Crise ukrainienne : Emmanuel Macron tente de gérer l’affront diplomatique infligé par Vladimir Poutine

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La déconvenue subie par le chef de l’Etat sur le front russo-ukrainien ouvre la porte aux attaques de ses adversaires politiques et affecte son entrée en campagne. 

Par Claire Gatinois 22 février 202323. LE MONDE

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Les présidents Emmanuel Macron et Vladimir Poutine participent à une conférence de presse au Kremlin à Moscou, Russie, lundi 7 février 2022

Les présidents Emmanuel Macron et Vladimir Poutine participent à une conférence de presse au Kremlin à Moscou, Russie, lundi 7 février 2022  JEAN-CLAUDE COUTAUSSE POUR « LE MONDE »

Et soudain, l’affront.

En dépit de son activisme diplomatique, Emmanuel Macron n’est pas parvenu à la « désescalade » tant espérée dans le dossier de la crise russo-ukrainienne. Certes, le président russe, Vladimir Poutine, a eu la courtoisie, lundi 21 février, d’avertir le chef de l’Etat français, par un coup de fil à 16 h 15, qu’il s’apprêtait à reconnaître l’indépendance des deux entités séparatistes du Donbass ukrainien, les républiques autoproclamées de Donetsk et de Louhansk, avant que les premières colonnes de blindés russes ne fassent leur entrée dans cette région de l’est de l’Ukraine, dans une pseudo-logique de « défense ».

Mais le chef du Kremlin a rompu tous les engagements qu’il avait pris quelques heures plus tôt. Plus que jamais, la guerre est aux portes de l’Europe. « Oui, la Russie se met en marge du droit international », a commenté le premier ministre, Jean Castex, devant l’Assemblée nationale, mardi 22 février, apportant « son soutien indéfectible au peuple ukrainien ». « Ce qui se prépare est grave », souligne-t-on à l’Elysée.Lire aussi   Article réservé à nos abonnésEn Ukraine, après des mois de tensions diplomatiques, Vladimir Poutine choisit de passer à l’offensive

Cette déconvenue est malvenue à cinquante jours, à peine, de l’élection présidentielle. Aux yeux d’une partie de l’opposition, la trahison de Vladimir Poutine a beau être choquante, elle serait la traduction de la bérézina diplomatique du chef de l’Etat. A droite, Valérie Pécresse, candidate du parti Les Républicains (LR), a dénoncé, mardi sur France Inter, un dialogue essentiel mais « trop tardif » et « solitaire ». Emmanuel Macron, qui a conversé dix-sept fois par téléphone avec son homologue russe au cours des deux dernières années et a joué ces derniers jours les médiateurs avec les dirigeants américain, allemand et représentants de l’Union européenne, se serait, dit-elle, « mis en scène » dans une crise « instrumentalisée à des fins électoralistes ».

« Des négociations avortées avec les Iraniens au sommet de Biarritz [en 2019]jusqu’au départ forcé de nos soldats au Mali, en passant par l’échec au Liban et l’humiliation dans l’affaire des sous-marins australiens, la présidence Macron aura affaibli la France sur le plan international. Sa politique des coups d’éclat permanents n’aura été qu’une succession de coups d’épée dans l’eau », enfonce le sénateur (LR) de Vendée Bruno Retailleau, conseiller de Mme Pécresse. « C’est un épisode de plus, peut-être l’épisode de trop », a abondé mardi le député de Seine-Saint-Denis et président de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde, estimant qu’Emmanuel Macron s’était fait « berner » par Vladimir Poutine.

« Relation spéciale »

Accusé de candeur, le chef de l’Etat se défend d’avoir été surpris par le locataire du Kremlin. L’imminence d’une invasion russe en Ukraine était un scénario dessiné depuis le début du mois de janvier et le président français aurait simplement fait « tout son possible » pour sauver la paix, explique son entourage. Si M. Macron a vanté ces dernières semaines la « relation spéciale »qu’il avait su nouer avec son homologue russe, reçu au château de Versailles en 2017 et au fort de Brégançon en 2019, jamais il n’aurait pensé avoir face de lui « un chic type », assure un conseiller. Preuve que le chef de l’Etat n’a jamais été naïf, la frégate Languedoc patrouillait non loin du fort de Brégançon à l’été 2019 pour envoyer un signal de puissance envers Moscou. L’Elysée précise également qu’avant son tête-à-tête avec Vladimir Poutine à Moscou, le 7 février, Emmanuel Macron a refusé d’être examiné par des médecins russes pour effectuer un test anti-Covid, préférant se fier à sa seule équipe médicale.Lire aussi   Article réservé à nos abonnés

En résumé, le locataire de l’Elysée ne serait pas un « petit télégraphiste »manipulé par la Russie, pour reprendre l’attaque, formulée en 1981 par François Mitterrand à l’encontre de Valéry Giscard d’Estaing, dupé par Léonid Brejnev au sujet du conflit en Afghanistan. La complaisance de l’extrême droite et d’une partie de la gauche envers le régime russe et les ambiguïtés de LR, dont l’ancien premier ministre François Fillon a rejoint le conseil d’administration de Zaroubejneft, groupe public russe actif dans le pétrole, privent de toute façon l’opposition d’arguments réellement cinglants dans cette crise.

Cette montée de fièvre géopolitique n’en reste pas moins pénalisante pour le chef de l’Etat. Si elle permet de mettre en valeur la stature présidentielle du futur candidat, elle retarde de facto son entrée en campagne et l’empêche de se consacrer pleinement aux sujets du quotidien des Français, décisifs dans une élection.

Claire Gatinois

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