Macron en campagne d’Ukraine ou électorale ?

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Georges Michel 2 mars 2022 BOULEVARD VOLTAIRE

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Si l’on devait retenir un seul passage de l’allocution d’Emmanuel aux Français, ce mercredi 2 mars, c’est celui-ci : « Je sais pouvoir compter sur vous, votre attachement à la liberté, à l’égalité, à la fraternité à la place de la France dans le monde. Je ne cesserai jamais de les défendre et de les porter haut en votre nom. » C’est ainsi qu’il a conclu son adresse avant le traditionnel « Vive la République, vive la France ! » C’est clair : Emmanuel Macron est candidat à sa propre succession. Qui en doutait encore ?

Cette allocution d’Emanuel Macron, pour une fois assez courte (moins d’un quart d’heure) avait pour but de faire un point de situation depuis l’invasion russe ainsi que présenter les conséquences pour la France et les Français. Rien de bien nouveau pour qui suit un minimum l’actualité sur les chaînes d’information en continu. Bien sûr, le Président a condamné le viol évident du droit international par Poutine. Bien sûr, il a réitéré le soutien fraternel de la France au côté du peuple ukrainien. Un soutien qui ne devrait pas aller au-delà de l’aide humanitaire et de la mise en application de sanctions économiques et financières. Des sanctions « proportionnées » a précisé Emmanuel Macron, rectifiant, en quelque sorte, la sottise de la veille de son ministre de l’Économie. Bien sûr, le chef de l’État  a d’emblée affirmé que tout avait été fait pour éviter cette guerre, dégageant la France, l’Europe, l’OTAN de toute responsabilité. Tout ? Notamment pour que soient respectés ces dernières années les accords de Minsk ? La question mérite d’être creusée.

Et puis Emmanuel Macron a eu cette phrase emphatique : « Cette guerre est le fruit d’un esprit de revanche, nourri d’une lecture révisionniste de l’Histoire de l’Europe qui voudrait la renvoyer aux heures les plus sombres des empires, des invasions, des exterminations ». S’il y a esprit de revanche, c’est qu’il y a rancœur. Nourri peut-être du sentiment d’humiliation de la part de la Russie après la chute de l’empire soviétique et de l’avancée inéluctable de l’OTAN vers l’Est ? Cela n’excuse pas mais peut expliquer.

Mais l’on retiendra surtout de ce discours qu’il s’est agi de parler aussi (surtout ?) d’Emmanuel Macron. À l’évidence, l’occasion est trop belle pour ne pas en profiter et tenter de se ciseler un statut de grand de ce monde. Le maintien du dialogue avec Poutine, c’est lui : « J’ai choisi de rester en contact avec le Président Poutine… ». Évoquant, l’augmentation des prix – notamment de l’énergie – qui viendra fatalement, le Président protecteur, aujourd’hui et… demain, c’est lui : « Face à ces conséquences économiques et sociales , je n’ai et n’aurai qu’une boussole : vous protéger. » L’homme à la manœuvre, à l’initiative, l’homme de la vision, c’est lui : ainsi, les 10 et 11 mars, il réunira un sommet des chefs d’États et de gouvernements européens où il sera question du « nouveau modèle économique » de l’Union, suite à l’invasion russe. Un nouveau nouveau modèle, en quelque sorte, puisque, après le déclenchement de la guerre contre le Covid, on nous avait déjà dit que rien ne serait plus comme avant… Il s’agira, toujours durant ce sommet, de prendre des décisions sur « une stratégie d’indépendance énergétique européenne » et sur « la défense européenne ». Emmanuel Macron continue à dérouler son projet de souveraineté européenne. La France est trop petite pour lui.

Et ce sommet se tiendra où ? À Versailles. Outre, peut-être la volonté d’en mettre plein la vue à ses homologues, comment ne pas y voir un petit clin d’œil à l’Histoire ? Volontaire ou pas ? C’est à Versailles que fut signé le traité mettant fin à la Grande Guerre. Mais c’est de ce traité de Versailles que naquit l’esprit de revanche qui entraîna par la suite l’Allemagne et l’Europe dans les  « heures les plus sombres des empires, des invasions, des exterminations », pour reprendre les propres mots du Président… Mais nul doute aussi que ce sommet, pour Emmanuel Macron, vaudra tous les meetings de campagne électorale. Un tapis de bombes médiatique va se déverser sur le pays, à un mois du premier tour de l’élection présidentielle, et le candidat Macron n’aura même pas à intégrer la facture dans ses comptes de campagne.

On serait cynique, on dirait que cette guerre est une « divine surprise ».

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