L’éditorial du Figaro Magazine: «L’Europe désarmée»

Réservé aux abonnés

Par Guillame Roquette

25 février 2022

Face à un autocrate expansionniste comme Vladimir Poutine, nous sommes comme une poule devant un couteau: personne, ni dans l’Union européenne ni a fortiori aux États-Unis, ne veut lui faire la guerre.

Vladimir Poutine est peut-être un ogre, mais n’en apprécie pas moins la technique du Petit Poucet: il prend (ou reprend) le contrôle de morceaux de pays voisins aussi méthodiquement que le héros de Perrault sème les cailloux blancs. En 2008, c’était l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie (territoires géorgiens), en 2014 la Crimée et désormais il reconnaît les deux républiques autoproclamées du Donbass(3,8 millions d’habitants et la superficie de trois départements français).

Pourquoi se serait-il arrêté? Les réactions internationales à ses précédentes initiatives n’ont guère dépassé le stade des protestations indignées. Même l’annexion pure et simple de la Crimée par la Russie n’avait déclenché que des sanctions économiques limitées. Pas de quoi apparemment freiner l’appétit de Poutine.

À LIRE AUSSIUkraine: jusqu’où ira Vladimir Poutine?

Quelles leçons peut-on tirer de cette stratégie de grignotage territorial? D’abord que le respect du droit international (en particulier l’intangibilité des frontières) ne s’applique qu’aux pays qui en acceptent les règles ou qui sont trop faibles pour s’en affranchir sans craindre des représailles. Face à un autocrate expansionniste comme Poutine, nous sommes comme une poule devant un couteau: personne, ni dans l’Union européenne ni a fortiori aux États-Unis, ne veut lui faire la guerre, et les mesures d’embargo en tout genre ne semblent guère l’impressionner. Pas plus d’ailleurs que ne l’ont fait fléchir les initiatives diplomatiques d’Emmanuel Macron pour tenter de l’amener à la table des négociations.

Le président français en est quitte pour méditer cette forte sentence du général de Gaulle: «L’erreur la plus commune de tous les hommes d’État, c’est de croire dur comme fer qu’il existe à chaque moment une solution pour chaque problème.» Le départ forcé des forces françaises du Mali annoncé il y a quelques jours l’avait déjà démontré.

Une chose est certaine, les menaces de conflits armés ne sont pas près de disparaître de notre horizon. L’affirmation ressemble à une évidence, mais souvenons-nous de ce passé pas si lointain où les Occidentaux pensaient pouvoir toucher durablement «les dividendes de la paix», grâce à l’effondrement des dictatures communistes et à la protection de l’Oncle Sam.

Partout en Europe, on avait levé le pied sur les budgets militaires. Mais le désintérêt croissant des États-Unis pour le Vieux Continent et la présence de leaders agressifs à nos frontières (Poutine, Erdogan…) nous contraignent à un effort de défense que l’on pouvait croire d’un autre temps. Sans attendre qu’une hypothétique défense européenne apporte la solution miracle.


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :