[Saint Clair] Quand la presse révèle l’amateurisme diplomatique d’Emmanuel Macron

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POLITIQUE 

Le Journal du Dimanche croyait, en révélant les coulisses de la rupture entre Vladimir Poutine et Emmanuel Macron, brosser le portrait d’un Président fin stratège en matière de diplomatie. A l’inverse, c’est celui d’un amateur pataud qui est apparu, analyse notre chroniqueur Frédéric Saint Clair. 

Par  Frédéric Saint Clair

Publié le 1 mars 2022 VALEURS ACTUELLES 

Emmanuel Macron. Photo © Jacques Witt/SIPA

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Le déclenchement des hostilités à l’initiative de Vladimir Poutine a transformé celui-ci, aux yeux de nombreux observateurs occidentaux, en paria, en impérialiste belliqueux n’hésitant pas à entraîner le monde au bord du gouffre pour parvenir à ses fins. C’est sur cette base que le Journal du Dimanche a espéré flatter les talents de diplomate d’Emmanuel Macron, en décrivant un chef d’Etat responsable, face à un homologue russe en pleine dérive. Une lecture pour le moins fautive… analysée en trois points :

Première erreur d’Emmanuel Macron : le fait que le maître du Kremlin ait décroché son téléphone pour informer le président français de ses intentions vis-à-vis des deux Républiques auto-proclamées de Donetsk et Louhansk était une opportunité diplomatique exceptionnelle. Emmanuel Macron a été incapable de la saisir. Il n’a vu que la rupture des accords de Minsk dont il a fait un casus belli (accords qui n’ont d’ailleurs jamais été respectés de part et d’autre). Il est allé jusqu’à menacer son interlocuteur de « conséquences très lourdes ». En agissant ainsi, il s’est rangé du côté des opposants à Poutine et a perdu son statut d’intermédiaire. Un intermédiaire devrait craindre comme la peste les postures psychorigides ; or, Emmanuel Macron est l’incarnation de ces postures : limogeage du CEMA, affaire Benalla, Gilets jaunes, passe vaccinal, les exemples ne manquent pas…

Deuxième erreur : n’avoir pas compris que durant la séquence ante-bellum, Poutine n’a jamais cherché à le manipuler. D’ailleurs si, dès l’origine, l’objectif du Kremlin avait été la guerre, quel aurait été le bénéfice d’une telle manipulation ? Poutine a été durant cette séquence – tout comme il l’est aujourd’hui – en recherche de légitimité politique. C’était son intention en reconnaissant les deux proto-Républiques ; c’était son intention en ouvrant la porte des négociations avec Kiev à l’issue de la première journée de combats ; c’était son intention en négociant en sous-main à la frontière du Bélarus. Lors de la phase diplomatique comme lors du coup de fil de la dernière chance, Vladimir Poutine a cherché à s’appuyer sur Emmanuel Macron et non à le tromper ; il a cru en sa capacité à débloquer un verrou géopolitique.

Emmanuel Macron ne comprend pas la dimension politique de la guerre.

L’erreur de Vladimir Poutine a été d’avoir surestimé Emmanuel Macron. Une erreur assez classique que les Français connaissent bien. Il s’en est aperçu à ses dépens. L’erreur d’Emmanuel Macron est d’avoir cédé à la caricature d’un Poutine autocrate irrationnel et belliqueux, et de n’être pas parvenu à déceler sous la carapace du dirigeant autoritaire la fébrilité russe qui a traversé cet échange téléphonique ; l’appel à l’aide diplomatique ; le tiraillement hard power/soft power qui tenaille un Vladimir Poutine en déficit de confiance et de pouvoir ; le machiavélisme nord-américain qui s’acharne à affaiblir Moscou pour isoler Pékin ; la guerre idéologique qui se joue en Occident et en Orient en faveur d’un nouvel ordre du monde, multipolaire, dans lequel l’idéologie libérale ne sera plus la garante de la paix.

Troisième erreur : Emmanuel Macron ne comprend pas la dimension politique de la guerre, ainsi traduite par Richelieu dans son Testament politique : « Au jugement des mieux sensés, la guerre est quelque fois un mal inévitable [voire] absolument nécessaire et tel que l’on en peut tirer du bien. » Emmanuel Macron est l’ambassadeur de l’idéologie libérale wilsonienne, celle des traités intouchables et des lignes rouges infranchissables. Cette posture morale « façon BHL » l’empêche d’aborder le lien très clausewitzien entre guerre et politique, et surtout, le contraint à ignorer le poids que le géostratège Edward Luttwak fait peser sur le rapport entre frontières mal fixées et méthodes militaires. Il persiste, comme tous les Occidentaux sociaux-libéraux, à considérer l’Ukraine comme une unité souveraine et indivisible, alors qu’elle est déjà morcelée dans les faits, alors que son unique avenir pacifié réside assurément dans une recomposition territoriale.

Emmanuel Macron a échoué. Cela n’étonnera personne. Mais ce qui devrait étonner le lecteur, c’est la capacité de certains médias à continuer de le faire passer pour un génie, un stratège, un visionnaire, alors qu’en politique nationale comme internationale, cet amateur revendiqué rate à peu près tout ce qu’il entreprend…

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