauche, la caution d’impartialité de la « justice ». Il ne représentait rien, il ne coûtait rien. Il n’eut même pas les faveurs de cette justice qui se contenta de sa démission, sans autre forme de « procès », si l’on ose dire sans craindre un mauvais jeu de mots. On ne sache pas que l’Assemblée de Richard Ferrand lui demandât le remboursement des sommes.

Parce que Fillon aurait gagné l’élection si le pouvoir ne s’en était mêlé. Le principal candidat d’opposition était dégommé comme à une présidentielle russe sans qu’aucun démocrate effarouché ne s’offusquât.

Pire, la droite concourrait puissamment à l’hallali contre son candidat. Dont une certaine madame Pécresse qui, lorsqu’il s’est agi d’aller sauver son candidat par la grande manifestation populaire au Trocadéro, ânonnait piteusement qu’elle « n’allait pas participer à une manifestation contre les juges » ! Elle trahissait alors les électeurs de LR qui n’avaient plus que leur désarroi à hurler devant le naufrage annoncé de leur candidat, abandonné par son parti. Il est vrai que Valérie roulait lors de la primaire de 2016 pour Alain Juppé, qui se faisait prier pour un chimérique plan B, non sans réclamer préalablement l’abdication sans condition de Fillon.

Celle qui fut un peu bégueule sur le candidat LR de 2017 revendique le soutien de tout son camp autour de sa candidature aujourd’hui. Elle qui, si courageusement après la claque des européennes de 2019, claquait la porte du parti sur le nez de ses militants leur reprochant sa « droitisation », pensait alors que sa meilleure chance de gagner la présidentielle était de se démarquer d’un parti défait. Mais c’est comme candidate LR qu’elle s’est maintenue à la tête de sa région. Et c’est avec l’investiture de ce même LR, très droitisé, qu’elle prétend maintenant les conduire à la victoire.

Alors elle le fait, mais elle le fait mal. Elle n’est pas convaincante, faute d’être convaincue. Plus elle force le trait, comme au Zénith en ce 13 février, et moins on y croit. Dès sa première phrase, dès son premier mot (« Enfin ! » : quel drôle de choix pour un début !), et son « vous m’avez manqué ! » qui sonnait si faux. La candidate pétrie d’angoisse, attendant bouche bée de parler comme si les mots ne voulaient sortir… Ses intonations résonnent comme une pâle imitation de de Gaulle. Elle récite un discours de droite qu’elle n’arrive pas à habiter. Elle dessine une politique de droite qu’elle n’incarne pas, au contraire de la justesse de ton d’un Éric Ciotti s’exprimant – quel contraste ! – juste avant elle. Une expression faciale et un ton invariables, répétitifs quels que soient les mots prononcés. Un poing serré de temps en temps vers l’audience, mais si mollement qu’on ne vit pas le sang fuir les jointures des doigts. Pire, une foule apathique pourtant déjà convaincue qu’elle n’arrive à réveiller que lorsqu’elle cite les noms de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, Simone Veil… « On attendait un sacre, ce fut un massacre » selon la sentence, cruelle, mais juste, de Pascal Praud du lendemain matin.

Le discours, pourtant, était crucial. C’était, déjà ! un quitte ou double de sa campagne alors que le principal concurrent n’est toujours pas entré en lice. Convaincre ses troupes, racoler les électeurs perdus de la droite, faire revenir ceux qui sont partis chez Macron, et empêcher d’autres d’y partir. Mais voilà : « Valérie Pécresse, c’est Macron sans le talent », selon le diagnostic expert d’Éric Woerth au micro de Sonia Mabrouk la veille. C’est un peu ce qu’il nous a été donné de constater au Zénith.

Alors qu’au même moment, Éric Zemmour procède à Saulieu à un vibrant et suborneur appel aux électeurs de Valérie Pécresse pour le rejoindre. Promettant avec elle des minis 9-3 comme autant de clochers, son manque d’autorité et ses défaites à venir, sa macronitude qui ne changera rien, son écartèlement schizophrénique entre l’UDI et la ligne Ciotti/Wauquiez qui la bâillonne, mais dont on sait déjà de quel côté elle penchera lorsqu’elle qu’elle l’annoncera à 20h02 le 10 avril… À écouter le prêchi-prêcha insipide et sans surprise de Valérie, difficile pour un électeur de LR de ne pas être tenté par le charisme de Zemmour dans ses discours où les électeurs de Fillon vibrèrent comme aux bonnes heures de 2017 lorsqu’ils entendaient la défense d’une certaine idée de la France. Ou de Sarkozy pendant sa magistrale campagne de 2007, qui elle aussi, comme Macron, fut malheureusement la promesse de « l’aube d’un monde nouveau, mais le jour ne s’est pas levé ». (Gérard Larcher).

Il ne faudra pas trop attendre pour constater les effets de la prestation manquée de Valérie Pécresse dans les sondages. Certes, la campagne n’est pas comme elle s’en excuse un « concours d’orateurs ». Mais comment gagner l’élection sans séduire les indécis par une éloquence à la hauteur de l’ambition ? Surtout quand le parti LR est déchiré entre deux lignes politiques qui ont déjà leurs représentants en dehors du parti. Ainsi, l’ironie du destin de LR pourrait être de devoir, comme en 2017, considérer un autre candidat, un plan B.

Avec le risque de faire une deuxième fois une cruelle et mortelle erreur. Celle en 2017 de n’avoir pas soutenu son candidat quand il méritait de l’être. Et de soutenir mordicus en 2022 une candidate qui ne peut, probablement, qu’accélérer la mort de LR. Les électeurs LR ne lui en voudront pas : entre Zemmour et Macron, il n’y a pas de vide électoral dans lequel ils ne pourraient se retrouver.

Auteur

Thierry LEBEAUXAbonné

Publié le 17 février 2022

17 commentairesCommenter

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