Malika Sorel: «La repentance dresse une partie des immigrés contre la France»

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Par Alexandre Devecchio. LE FIGARO

Publié le 23/02/2022

EXTRAITS EXCLUSIFS – «Sans la France, je suis apatride. Je fais partie de ceux qui ne sont que franco-françaises ou franco-rien d’autre», écrit Malika Sorel dans Les Dindons de la farce (Albin Michel), dont nous publions les bonnes feuilles.


Malika Sorel a fait le choix de l’assimilation par amour de la culture et de l’histoire française. Elle regrette que les élites dirigeantes qu’elle a côtoyées lorsqu’elle était membre du Haut Conseil à l’intégration aient renoncé à défendre notre modèle de civilisation. Au contraire, selon elle, par leur refus de stopper l’immigration, leur course à la repentance et leur politique de discrimination positive, ces dernières sont responsables de la communautarisation de la société.

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• De la farce à la tragédie?

Comment un pays qui peine à oublier «les pages sombres de son histoire», pour reprendre l’expression d’Ernest Renan, et qui aujourd’hui encore abrite des Basques, des Bretons, des Corses, des Alsaciens, dont la volonté de se démarquer reste à fleur de peau, a-t-il pu se croire capable d’assimiler des millions de personnes arrivant d’anciens pays colonisés? Des millions de personnes qui portent en elles un lourd contentieux historique avec la France? Qui ont des racines culturelles et des pratiques sociales parfois antinomiques avec celles de la France? Face à cette réalité, comment ne pas admettre que la conjugaison des identités est extrêmement aléatoire?

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Les pays européens, dont les peuples sont pourtant si proches culturellement, se sont révélés incapables de dépasser leur histoire conjointe. D’où la persistance d’une défiance mutuelle entre les États membres de l’UE, d’où l’extrême difficulté de l’Europe à se forger une communauté de destin, laquelle est pourtant un impératif de survie dans notre monde globalisé. Et ce sont ces mêmes nations qui se sont lancées à corps perdu dans l’accueil massif de flux migratoires arrivant de contrées avec lesquelles elles n’ont quasiment rien en commun du point de vue historique et culturel!

Connaître ses forces et ses propres faiblesses constitue un formidable atout, un atout majeur. Admettre que certains puissent penser différemment, puissent concevoir une tout autre hiérarchie entre d’une part les biens matériels et d’autre part l’identité du groupe ou la culture communautaire, constituerait un grand pas. Depuis des décennies, le débat est congelé. Depuis des décennies, les Français d’origine comme les Français issus de l’immigration qui ont fait le choix de l’assimilation sont les victimes, les otages, de cette indifférence, de cet égoïsme et de cette lâcheté du pouvoir politique. Nous avons tous, Français de souche ou immigrés assimilés, été dupés par le manque de lucidité, de courage de nos dirigeants. Nous sommes les dindons d’une farce qui, hélas, pourrait s’achever en tragédie…

• Repentance

La course à la repentance de ces dernières décennies, loin de servir le mécanisme d’intégration, l’a considérablement grippé. Lorsque le président de la République Emmanuel Macron parle de «fautes inexcusables», il faut donc s’attendre à ce qu’elles ne soient pas excusées. Il en va de même lorsqu’il accuse son propre pays de s’être rendu coupable de «crime contre l’humanité» envers un peuple musulman. Les mots ont un sens et l’accusation est lourde. Un tel crime peut-il rester impuni? Pour des peuples chez lesquels l’honneur n’est pas un mot vide de sens, de telles accusations peuvent faire éclore un besoin de revanche.

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Si les Occidentaux ne s’étaient pas englués dans un narcissisme forcené, ils auraient admis qu’ils ne sont pas omnipotents. Cela aurait permis non seulement d’atténuer une partie des souffrances des enfants de l’immigration, mais cela aurait aussi permis aux Occidentaux de se délester d’une partie du fardeau de la culpabilité chrétienne qui accompagne leurs pas depuis l’origine. Pour comprendre à quel point cette culpabilité est contre-productive, il suffit d’en observer les ravages.

La plupart des migrants sont issus de milieux défavorisés, et même parfois misérables. Lorsqu’ils arrivent en Occident, ils sont pris en charge et bénéficient d’un bond considérable dans leur parcours de vie. Un bond que jamais ils n’auraient pu accomplir dans leur société d’origine. Pourtant, à force d’entendre évoquer la culpabilité de la terre d’accueil qui ne ferait pas assez et les discriminerait, beaucoup viennent à s’en persuader, et une partie de leurs enfants finissent par se dresser contre cette société jusqu’à parfois la violenter. Cette société qui les a pourtant accueillis ou a accueilli leurs parents! Un immense gâchis aux conséquences effroyables! Aucune société occidentale n’a su respecter ces principes élémentaires de prudence et de précaution. Toutes ont persisté dans l’accueil massif d’une immigration en provenance des mêmes zones…

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• L’enjeu migratoire et démographique

Alors que la plupart des pays d’immigration s’étaient engagés, depuis déjà de longues années, dans un processus de retour à la religion comme principe organisateur de la cité, y gommant ainsi les transformations qui avaient été apportées au fil des siècles, les élites occidentales ont persisté dans l’accueil de populations en provenance de ces zones. Elles ont persisté dans un mépris total de la réalité humaine profonde, feignant de croire que le passage de la frontière s’accompagnait sur-le-champ d’un changement de mentalité. Elles ont persisté et persistent encore, comme en témoigne l’adoption en décembre 2018, au Maroc, du pacte dit «de Marrakech» pour organiser des «migrations sûres, ordonnées et régulières», un texte incroyable, apparemment neutre mais profondément militant en réalité: «Les migrations ont toujours fait partie de l’expérience humaine depuis les débuts de l’Histoire et nous reconnaissons qu’à l’heure de la mondialisation elles sont facteurs de prospérité, d’innovation et de développement durable.»

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À la sortie du premier conflit mondial, l’Europe, en dépit du sacrifice d’une grande part des générations en âge de procréer, avait su renouer avec une nouvelle expansion démographique. Rien ne s’oppose en effet une relance de la natalité en Occident, pour peu que les sociétés prennent la pleine mesure des enjeux. C’est la question de la continuité historique qui est posée, car un peuple qui ne se reproduit plus est voué à disparaître, et cette terrifiante responsabilité est entièrement imputable aux élites occidentales de souche. En effet, en l’absence d’une assimilation massive, une bonne part de la classe politique, plutôt que de rester fidèle aux valeurs qui structurent l’identité du peuple français, s’est engagée dans la voie de concessions, d’accommodements.

Les élites politiques ayant bien observé que l’appropriation des principes républicains n’était pas le fait du plus grand nombre, elles s’y sont adaptées sans sourciller et se sont attelées à saucissonner l’électorat selon un ciblage à raison des origines. Tandis qu’elles tiennent aux foules un discours empreint d’universalisme, de liberté et d’égalité des sexes, elles ont déjà sombré dans le différentialisme et le relativisme. Face au désordre grandissant, elles ont préféré tourner la tête, faire comme si de rien n’était, ont temporisé, puis fini par capituler. Et c’est cette même situation que l’on retrouve un peu partout en Occident. Les concessions accordées ont alimenté la demande sans cesse renouvelée de nouveaux accommodements. Le communautarisme est entretenu et cultivé par ceux-là mêmes qui sont chargés de faire respecter les modalités de la vie commune. Les élites n’ont eu de cesse d’œuvrer à communautariser la société par le biais du marketing politique, pour finir par courir après le vote de communautés qu’elles ont elles-mêmes instituées et, en la matière, je n’ai pas vu de différence notable entre le comportement des hommes politiques et des femmes politiques, ou encore entre la gauche et la droite.

• Romain Gary contre les woke

La discrimination positive ne s’attaque en rien aux sources des problèmes. Elle inscrit les fractures existantes dans le marbre et en crée de nouvelles. Nonobstant les nombreux effets pervers de ces mesures, dites de soutien aux «minorités» ou à la «diversité», les élites les ont imposées, y compris en France où on en retrouve la philosophie dans une multitude de secteurs tels que l’école (ZEP et autres préférences budgétaires pour les «quartiers»), l’enseignement supérieur (quotas de boursiers ou encore promotions ZEP de Richard Descoings, ou comment vider un océan de misère avec une petite cuillère en argent) et l’entreprise.

Un homme s’est trouvé aux premières loges pour observer, dès leurs prémices, les stratégies déployées des «minorités», stratégies dont il s’est appliqué à décrypter les mécanismes. Il s’agit du double lauréat du prix Goncourt Romain Gary. Il était marié à l’actrice américaine Jean Seberg, figure de la scène culturelle américaine, d’origine suédoise et militante très investie auprès des mouvements des Noirs, y compris celui des Black Panthers. Romain Gary identifie les ressorts des motivations profondes qui poussent le monde intellectuel américain, l’industrie du spectacle et à leur suite des personnalités politiques à «aider» les Noirs aux États-Unis et même à les «pousser à l’extrémisme». Gary est limpide, toutes ces «belles âmes» sont mues par des raisons intimes qui n’ont «rien à voir avec la tragédie raciale américaine».

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Après avoir décrit de nombreux événements et situations auxquels il a lui-même assisté, il en tire la conviction que cette classe sociale a besoin d’agir de la sorte tout simplement pour appartenir au «camp du bien»: «Avoir “mauvaise conscience”, c’est démontrer que l’on a une bonne conscience en parfait état de marche et, pour commencer, une conscience tout court. Il va sans dire que je ne parle pas ici de sincérité: je parle d’affectation. Se sentir personnellement coupable, c’est témoigner d’un haut standing moral et social, montrer patte blanche, prouver que l’on fait partie de l’élite.» Ces raisons intimes procèdent de l’égocentrisme et d’un besoin de se sentir supérieur. Les élites qu’il fréquente et observe de près vont semer des graines, et ces graines lèveront quelques décennies plus tard pour donner naissance à ce qui se déploie désormais sous nos yeux: le wokisme et la cancel culture.

Le récit de Gary est stupéfiant! L’un des innombrables effets pervers de ces stratégies de repentance, qu’il décrit avec minutie, interpelle: «Il y a de petites organisations de Noirs dont le seul but est de soulager les Blancs, de les soulager de leur argent et de soulager leur conscience. Ils mettent l’argent dans leurs poches et les Blancs se sentent mieux. Bien tôt, chaque Blanc “coupable” qui est assez riche pour se le permettre aura sa propre organisation de Noirs chargée de l’aider à se sentir un type bien. Il n’y a pas plus de douze organisations noires vraiment valables dans ce pays… Le but des autres, ce n’est pas d’agir, d’aider le peuple, c’est d’exister elles-mêmes. Ça ne va pas plus loin.» Appartenir au «camp du bien» n’a pas de prix et vaut bien le sacrifice de la paix civile. C’est cela qui s’est noué aux États-Unis, et c’est cette idéologie qui a ouvert la voie au wokisme d’aujourd’hui. Les États-Unis ou le modèle de société à ne surtout pas reproduire, et que les élites européennes se sont empressées de copier.

L’abandon des classes populaires

La gauche semble avoir fait une croix sur les classes populaires de culture occidentale. Elle n’est pas seule. Voilà des années que la droite, la presse et le monde intellectuel, lorsqu’ils évoquent «les classes populaires», ne visent ni les Français de souche ni ceux d’adoption, mais seulement les quartiers pudiquement nommés «de la politique de la ville». Ne dit-on pas que le «populaire», c’est ce qui émane du peuple, est propre au peuple et appartient au peuple? Si les mots ont un sens, alors ce gommage des classes populaires de culture occidentale sur la photo de famille est une lourde responsabilité face à l’Histoire. Affirmer que l’élite n’avait accès à aucune statistique qui eût pu lui permettre de tracer un cap frappé au coin du bon sens est faux.

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Ce que j’avais constaté lors de mon expérience à l’intérieur du système, c’est que, dans tous les domaines, les données existaient en suffisance qui auraient pu permettre de conduire des politiques publiques qui prennent en compte la capacité réelle de la France à intégrer, sur le plan économique aussi bien que culturel. C’est donc bien ailleurs qu’il convient de chercher les raisons de la démission des élites et de leur renoncement à assumer leurs responsabilités (…). De nouvelles filières d’immigration ont été créées par les politiques eux-mêmes. Ainsi en est-il de l’immigration estudiantine, devenue un moyen pour l’Occident d’aspirer la matière grise des pays du Sud, ce qui entraîne inexorablement l’exode des pauvres qui, à leur tour, tentent d’entrer en Europe par tous les moyens…

Nous sommes entraînés dans une spirale infernale. Les flux migratoires ont été encouragés aussi bien par des décisions politiques que par la part du patronat qui n’a jamais reculé devant l’emploi de clandestins, créant ainsi d’incessants appels d’air. Les conditions ainsi créées ne permettent plus d’assimilation autrement qu’à la marge. (…) Pendant quarante ans, les gouvernants n’ont eu de cesse de réduire la problématique de l’immigration et de l’intégration à une dimension socio-économique. Mais, alors, s’ils étaient véritablement sincères, comment expliquer qu’ils aient persisté dans l’accueil massif d’étrangers pauvres, condamnant ainsi la France et les Français au châtiment du tonneau des Danaïdes? Selon l’Insee, la pauvreté progresse depuis quinze ans. En 2020, la France comptait 9,3 millions de personnes pauvres et la barre des 10 millions devait bientôt être franchie. Les décisions publiques se révèlent incompréhensibles!

Les Dindons de la farce. En finir avec la culpabilité coloniale!, de Malika Sorel-Sutter, Albin Michel, 170 p, 18,90 euros

Albin Michel

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