Poutine face à nos douceurs diplomatiques 

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Philippe Bilger  CAUSEUR

24 février 2022.

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Poutine face à nos douceurs diplomatiques
Manifestation à Londres, 24 février 2022 © Alberto Pezzali/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22654878_000006

Le président Poutine est un bloc de raideur et de fermeté, lassé par la comédie de l’écoute


Impossible d’analyser la crise internationale grave d’aujourd’hui sans appréhender la psychologie de Vladimir Poutine et celle de ses contradicteurs et du monde civilisé qu’ils représentent.

Poutine, en effet, est d’abord l’irruption, dans un univers qui paraissait avoir refusé les coups de force, d’une personnalité qui n’aime qu’eux et confronte ses adversaires désarmés à cette inconcevable équation d’une relation internationale non civilisée. Qui, au lieu de répudier la violence comme solution, la cultive au contraire et se moque comme d’une guigne du respect des accords, ceux de Minsk en l’occurrence.

Objet International Non Identifiable

Poutine est un objet international non identifiable si on s’obstine à vouloir le faire entrer dans un cadre classique sur ce plan. Le cynisme est sa règle, le chaud et le froid sa politique et, en même temps, il décrète l’indépendance des régions séparatistes pro-russes en Ukraine mais ose soutenir que la Russie n’écarte pas les solutions diplomatiques avec les Occidentaux. Tout et son contraire jusqu’à l’absurde, une aberration qui marche !

C’est à chaque fois la même méthode : il joue, il menace, il promet, feint l’apaisement pour mieux frapper, domine les dialogues parce qu’il n’a aucun scrupule et qu’au nom de la défense des intérêts de la Russie, il se permet tout, libéré de tout contrôle démocratique – une “dictature policée” selon l’expression de Jacques Julliard -, manipule, se sert de ce qui l’arrange dans l’obsession de l’apaisement de la part de ceux qui dialoguent avec lui mais n’en fait qu’à sa tête, persuadé que dans l’espace d’aujourd’hui et avec les douceurs diplomatiques jamais véritablement questionnées, il a toute latitude pour s’ébattre, pour gagner à tout coup.

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Poutine est un professionnel de la dureté face à des amateurs. De la mauvaise foi face à des crédules. Du jusqu’au boutisme face à des adeptes de la mesure. Il est prêt à tout quand les autres ne songent qu’à composer. Comment alors, sans discuter en lui-même l’effort de médiation du président de la République, avoir pu croire un instant à la réussite de ce dernier ? La principale arme d’Emmanuel Macron dans les échanges internationaux étant l’empathie et la séduction, on imagine comme il devait se trouver démuni devant un Poutine totalement insensible à l’égard de ces vertus de l’âme, du cœur et de la bienveillance en général.

On a le droit de s’interroger. Emmanuel Macron a-t-il été naïf mais de bonne foi ou jamais dupe du caractère désespéré de son entreprise ? Nous a-t-il “vendu” des avancées qui n’en étaient pas ou croyait-il sincèrement qu’il allait faire bouger ce bloc de roideur et de fermeté capable un temps de jouer la comédie de l’écoute ?

Ne laissons plus d’opportunités à Poutine !

Pour ma part, je pense qu’Emmanuel Macron est le président le moins fait pour se mouvoir dans une vie internationale qui, avec Poutine, a méprisé l’urbanité et le caractère classique des discussions. Infiniment civilisé, notre président ne pouvait qu’être abusé par la mise en place d’un système qui n’avait pour ambition que de déstabiliser, de troubler, voire d’indigner. Il se colletait avec une brute intelligente et il n’avait à lui offrir que des propositions de bon aloi, des douceurs diplomatiques. Le combat était perdu d’avance.

Toutes proportions historiques gardées, Poutine me fait songer à un passé très ancien où la première question de Chamberlain à Hitler a été de lui demander “s’il aimait la pêche”. Ce gouffre entre l’apparence et la réalité est celui qui, face à Poutine, existe entre celui-ci et les responsables étrangers qui, fascinés mais impuissants, s’obstinent à réfléchir et à agir selon les règles quand l’autre les transgresse avec une volupté efficace. Il se donne tous les droits d’aller trop loin quand, en face, on a plus peur de violer ses principes qu’envie de la victoire, de faire mordre la poussière à l’adversaire. Avec Poutine, on peut craindre le pire parce que le pire est l’extrémisme dont il raffole. Intimider, faire peur, gagner, dominer tous ces pleutres, jouir de sa virilité politique et internationale, mépriser cet Occident affaibli, tant d’opportunités sont données aujourd’hui à Poutine pour se croire le maître de tout !

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Voilà en effet où mène la décadence en politique internationale. Chamfort écrivait : « Les gens faibles sont les troupes légères de l’armée des méchants. Ils font plus de mal que l’armée même. Ils infestent et ils ravagent » 

Artofus

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