Ukraine: «Poutine, un coup d’avance»

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Par Philippe Gélie LE FIGARO

22 février 2022

Philippe Gélie. Le Figaro

L’éditorial du Figaro, par Philippe Gélie.

Au moment où Vladimir Poutine dépêchait une mission russe de «maintien de la paix» dans les républiques sécessionnistes du Donbass nouvellement reconnues, son armée était déjà déployée à l’est de l’Ukraine avec force chars et artillerie, comme en témoignait lundi soir l’envoyé spécial du Figaro à Donetsk. À chaque étape de la dramaturgie qu’il a conçue, le chef du Kremlin s’est arrangé pour avoir un coup d’avance sur ses adversaires – non pas tant à Kiev qu’en Europe et à Washington. Emmanuel Macron en a fait l’amère expérience en offrant un alibi diplomatique à celui qui préparait la guerre. Inutile de se bercer d’illusions: l’arsenal des sanctions occidentales a lui aussi été intégré de longue date dans les calculs de Moscou.

Le monde spécule sur le prochain pion que bougera Poutine

Le monde en est réduit à spéculer sur le prochain pion que déplacera le maître russe des échecs. Va-t-il s’en tenir là, comme l’espèrent les optimistes? C’est peu probable. On ne mobilise pas 190.000 soldats sur tout le pourtour de l’Ukraine juste pour sécuriser deux petites enclaves déjà surarmées. Il est possible que Poutine se donne un peu de temps pour voir si les Ukrainiens tombent dans son piège en réagissant militairement à la perte de leurs provinces, comme l’avait fait à ses dépens la Géorgie en 2008. À défaut, il a un prétexte tout trouvé: sa reconnaissance des «républiques populaires» de Donetsk et de Louhansk s’applique aux territoires que celles-ci contrôlaient en 2014, mais dont Kiev a reconquis une partie depuis… Rectifier ce tort reviendrait à amorcer une invasion, déclenchant la guerre.

Il est assez vertigineux de considérer l’effet boule de neige potentiel d’un conflit en Ukraine. L’Europe, unanime dans sa réprobation, mais déjà cacophonique dans ses réponses, est en première ligne pour en subir l’impact économique, énergétique, humanitaire, migratoire… Les États-Unis, derrière le «parapluie» desquels iront se blottir la plupart des membres de l’UE, ne tarderont sûrement pas à montrer les limites de leur engagement sur le Vieux Continent. Et si la Chine, d’aventure, en profite pour les défier en même temps à Taïwan…? On aura noté que Poutine a scrupuleusement attendu la clôture des JO de Pékin pour allumer sa mèche.

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