Guerre en Ukraine : les charpentiers français paient le prix cher

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La rupture des relations commerciales avec la Russie plonge la filière française du bois dans la tourmente pour une durée indéterminée.

A 250 EUR en 2020, le metre cube de bois sec est passe a 450 EUR en 2021 et pourrait bien froler les 500 EUR cette annee.
À 250 € en 2020, le mètre cube de bois sec est passé à 450 € en 2021 et pourrait bien frôler les 500 € cette année.© PHILIPP VON DITFURTH / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP

De notre correspondant à Nantes, Charles Guyard

Publié le 08/03/2022 LE POINT

Au moment où des bombes commençaient à pleuvoir sur l’Ukraine, le 24 février, un cargo s’apprêtait à appareiller à Saint-Pétersbourg. Quelques jours plus tard, le navire arrivera bien au Havre avec les cales chargées de bois, mais dans son bureau près de Nantes, Laurent Coudray le pressent déjà, ce sera le dernier. En effet, le couperet est tombé pendant que le bateau était en mer : la France a décrété un embargo sur les échanges commerciaux avec le pays de Vladimir Poutine. « Il était encore dans les eaux russes au moment des premières frappes, mais une fois qu’il est arrivé à bon port, on a mis fin à nos relations d’affaires », raconte le directeur général d’Arba (Artisans réunis Bois Atlantique).

Si cela s’est donc joué à quelques heures près, impossible néanmoins de s’en féliciter. D’abord, parce que le contexte n’invite pas à l’euphorie (« c’est le seul moyen de dire stop à cette guerre qui n’a pas de sens »), mais surtout parce que cette ultime cargaison ne soulagera pas l’ensemble d’une filière déjà sous tension depuis la crise Covid. Instaurés simultanément par de nombreux gouvernements au sortir du confinement quasi planétaire, les plans de relance avaient alors provoqué une demande mondiale de matériaux de construction, comme le bois sec (pour les charpentes) produit notamment en… Russie, dont les importations sont à présent soumises à un blocus européen.

Laurent Coudray, directeur général de la coopérative Arba (Artisans Réunis Bois Atlantique)© CG

« Par ricochet, les volumes qui étaient achetés là-bas vont devoir l’être ailleurs, comme en Scandinavie, analyse Laurent Coudray. Chez nous, le bois russe représente 15 à 20 %, mais l’Allemagne en est un plus gros consommateur encore. Tout cela va raréfier l’offre et amener à une augmentation inévitable des prix. » De fait, si l’étiquette avait déjà flambé après la crise sanitaire, elle est maintenant en train de se consumer. À 250 euros en 2020, le mètre cube de bois sec est passé à 450 euros en 2021 et pourrait bien frôler les 500 euros cette année, plongeant les artisans dans l’expectative. Dans la coopérative nantaise, ils sont 268 avec des besoins atteignant les 15 000 mètres cubes par an. « La plupart ont un carnet de commandes plein pour six à huit mois, mais nos fournisseurs nous donnent des tarifs révisables à n’importe quel moment. Comment établir des devis ? Qui va payer les coûts supplémentaires ? Les marges de nos adhérents ne sont pas suffisantes pour absorber de telles hausses à venir, sauf à mettre en péril leur propre entreprise. »

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Embargo contourné ?

En Russie, ces inquiétudes prêteraient presque à sourire si la situation n’était pas si dramatique. Car là-bas, les restrictions prises par l’Europe semblent être, pour l’heure, relativement indolores si l’on en croit Julia (prénom d’emprunt). Dans les environs de Moscou, la jeune femme travaille comme intermédiaire dans le négoce du bois. Et si plusieurs clients du Vieux Continent lui ont donc fait faux bond ces derniers jours, les exportations ne sont pas stoppées pour autant. « Toutes les scieries avec lesquelles on travaille livrent actuellement et n’ont aucun problème pour se débarrasser de leurs stocks, affirme-t-elle. Des contrats avaient même été resignés avec la Chine pour y envoyer des marchandises en cas de blocage de l’Europe. »

Le véritable souci, finalement, serait plutôt d’ordre logistique avec des compagnies maritimes à l’arrêt. Mais là encore, d’autres options ont été activées : « Des entreprises ont déjà augmenté leurs volumes de bois par chemin de fer pour la Chine. » Enfin, il reste la route, qui permet d’acheminer du bois jusque dans les pays baltes voisins. « Pour le moment, les camions passent et beaucoup de bois y est acheté. D’ailleurs, des entreprises françaises ont aussi leurs usines là-bas et elles n’ont pas rompu toutes les relations »laisse entendre Julia.

L’insinuation est grave, car elle signifierait que l’embargo est possiblement contourné. D’autant que la traçabilité ne serait pas toujours simple à prouver, comme l’indique Laurent Coudray : « Les bois sont certifiés, mais il est vrai que rien ne garantit leur provenance, et il se peut que du bois russe transite par d’autres pays pour arriver en Europe. » Pas étonnant, finalement, que Julia, tout en priant pour un cessez-le-feu en Ukraine, assène presque en guise de provocation : « La Russie sait gérer les crises, et les sanctions économiques ne vont pas vraiment peser sur la situation. » À voir sur la durée…

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