Le jour où Poutine voulait intégrer l’Otan

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(Et où on aurait peut-être bien fait de le laisser faire…Artofus)

Au début de sa présidence, Vladimir Poutine songeait à rejoindre l’Alliance atlantique. Une organisation qu’il accuse aujourd’hui de tous les maux sur fond de crise avec l’Ukraine.

Bill Clinton et Vladimir Poutine le 4 juin 2000 a Moscou.
Bill Clinton et Vladimir Poutine le 4 juin 2000 à Moscou.© STEPHEN JAFFE / AFP

Par Marc Nexon LE POINT

Publié le 24/11/2021

Le scénario paraît aujourd’hui inimaginable. Pourtant, il a failli voir le jour. Au lendemain de son arrivée au pouvoir, Vladimir Poutine a caressé l’idée d’intégrer l’Otan. L’homme qui menace aujourd’hui d’envahir l’Ukraine en massant 100 000 soldats à sa frontière s’est vu un jour aux côtés des trente membres de l’Alliance atlantique.

L’affaire remonte au 4 juin 2000. Ce jour-là, Poutine reçoit à Moscou le président américain Bill Clinton. Le premier occupe le Kremlin depuis trois mois et succède à Boris Eltsine. Le second s’apprête à quitter la Maison-Blanche en laissant les rênes à George Bush. Poutine et Clinton dînent ainsi durant trois heures au Kremlin en dégustant un sanglier au chou, arrosé d’une sauce aux baies sauvages. Poutine s’essaie à quelques phrases en anglais. La discussion est chaleureuse et porte sur les traités nucléaires, les conflits dans le Caucase, les relations commerciales. Et puis, Poutine se lance : « Nous devrions considérer l’option que la Russie puisse rejoindre l’Otan. » « Pourquoi pas ? répond aussitôt Clinton, aucune objection. »

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Je ne peux pas imaginer mon pays isolé de l’Europe, il est donc difficile pour moi de percevoir l’Otan comme un ennemi.

C’est Poutine, lui-même, qui raconte l’épisode dans un documentaire réalisé en 2017 par le cinéaste américain Oliver Stone. À cet instant, « la délégation américaine est devenue très nerveuse », ajoute-t-il. À l’époque, l’ancien officier du KGB ressasse volontiers l’idée. En mars de la même année, il est interviewé par le journaliste de la BBC David Frost. « La Russie fait partie de la culture européenne, explique alors Poutine, je ne peux pas imaginer mon pays isolé de l’Europe, il est donc difficile pour moi de percevoir l’Otan comme un ennemi. » « Est-il possible que la Russie rejoigne l’Otan ? » interroge le journaliste. « Je n’exclus pas une telle possibilité. »

Poutine rencontre aussi le secrétaire général de l’Alliance, George Robertson. Il lui pose la question. « Allez-vous nous inviter à rejoindre l’Otan ? » « On n’invite pas les gens, ils font acte de candidature », lui répond le Britannique. Poutine s’offusque. « Mais on ne se tient pas en ligne comme beaucoup de pays qui n’ont pas d’importance. »

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En juillet 2001, rebelote. Lors de sa première grande conférence de presse, devant 500 journalistes, le chef du Kremlin insiste à nouveau. Il plaide pour la création d’un « espace de sécurité et de défense unique en Europe ». Comment ? Soit en « intégrant la Russie à l’Otan », soit « en démantelant l’Otan » ou bien en créant « une nouvelle entité dans laquelle la Russie deviendrait un partenaire égal ».

L’Otan refroidie

C’était il y a deux décennies. Depuis, Poutine a bien changé. À ses yeux, l’Otan incarne désormais le diable. Une alliance qui ne cesse d’avancer ses pions sur les marches de l’ancien empire soviétique. En 2005, il compare déjà la fin de l’URSS à la « plus grande catastrophe géopolitique du siècle ». Mais le tournant se situe en avril 2008. À cette date, lors du sommet de Bucarest, l’Otan promet une adhésion prochaine à la Géorgie et à l’Ukraine, deux ex-républiques soviétiques. Sans néanmoins fixer d’échéance. Poutine enrage. En août, il lance ses chars en Géorgie au prétexte de protéger l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, deux territoires sécessionnistes, menacés par Tbilissi. Les affrontements durent une semaine et font 800 morts. Dans la foulée, les deux provinces déclarent leur indépendance et passent définitivement sous tutelle russe. L’Otan est refroidie. L’adhésion de la Géorgie perd de son actualité.

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Reste l’Ukraine. Poutine entend ramener « la Petite Russie » dans le giron de Moscou. D’autant qu’il n’a pas su anticiper les deux révolutions pro-occidentales qui ont secoué le pays en 2004 et en janvier 2014. Résultat, en février 2014, ses troupes annexent la Crimée. Puis elles ouvrent un conflit dans le Donbass, une région orientale de l’Ukraine, désormais hors du contrôle de Kiev. Et ce n’est pas fini. Le chef du Kremlin peste à présent contre les armes fournies par les Occidentaux à l’Ukraine et contre les manœuvres de l’Otan en mer Noire.

« Il pense à son héritage »

« Nous évoquons nos lignes rouges, mais nos avertissements sont complètement ignorés », dénonce-t-il le 18 novembre, devant un parterre d’ambassadeurs russes. Alors le voilà qui concentre à la frontière ukrainienne une armée, prête à fondre sur Marioupol et les autres ports de la mer d’Azov. Dans une note récente intitulée « L’Ukraine, l’affaire inachevée de Poutine », l’Institut Carnegie pointe un trait psychologique de l’intéressé : « Aussi froid et calculateur qu’il puisse paraître, il y a un aspect de son tempérament à ne pas négliger : sa tendance à agir avec émotion et à se déchaîner précipitamment sans que cela soit toujours bien compris par des observateurs extérieurs. Poutine pense à son héritage. Il voudra régler la situation ukrainienne avant de partir. » Le dîner avec Clinton a été digéré depuis longtemps.

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