Qui veut encore élire un président ?

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ÉDITO. La réticence des élus à parrainer un candidat à la présidentielle, qui s’ajoute à l’abstention massive, cache une révolution mezza voce.

"Recherche parrainages desesperement" : les candidats a la presidentielle Jean-Luc Melenchon, Marine Le Pen et Eric Zemmour.
« Recherche parrainages désespérément » : les candidats à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Éric Zemmour.© Pascal Guyot (AFP) / Clément Mahoudeau (AFP) / Bertrand Guay (AFP)

Par Sébastien Le Fol. LE POINT

Publié le 21/02/2022

Quarante-deux mille élus sont susceptibles de parrainer un candidat à la présidentielle. Et, à moins de deux semaines de la date limite de dépôt des candidatures, nombre d’entre eux peinent à obtenir les 500 formulaires requis. Parmi eux, Marine Le PenÉric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon.

On ne comprendrait pas que ces personnalités ne puissent pas concourir. Un parrainage ne vaut pas soutien. Le maire LR de CannesDavid Lisnard, également président de l’Association des maires de France, l’a rappelé. Soutien de Valérie Pécresse, il vient de donner son parrainage à Jean-Luc Mélenchon, « par esprit républicain, souci civique, aussi pour que les démagogues ne jouent pas les victimes, enfin pour enlever de la pression (injuste) sur les maires ». De son côté, François Bayrou appelle les édiles à parrainer un candidat, pour éviter « une crise démocratique sans précédent ».

Il est de bon ton, depuis quelques jours, d’accabler les élus. On les traite de déserteurs et d’irresponsables. Se demande-t-on pourquoi ils boudent la mère des batailles électorales ? Certains refusent de cautionner un candidat, Éric Zemmour, condamné pour provocation à la discrimination raciale. Beaucoup ont peur que leur choix, rendu public, leur apporte des ennuis. Et des subventions en moins… D’autres font ostensiblement la grève du formulaire car ils pensent que l’élection d’un président de la République ne changera rien. Ils ne croient plus à la politique nationale et préfèrent se recentrer sur l’action locale.

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Il s’avère que leur réaction est un bon baromètre de notre vie démocratique. Elle s’ajoute à la désertion massive des urnes lors des derniers scrutins.

Que disent ces Français aux candidats sollicitant leur parrainage ? « Vos débats sont de plus en plus éloignés de nos préoccupations réelles. Et puis, vous ne nous faites plus confiance, prenez les décisions à Paris entre vous… Pourquoi obtempérerions-nous quand vous avez besoin de notre signature ? »

La colère ne cesse de monter contre une classe politique nationale qui se confond de plus en plus avec la technocratie. Le modèle démocratique n’est pas fondamentalement remis en cause, mais la concentration des pouvoirs dans notre État hypercentralisé et vertical crée des frustrations.

« Absolutisme inefficace »

Certains en viennent à se demander s’il ne faudrait pas purement et simplement supprimer l’élection du président de la République au suffrage universel, reprenant les arguments de Jean-François Revel contre « l’absolutisme inefficace ».

On accable les élus. Mais les candidats n’ont-ils pas une grande part de responsabilité dans ce burn-out civique ? Le système de parrainage a été mis en place en 1962, notamment pour éviter les candidatures fantaisistes. Or bien des mesures proposées par les personnalités en lice paraissent farfelues. À ce jour, François Asselineau revendique 200 signatures contre une trentaine pour Gaspard Koenig. Qui est le plus fantaisiste des deux ?

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Même s’il est contesté, ce rituel de la Ve République s’avère pourtant un utile exercice démocratique. Il permet aux candidats de tester leurs idées, et les force à convaincre de leur bien-fondé.

Face à ce désenchantement, on se focalise sur les changements qu’il serait nécessaire d’apporter à ce principe de sélection des candidats. Faut-il ramener le nombre parrainages à 100, comme en 1962 ? Obliger tous les élus de France à parrainer un candidat ? Leur permettre de donner leur signature à deux ou trois en même temps ? Pourquoi ne pas créer des parrainages citoyens ?

Le refus de nombreux élus de signer le formulaire présidentiel n’est pas une question de « process » à revoir, pour reprendre une expression barbare prisée des manageurs. C’est une révolution mezza voce.

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