Parrainages et sélection des candidats : la démocratie surveillée sous l’Empire du Bien

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NATION

PARRAINAGES

FRONT POPULAIRE. 28 février 2022

OPINION. Plus qu’un simple obstacle structurel, le système de parrainages, qui pénalise des candidats largement sollicités, constitue, selon notre lecteur, un moyen pour la doxa de conserver son pouvoir.

Parrainages et sélection des candidats : la démocratie surveillée sous l’Empire du Bien

En Iran, au grand scandale de nos médias et hommes politiques, grands donneurs de leçons de morale politique, la sélection des candidats aux élections est effectuée par le Conseil des Gardiens de la Constitution composé de douze membres désignés par le Guide suprême de la Révolution et de juristes nommés par le pouvoir judiciaire fondé sur la sharia. Un choix qui s’effectue au nom des principes théo-idéologiques et en fonction de critères que ce conseil établit avant chaque élection. Le système de pouvoir iranien est sans doute, à nos yeux, détestable, mais il ne peut pas être qualifié d’arbitraire. On peut même estimer qu’il respecte une forme d’« État de droit » par son observance des dispositions juridiques clairement établies et conformes à son idéologie.

Quel rapport avec la situation prévalant dans la France de 2022 ? Nous ne disposons pas, certes, d’organisme chargé explicitement de la sélection des candidats, mais si nous n’avons pas adopté des dispositions formellement identiques à celles de l’Iran, du moins avons-nous pris des mesures qui relèvent du même esprit et produisent le même résultat. À l’égard des candidats à la présidentielle, nous sommes déjà, de fait, dotés de procédures de sélection de plus en plus contraignantes ; les dernières ayant été considérablement durcies par le gouvernement socialiste de François Hollande. Établies initialement afin d’éviter les candidatures folkloriques ou loufoques, elles sont utilisées aujourd’hui pour écarter du jeu démocratique les candidats non agréés par les partis du « système » au pouvoir. Une opération d’ostracisation qui est par ailleurs puissamment soutenue en France par la doxa prévalant dans les médias et infusée dans de nombreuses têtes.

Quelle est cette doxa ? Il ne s’agit pas, bien entendu, comme en Iran d’une doctrine visant à l’édification d’une société strictement conforme à la sharia telle que celle-ci est comprise par les ayatollahs ayant pris le pouvoir en 1979 dans l’ancienne Perse, il s’agit de la démocratie, selon la vision restrictive restrictive et captieuse que la gauche bobo et libertaro-wokiste culturellement dominante réussit à imposer à notre société avec un succès jusqu’à présent remarquable, et qui vise, notamment par le biais de la procédure de parrainages — elle use de bien d’autres moyens —, à faire barrage à la candidature de certains « outsiders » — pas à tous : deux candidats d’extrême gauche sans écho dans la population ont fait, eux, le plein de signatures nécessaires sans grande difficulté, ce qui est absolument remarquable en même temps que tout à fait significatif de la puissance et étendue des relais dont la gauche dispose au sein des institutions).

Ainsi est réalisé subrepticement en France ce qui s’opère au grand jour en Iran. La procédure française de filtrage délibérément compliquée et toujours plus alourdie des candidatures fait apparaître le vrai visage idéologique et organisationnel d’une fédération, non pas chez nous d’imams et de Gardiens de la Révolution, mais de groupements philosophiquement sectaires — rassemblés un temps pour nombre d’entre eux, pour ce qui est de leur expression politique, sous le terme de « gauche plurielle » — qui, commençant à sentir ses positions menacées dans toutes les institutions de pouvoir et relais d’opinions qu’elle s’est appropriées depuis plus de quarante ans, ne veut plus jouer et est même prête à fausser le jeu démocratique qui est en passe de se retourner contre elle. Ceci avec le concours de la « droite acceptable », auto proclamée « républicaine » — une grande partie de LR pour ne pas la nommer — qui tire sa petite épingle de ce jeu et qui confirme par-là l’emprise idéologique que la gauche est parvenue à lui imposer il y a déjà de cela plusieurs dizaines d’années.

Peut-on garder ainsi le pouvoir, par des biais de pure forme, d’astuces procédurales de basse extraction politicienne en allant, sans la moindre vergogne, à l’encontre de tout souci de légitimité ? Oui, si un régime de « démocratie surveillée », un régime post-démocratique prenant, armes juridiques et communicationnelles en main, la figure de « l’Empire du Bien »décrite par Philippe Muray continue de s’installer à bas bruit sans susciter beaucoup de réactions, comme cela semble bien être le cas en France et dans d’autres pays d’Europe. La procédure de sélection des candidats adoptée qui nous rapproche de la situation qui prévaut en Iran, Empire d’un autre Bien, en serait une étape et un signe de plus.

Espérons malgré tout, et quoique l’on pense de tel ou tel candidat qui pourrait être sorti du jeu par cette méthode, que le projet, dangereux pour la paix civile et l’idéal de liberté, de « démocratie sous surveillance », qui anime en profondeur cette gauche multiforme, mais communément intolérante (consistant, rappelons-le, à étouffer, à l’instar de ce qui se passe en Iran, le libre choix des électeurs en décidant pour eux, par exemple, quels sont les candidats convenables et ceux qui ne le sont pas), n’aboutira pas. Ceci afin que l’invocation de la démocratie, ce régime si sérieusement ébranlé par la série de mesures liberticides prises ces dernières années dans notre pays, garde encore, au moins pour un certain temps, quelques sens et couleurs vraies.

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