Ivan Rioufol: «L’élection que Macron aimerait enjamber»

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Par Ivan Rioufol. LE FIGARO. 24 février 2022

Ivan Rioufol. François BOUCHON/Le Figaro

CHRONIQUE – Le président fait campagne d’en haut, entre puissants du monde. Ainsi pense-t-il convaincre de son expérience acquise. Toutefois, à vouloir sauver la planète, il s’épargne de regarder l’état de son pays et de rendre des comptes.

L’épopée qu’écrit Emmanuel Macron sur lui-même n’évite pas la fanfaronnade. C’est une humiliation qu’a infligée Vladimir Poutine au président français, en ridiculisant son rôle respectable de sauveur de la paix en Europe sur le dossier ukrainien. La geste macronienne avait d’abord assuré, dans un visuel: «Le président s’est battu pendant des semaines pour éviter l’invasion russe de l’Ukraine. Aujourd’hui l’armée de Poutine recule.» Puis le chef de l’État, se laissant photographier non rasé à l’issue d’une nuit blanche, avait annoncé lundi matin avoir réussi à décrocher le principe d’un sommet entre Joe Biden et le Russe. «Annonce prématurée», avait immédiatement répliqué Poutine avant de reconnaître l’indépendance du Donbass et de bombarder jeudi matin des sites stratégiques ukrainiens. Début février, le Kremlin avait déjà démenti Macron, qui disait avoir pu stopper l’escalade militaire russe.

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Dans la préparation de sa candidature, toujours retardée, le président peaufine son autoportrait. Ses soutiens brossent le tableau d’un père de la nation ayant une œuvre à terminer. Ses thuriféraires le présentent comme celui qui aura protégé son peuple du populisme, du réchauffement climatique, du Covid, des non-vaccinés et de la folie guerrière des hommes ; voire de Poutine lui-même, devant qui «l’esprit munichois» serait prêt à reculer, selon Clément Beaune, secrétaire d’État chargé des Affaires européennes. La macronie, qui rêve d’enjamber la présidentielle comme une formalité, promet une «épopée d’optimisme». Elle voit, chez ceux qui la rejoignent (l’ex-Républicain Éric Woerth, les ex-socialistes Élisabeth Guigou et Marisol Touraine), l’attractivité qu’exercerait encore ce président hypnotique. La macronie reste emplie de rêves…

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Les ennemis de la France ne sont pas, cependant, ceux que Macron désigne pour rehausser sa silhouette de résistant. Il est aisé d’annoncer six fois, le 16 mars 2020:«Nous sommes en guerre», en désignant un virus. Il est sans danger immédiat de traiter, le 5 janvier 2022, d’«irresponsables» et de non-citoyens ceux qui refusent le passe vaccinal et les injonctions sanitaires. Plus compliqué est de tenir tête à l’ennemi intérieur représenté par l’islam politique: en cinq ans de mandat, rien n’est venu freiner son emprise sur les cités islamistes gagnées par le séparatisme et la voyoucratie. Et les effets de muscles ne suffisent pas davantage à faire reculer l’autocrate russe, qui a pris la mesure de la lâcheté de l’Occident et de son déclin. Poutine, en reconnaissant l’indépendance des républiques russophones déjà autonomes de Donetsk et Louhansk, assure: «Nos plans ne comprennent pas l’occupation des territoires ukrainiens.» Mais, en usant de la brutalité, il rappelle au monde libre son insignifiance.

Souvenez-vous: en mai 2014, tandis que la Russie faisait défiler ses chars dans la Crimée tout juste annexée, l’Europe se félicitait de la promotion, par l’Eurovision, du transsexuel Conchita Wurst, femme à barbe censée représenter la modernité du nouvel homme européen. Depuis, les États-Unis se sont pour leur part laissé envahir par la culture woke, qui s’emploie à déconstruire les identités nationales au profit des minorités sexuelles ou ethniques. Ce sont les États-Unis qui mènent l’offensive contre le modèle républicain français, en cherchant à promouvoir auprès de la jeunesse musulmane leur société multiculturelle. C’est ce que démontre l’essayiste Malika Sorel-Sutter (1). Elle remarque: «Les jeunes sont de plus en plus nombreux à tourner le dos au modèle universaliste français. Ils ont, malgré eux, subi une forme de lavage de cerveau et se sont mués en défenseurs du modèle diversitaire et communautarisé américain.»

Rendre des comptes

Macron ne veut pas s’arrêter à ces constats trop proches. Il fait campagne d’en haut, entre puissants du monde. Ainsi pense-t-il convaincre de son expérience acquise. Toutefois, à vouloir sauver la planète, il s’épargne de regarder l’état de son pays et de rendre des comptes. Cette stratégie de l’évitement est un trait de son caractère. Cependant, l’échappatoire ne peut faire longtemps illusion. Le choix de la chaise vide, qui lui fait repousser jusqu’à la dernière minute son entrée en campagne (il tiendra son premier meeting à Marseille le 5 mars), devient risqué à mesure que les échecs internationaux s’accumulent et que la crise sanitaire s’estompe. Lundi, les principaux candidats ont accepté de participer au grand oral du Medef pour y exposer leurs vues économiques. D’autres rendez-vous ne seront pas honorés par celui que les sondages donnent pour favori. Cette prétention de Macron à bénéficier d’exceptions dues à son rang n’est guère démocratique. Son entourage assure qu’il ne craint pas les débats. Qu’attend-il pour les aborder? Cinq ans après son élection, la France est plus malade et plus fragile encore. Celui qui avait promis de revivifier la démocratie a consolidé un pouvoir autarcique. Il est temps que Macron parle à la France.

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Il est bien beau de donner des leçons de maintien à la Russie de Poutine. Son régime brutal et autoritaire est en effet répulsif. Mais les États-Unis de Joe Biden ne sont pas exempts de sous-entendus déstabilisateurs et de scénarios apocalyptiques quand ils cherchent à implanter l’Otan en Ukraine. Les Américains ne sont pas moins nocifs quand ils exportent le wokisme dans les démocraties européennes déjà fragilisées par la «diversité». Pareillement, la France oublie de regarder l’état de ses libertés et de ses contre-pouvoirs quand elle s’offusque de la tyrannie du nouveau tsar. Le Système est si bien verrouillé que trois candidats (Mélenchon, Zemmour, Le Pen) ne sont pas encore assurés d’avoir leurs parrainages, alors que le temps presse. François Bayrou a raison d’avancer le «risque d’un tsunami démocratique» si ceux-ci ou l’un d’eux ne pourraient concourir. «Je ferai tout pour qu’il n’y ait aucun signataire pour l’extrême droite», a pour sa part annoncé, lundi, le communiste Fabien Roussel (4 % dans les sondages). Le sectarisme stalinien est ce qui reste de la gauche zombie…

Poutine joue un jeu dangereux. Mais l’Occident n’a-t-il pas allumé la mèche en 1999, en laissant l’Otan bombarder la Serbie orthodoxe afin qu’elle lâche son berceau historique du Kosovo, réclamé par les musulmans? Le Russe reprend cette logique en imposant l’indépendance du Donbass russophone.

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