Marion Maréchal : “Emmanuel Macron a fait du mépris sa marque de fabrique”

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Dimanche 6 mars, Marion Maréchal sortait d’un long silence politique pour annoncer dans Valeurs actuelles son ralliement à Éric Zemmour et en expliquer les raisons. Dans la deuxième partie de son interview, elle brosse le bilan d’Emmanuel Macron à la tête de l’État et développe ses raisons d’espérer la victoire du camp national. 

Par  Anne-Sophie Retailleau,  Geoffroy Lejeune,  Raphaël Stainville. VALEURS ACTUELLES

Publié le 10 mars 2022

Cinq ans après avoir quitté la vie politique, Marion Maréchal s’y replonge aux côtés d’Éric Zemmour. Photo © BOUTRIA LUC MULLER F/NICE MATIN/MAXPPP

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Retrouvez gratuitement la première partie de l’interview accordée par Marion Maréchal à Valeurs actuelles


Valeurs actuelles. Éric Zemmour confiait, il y a quelques semaines, que vous pourriez devenir son Premier ministre si d’aventure vous le rejoigniez et que vous participiez à sa campagne. Maintenant que c’est chose faite, vous devenez de facto“première ministrable”…
Marion Maréchal. Comme souvent, de nombreux raccourcis médiatiques ont été faits. Éric Zemmour n’a pas choisi son Premier ministre, et c’est heureux. Et si je suis honorée qu’il ait pu évoquer cette possibilité, je mesure surtout que ce n’est pas du tout à l’ordre du jour. Rien n’est décidé et je ne prétends à rien, si ce n’est prendre toute ma place à son côté dans son combat. Beaucoup de choses peuvent changer d’ici au second tour, beaucoup de ralliements peuvent avoir lieu, beaucoup de personnes pourront légitimement prétendre à ce poste.

Vous évoquez d’autres ralliements possibles. À qui songez-vous ? Que leur dites-vous ?
À beaucoup de gens ! À tous ceux qui devraient se poser la question profonde de leur engagement, de la fidélité envers des convictions profondes, de l’adhésion à un projet, à une vision. Je sais quel est le poids des attaches partisanes, pour l’avoir vécu moi-même, je sais combien on peut se sentir tenu ou retenu. Mais à tous ceux qui m’ont accompagnée dans mon combat politique au sein du RN, à tous ceux qui, parmi Les Républicains, aspirent à autre chose que de devenir une force supplétive du macronisme et veulent se battre pour une vraie politique de civilisation, je dis que c’est ici que ça se passe et ici qu’ils doivent être : au côté d’Éric Zemmour.

Pensez-vous sérieusement qu’Éric Zemmour puisse gagner ?
Je crois qu’il a les meilleures cartes en main pour s’imposer. L’élection n’est pas jouée, souvenons-nous d’Édouard Balladur, en 1995, dont toute la presse présentait l’élection comme une formalité… et finalement c’est Jacques Chirac qui l’a emporté.
Je suis convaincue qu’Éric Zemmour dispose d’une dynamique plus importante qu’on l’imagine. Pendant longtemps, il a fait partie du paysage médiatique. Aujourd’hui, les Français découvrent un homme et un homme politique et sa mutation, en quelques mois seulement, est impressionnante. Chaque jour qui passe est une occasion pour Éric Zemmour de prouver qu’il est un dirigeant crédible, à plus forte raison pour les Français qui sont les plus éloignés de la politique, qui se sont réfugiés dans l’abstention ou qui ne se reconnaissent plus dans le système et sont en rupture avec lui. Au-delà du succès de ses meetings et des 100 000 adhérents son parti, il suffit d’observer les audiences télévisuelles qu’il réalise pour mesurer l’intérêt et l’espoir que sa candidature suscite.

La guerre en Ukraine donne [à Emmanuel Macron] l’illusion de pouvoir survoler l’élection. Il se montre accaparé par les affaires du monde, indifférent aux remous de la campagne. C’est la théorie de l’éloignement et du prestige.

Pour autant, cette campagne semble comme vitrifiée par la guerre en Ukraine, après avoir été déjà largement confisquée par les débats autour de la crise sanitaire. Comment, dans ces circonstances, mener campagne ?
Nous sommes dans une situation inédite, le risque majeur est que les Français soient privés du nécessaire débat politique et démocratique sur l’avenir de la France avec pour conséquence une potentielle explosion de l’abstention. Ce qui ne manquera pas d’aggraver encore la crise de légitimité de ceux qui nous gouvernent. L’actualité diplomatique, géopolitique, écrase tout après que la question du Covid a empêché toute autre forme de débat pendant des mois. Dans ce climat, c’est aussi notre responsabilité de ramener le débat sur les sujets nationaux essentiels.
C’est compter aussi sans les difficultés que des candidats comme Marine Le Pen ou Éric Zemmour ont rencontrées pour réunir leurs parrainages, les obligeant à mettre en pause leur campagne pour s’assurer de pouvoir concourir. C’est une raison supplémentaire de s’emparer demain de la question institutionnelle et avec elle de la juste représentation de tous les courants d’opinion dans nos assemblées représentatives.

Comment expliquez-vous que, après un quinquennat marqué par une succession de crises — les “gilets jaunes”, la crise sanitaire — et la fracturation toujours plus grande du pays, Emmanuel Macron dispose encore, à en croire les sondages, d’un socle électoral si persistant ?
Je ne pense pas qu’il obtiendra le score que les sondages lui prédisent. Ce qui est certain, c’est qu’Emmanuel Macron n’a quasi pas de concurrence sur son segment. Il y a bien Valérie Pécresse, mais elle fait double emploi et n’a aucune incarnation.
La guerre en Ukraine lui donne l’illusion de pouvoir survoler l’élection. Il se montre accaparé par les affaires du monde, indifférent aux remous de la campagne. C’est la théorie de l’éloignement et du prestige. Emmanuel Macron est en surplomb et cherche à se préserver du devoir d’inventaire auquel doit se plier tout président sortant.
Il faut admettre que c’est un communicant talentueux. Il était déjà parvenu à verrouiller le débat public à l’occasion de l’épidémie de Covid.

À vous entendre, le Covid, le “quoi qu’il en coûte” et la guerre ont comme sauvé le soldat Macron ?
Ce qui me frappe, c’est que le président aura réussi l’exploit de diviser avec constance les Français. Sa stratégie n’a été que cela : cristalliser son électorat en divisant, en nous forçant, par exemple, à choisir entre les policiers et les “gilets jaunes”, ce qui est invraisemblable. On s’est retrouvé face à un usage démesuré de la force publique, à une violence verbale, à une radicalisation du débat, à une stigmatisation assumée. La fameuse « lèpre populiste ».
On s’est ensuite retrouvé à devoir trier entre les vaccinés et les non-vaccinés, avec un président qui, une fois de plus, a non seulement joué sur les peurs, en insultant des citoyens n’ayant aucunement violé la loi d’irresponsables, de « criminels » en puissance, en assumant vouloir « emmerder les Français ».
C’est un homme qui a fait du mépris sa marque de fabrique. N’oublions pas les « salariées illettrées » des abattoirs Gad, « les gens qui ne sont rien »… Emmanuel Macron s’était, au départ, engagé à restaurer la fonction présidentielle. Il avait théorisé le fait que le peuple regrettait la figure monarchique. Il assurait vouloir restaurer la verticalité du pouvoir.
On s’est retrouvés avec un président posant avec un ancien délinquant antillais en caleçon faisant un doigt d’honneur ou encore recevant deux adolescents attardés de 35 ans faisant des roulades sur la pelouse de l’Élysée…

Emmanuel Macron considère que la politique de manière générale et la diplomatie en particulier, ce sont des photos et des coups de communication.

Si vous deviez poursuivre le droit d’inventaire de ce quinquennat, que diriez-vous ?
Prenons l’actualité immédiate : sur le plan diplomatique et des relations internationales, le bilan de Macron est catastrophique. Le Mali ? Cinquante-trois soldats français y sont morts, notre ambassadeur a été sommé de quitter le pays tandis qu’une haine antifrançaise ne cesse de se répandre à travers la population. Cet enlisement nous a coûté une fortune sans que nous soyons à l’abri que la situation explose de nouveau. Le péril islamiste est toujours présent au Mali et menace les pays voisins. Le fiasco diplomatique est total. Comment ne pas se souvenir de l’attitude d’Emmanuel Macron à l’égard du président du Burkina Faso qu’il a humilié devant des étudiants en lui indiquant d’aller « réparer la climatisation » ?
Comment ne pas se souvenir d’Emmanuel Macron au Liban. Il est arrivé en matamore, assurant au peuple libanais qu’il imposerait une réforme du système politique sinon la France sévirait. Pour quels résultats ? Le pays est toujours aussi instable et corrompu, au bord de la banqueroute.
Comment ne pas se souvenir de l’affaire des sous-marins australiens et du contrat rompu alors que manifestement, de ce qu’il se dit dans les arcanes du pouvoir, cela faisait déjà un an que les services de renseignements et de défense alertaient sur ce qui était en train de se tramer. Cela s’est fini par une petite tape condescendante de Biden sur la cuisse d’Emmanuel Macron puis circulez, il n’y a rien à voir.
Le gouvernement n’a rien compris dans ce qui se joue dans cette partie du monde. Emmanuel Macron considère que la politique de manière générale et la diplomatie en particulier, ce sont des photos et des coups de communication. Sauf que tout cela demande une cohérence, un suivi, un travail de fond et une certaine humilité.

L’activisme diplomatique d’Emmanuel Macron dans la crise russo-ukrainienne ne vous conduit-il pas à tempérer vos critiques ?
Au contraire, son rôle actuel est archétypal de son action. L’homme fait de grands effets de manche, de grandes déclarations — avec un certain talent, j’en conviens —, mais il n’obtient que peu ou pas de résultats quand ce n’est pas l’inverse de ce qui est attendu.
Ce n’est pas le tout d’aller discuter avec Vladimir Poutine. Encore faut-il avoir des choses à dire et à proposer. S’il était allé voir le président russe avant la guerre en lui disant : “Je prends l’engagement que la France mettra son veto à l’adhésion de l’Ukraine à l’Otan”, il y aurait eu une démarche concrète pour faire avancer les choses. Si c’était simplement pour prendre des photos autour d’une table, sans que la France puisse apporter aucune garantie sur le fait qu’elle serait un acteur d’équilibre, on ne voit pas l’intérêt qu’il y avait à se rendre à Moscou.

Qu’est-ce qui caractérise le macronisme ?
Emmanuel Macron manque de vision et de cohérence. Ce qui est vrai en matière internationale l’est tout autant en matière énergétique.
Sur le nucléaire, il a opéré un virage à 180 degrés. Il a fermé la centrale de Fessenheim, communié dans l’utopie du 100 % renouvelable pour finalement annoncer, il y a quelques semaines, un plan de construction de réacteurs nucléaires.
On pourrait parler de l’affaire Alstom. C’est extraordinaire qu’elle ne fasse pas davantage de bruit. Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie de François Hollande, valide la vente de la branche énergie d’Alstom, secteur stratégique, pour tenter aujourd’hui de la racheter piteusement à General Electric deux mois avant la fin de son mandat. Cette opération va coûter une fortune aux Français sans que l’on récupère l’intégralité des activités. Le sentiment est grand d’avoir un président qui prend des décisions extrêmement graves et engageantes pour l’avenir de la France sans que l’on sache, demain, ce que pourra être sa dernière lubie, sa dernière envie, son dernier changement de cap. On a l’impression d’être face à un enfant capricieux qui joue avec l’humeur médiatique, avec une espèce de vanité qui n’est vraiment pas rassurante pour les années à venir.
Nous évoquions à l’instant la situation diplomatique. C’est encore Emmanuel Macron qui a signé le traité d’Aix-la-Chapelle qui laissait entrevoir que la France pourrait quasi partager son siège permanent au Conseil de sécurité de l’Onu avec l’Allemagne. On mesure à présent à quel point cela serait irresponsable !
Finalement, il y a un seul domaine où Emmanuel Macron est constant : il assume clairement sa volonté d’aller vers plus de fédéralisme et d’intégration européenne. Il est pour la mise en place d’une armée européenne. Comprenons bien ce que cela implique : l’armée est le bras de la diplomatie. Qui dit armée commune signifie diplomatie commune, donc fin de la singularité diplomatique française et d’une armée autonome. Et comme l’Union européenne est totalement intégrée aujourd’hui au dispositif de l’Otan, cela veut dire, demain, une diplomatie parfaitement otanienne avec des moyens français, un savoir-faire français, une armée et des hommes français — parce que nous sommes en réalité la seule armée de ce dispositif.
Cela risque de nous conduire à l’impuissance totale quand on voit les profondes divergences géopolitiques entre les pays. Faut-il rappeler combien nous avons été seuls pour combattre l’islamisme au Mali… S’il avait fallu attendre un consensus européen, l’islamisme aurait déjà largement vaincu au Sahel, nous menaçant directement.

Finalement, il y a un seul domaine où Emmanuel Macron est constant : il assume clairement sa volonté d’aller vers plus de fédéralisme.

Quel bilan économique dressez-vous de ce quinquennat ?
Emmanuel Macron a été élu principalement sur le mythe de la start-up nation. Il était l’homme qui allait permettre à la France de renouer avec la prospérité. Je ne vais pas jeter le bébé avec l’eau du bain : il n’y a pas que des mauvaises choses qui ont été faites sur le plan économique, par exemple, sur la baisse des impôts de production.
Mais le bilan d’Emmanuel Macron c’est aussi ça : pour la première fois, la France est en passe d’importer plus de produits agricoles qu’elle n’en exporte. Notre déficit commercial extérieur est phénoménal et avoisine les 84 milliards d’euros. Notre dette a explosé de plus de 600 milliards d’euros et contrairement à ce qui est dit, ce n’est pas seulement dû à la dette Covid, même si elle l’a très largement aggravée. Bruno Le Maire nous dit qu’elle est indolore parce qu’aujourd’hui, elle ne coûte quasi rien. Sauf que rien qu’entre décembre 2021 et février 2022, les taux d’intérêt sur les emprunts à 10 ans ont déjà augmenté de plus de 0,8 point, c’est-à-dire plusieurs milliards d’euros. La France a une épée de Damoclès sur la tête. Ce n’est pas une lubie de comptable rigoureux. Derrière, ce sont les questions de notre souveraineté et de notre liberté qui sont en jeu. Même sur ces sujets, le compte n’y est pas.

Comment définiriez-vous le progressisme d’Emmanuel Macron ?
Orwell disait : « Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains. » La PMA sans père, qui prive volontaire l’enfant à naître d’un père, l’allongement à 14 semaines du délai d’avortement, qui permet de stopper la vie non pas d’un embryon mais d’un fœtus qui a déjà forme humaine en utilisant des techniques d’avortement brutales, au point que même la présidente du Collège national des gynécologues et obstétriciens de France s’en est émue… non, je ne crois pas que ces “progrès” nous rendent plus humains. Cela me fait dire que le progressisme d’aujourd’hui, qui n’est plus tant sur le social que sur le “sociétal” est devenu un antihumanisme.

La menace transhumaniste qu’évoque régulièrement Michel Onfray n’est-elle pas insuffisamment prise en compte par Éric Zemmour ?
Je n’aime pas mettre les sujets en compétition. Ce qui est sûr, c’est que je partage le raisonnement d’Éric Zemmour quand il explique que la question démographique et migratoire est prioritaire sur toutes les autres, parce que si cette question n’est pas traitée, le règlement de tous les autres sujets, qu’ils soient sociaux, économiques, bioéthiques, ne pourront être réglés selon nos souhaits parce qu’on ne sera plus majoritaire dans notre propre pays.
Pour autant, je considère que la question bioéthique est aussi un sujet de civilisation. Contrairement à ce que l’on pourrait peut-être penser spontanément. Cette question bioéthique pose la question de notre conception de l’homme, de sa dignité, de son rapport au monde, elle touche à l’anthropologie et à la philosophie. Elle fait partie de l’âme d’un peuple. Chaque civilisation a un regard singulier sur ces sujets, notre vision n’a rien à voir avec celle de la Chine, par exemple. C’est pourquoi je considère que lorsque l’on cède sur ces questions bioéthiques au nom d’une espèce de libéralisme mondialisé ou d’un individualisme propre à la culture progressiste occidentale, on renonce à une partie de nous-mêmes et à une forme de notre rapport au monde. Or, comment ne pas constater sur ces sujets une fuite en avant de la Macronie ?

J’assume vouloir que la France de mes enfants ait quelque chose à voir avec celle de mon enfance, et même avec celle de l’enfance de mes parents et celle de leurs ancêtres avant eux.

Dans sa Lettre aux Français, Emmanuel Macron assure que l’enjeu de cette présidentielle « est de bâtir la France de nos enfants, pas de ressasser la France de notre enfance ». Qu’est-ce que cela dit de son projet ?
À travers cette phrase, Emmanuel Macron se place en candidat de la table rase, retrouvant ses accents jupitériens, se faisant démiurge, croyant qu’il peut tout inventer. C’est une absence d’humilité typique des progressistes… Oui, moi j’assume vouloir que la France de mes enfants ait quelque chose à voir avec celle de mon enfance, et même avec celle de l’enfance de mes parents et celle de leurs ancêtres avant eux.
Il réfute le droit à la continuité du peuple et de la civilisation française qui passe par la transmission.
Je veux parler de la transmission de notre patrimoine immatériel, c’est-à-dire culturel, et matériel. De ce point de vue, il y a une vraie différence avec Éric Zemmour, qui propose, par exemple, des mesures fortes pour faciliter la transmission de l’héritage des parents à leurs enfants.

Que se passerait-il si Emmanuel Macron venait à l’emporter une nouvelle fois sans qu’aucun débat programmatique n’ait lieu ?
Combien de temps avant de voir un nouveau mouvement de rejet type “gilets jaunes” ? Quand on exclut le peuple de la décision, et c’est ce qui se dessine peu à peu avec une forme de grève du vote, on prend alors le risque de l’embrasement.
Contrairement à ce que certains voudraient laisser penser, notamment lorsqu’ils reprochent à Éric Zemmour de cliver là où il ne fait que parler avec clarté, c’est bien le débat politique assumé qui apaise les tensions sociales.

Vous disiez vouloir être dans cette campagne une voix complémentaire à celle d’Éric Zemmour. Est-ce à dire que vous auriez identifié des angles morts dans son programme ?
Quand j’ai cofondé l’Issep, je me suis engagée dans un combat culturel, métapolitique. J’ai toujours été attirée par le monde des idées, la nécessité de renouveler, enrichir, renforcer le corpus idéologique et programmatique de notre camp. C’est ce qui m’anime en premier lieu. C’est aussi à ce niveau que je souhaite apporter des choses auprès d’Éric Zemmour et de son équipe.

Emmanuel Macron, vous le disiez, ne cache pas sa volonté de faire émerger une Europe fédérale. Éric Zemmour ne s’est pas aventuré de son côté à faire de la question européenne un sujet de campagne. Et vous, que préconisez-vous ?
On constate une dérive assez nette ces dernières années d’une Union européenne qui s’empare de compétences qui ne sont pas prévues initialement par les traités. L’Union européenne, c’est d’abord une union économique, un marché commun. Elle n’est pas là pour se prononcer sur les sujets de société, pour être un incubateur des délires progressistes entre femmes voilées et hommes “enceints”. Elle n’est pas là pour expliquer à tel ou tel pays comment il doit organiser sa justice sous peine de sanction financière, pour prendre l’exemple polonais, ou faire des leçons d’État de droit à la Hongrie.
Ce sera l’un des grands chantiers du prochain président de la République que de faire entendre la voix de la France dans le concert européen. Non seulement sur les sujets économiques : pour stopper l’ouverture à la concurrence déloyale extra-européenne, pour faire appliquer la réciprocité sur la base du respect des normes européennes, pour protéger nos secteurs essentiels des OPA hostiles ou de l’extraterritorialité du droit américain, ou encore pour mettre en place un patriotisme économique européen qui priorise les entreprises du continent dans les marchés publics. Mais aussi sur le plan migratoire, en suspendant et en réformant de fond en comble Schengen pour reprendre le contrôle de notre politique migratoire et en refusant que la commission légifère sur les sujets relatifs à l’accueil des étrangers sur les sols nationaux.
Enfin, il y a également un grand sujet sur les carences démocratiques de l’Union. Personnellement, je serais assez favorable à ce qu’un prochain président français pousse à un grand référendum européen sur les institutions. On pourrait imaginer par exemple que la Commission ne soit plus composée de technocrates non élus mais que l’exécutif européen soit l’émanation des exécutifs nationaux, tout comme le Parlement européen pourrait être une émanation des Parlements nationaux. Cela créerait une vraie connexion entre l’échelon national et européen et permettrait de remettre les nations au centre du jeu.

Je suis sûrement plus girondine que ne l’est Éric Zemmour. Si une réforme du millefeuille territorial devait être envisagée, il me semble très important de tendre vers la limitation des compétences partagées.

Vous vous montrez toujours très attachée au principe de subsidiarité. Au fond, n’êtes-vous pas plus la touche girondine d’Éric Zemmour ?
Vous avez raison, je suis sûrement plus girondine que ne l’est Éric Zemmour. Si une réforme du millefeuille territorial devait être envisagée, il me semble très important de tendre vers la limitation des compétences partagées. Une compétence qui relève de plusieurs échelons entraîne une illisibilité de l’action publique pour le citoyen et permet au politique de se défausser de sa responsabilité. Je pense également qu’il faut tendre vers la logique : une compétence, un financement. Dans la mesure du possible, quand un échelon dispose d’une compétence, il doit pouvoir lever l’impôt ou une taxe qui finance sa politique. C’est encore une fois une question de lisibilité pour le citoyen. Cela lui permet de mesurer l’efficacité du service public en le mettant en relation avec ce que cela lui coûte. Il peut ainsi demander des comptes à ses élus sans que celui-ci lui réponde qu’il n’a pas les moyens de sa politique à cause d’un tel ou d’un tel.
Enfin, il faut faire en sorte que les assemblées locales arrêtent de pouvoir s’occuper de tout selon leur bon vouloir. La liste de leurs compétences doit être clairement limitative. Pourquoi certaines régions feraient-elles de l’humanitaire en Afrique, de la diplomatie je ne sais où, ou s’emparent de sujets qui relèvent d’autres échelons ? Ce serait un très bon moyen de limiter le gaspillage d’argent public. Tout en assurant une décentralisation efficace et lisible.

La semaine dernière, des centaines de comptes Twitter de sympathisants d’Éric Zemmour et de Marine Le Pen ont été suspendus par la firme. Les sociétés qui gèrent les réseaux sociaux sont-elles une menace pour nos démocraties et nos libertés ?
Éric Zemmour a plusieurs propositions importantes en matière de souveraineté numérique. Le sujet de la censure des Gafam me paraît fondamental car ils sont en situation de peser de manière considérable sur le débat public. Être censuré ou expulsé d’un de ces réseaux n’est pas comparable à la censure que l’on pourrait connaître sur une chaîne de télévision, où il était toujours possible de se faire inviter par le concurrent. Il y a aujourd’hui une situation de quasi-monopole de Twitter, Face-book ou encore YouTube dans leur secteur. Dans notre comparaison, cela reviendrait à être exclu de TOUTES les chaînes de télévision. C’est un sujet démocratique majeur tout autant que juridique, étant donné que ces firmes agissent dans le monde entier en se référant à leurs conditions d’utilisation et non au droit des États.
Je le dis en connaissance de cause puisque j’ai été moi-même censurée par Facebook, qui a mis en place un “shadow ban”pendant plusieurs mois.

Quelle solution préconisez-vous ?
La première est une piste judiciaire qui n’est probablement pas assez exploitée. En France, la discrimination sur la base des opinions politiques est normalement interdite.
Il y aurait probablement des consignes à faire passer aux procureurs pour que cet outil juridique soit davantage utilisé afin de limiter la tendance des réseaux sociaux à censurer les opinions de façon discrétionnaire sans qu’elles ne violent pourtant la loi du pays.
L’affaire du sénateur Sébastien Meurant, qui a réussi à faire reculer Twitter par la menace d’une plainte, et certains exemples étrangers prouvent que cela fonctionne.
Il y a également la piste explorée par la Pologne de la voie législative : une loi qui interdirait aux réseaux sociaux de supprimer ou bloquer des comptes ou publications qui n’enfreignent pas la loi nationale. Aujourd’hui, trop de libertés sont prises sur la base de règles d’utilisation floues se prêtant à toutes formes d’interprétation.

Je trouve important de laisser davantage de liberté aux écoles privées, pour pouvoir élargir l’offre des méthodes pédagogiques à des enfants qui n’ont pas tous les mêmes besoins.

Éric Zemmour a déjà eu l’occasion de développer son projet sur l’école. Qu’en est-il de vos propositions ?
Éric Zemmour a développé un programme complet sur le sujet vous avez raison. Je suis à 100 % en phase avec ce qu’il propose pour l’école publique. Je partage cet attachement à l’école publique, dont le bon fonctionnement doit être une priorité si nous souhaitons tenir notre rang mondial et relancer l’ascenseur social.
En complément, je trouve important de laisser davantage de liberté aux écoles privées, pour pouvoir élargir l’offre des méthodes pédagogiques à des enfants qui n’ont pas tous les mêmes besoins humains et pédagogiques.

Qu’entendez-vous par là ?
En France, la liberté d’enseignement, à savoir la liberté pour les familles de choisir l’éducation de leurs enfants, est une liberté fondamentale souvent mise à mal.
Selon moi, il faut par exemple mettre fin à une coutume politique en vigueur depuis 1985 selon laquelle les enfants scolarisés dans l’enseignement hors contrat ne devraient pas représenter plus de 20 % des enfants scolarisés. Cette pratique, qui ne repose sur aucune loi, conduit à refuser l’ouverture de nouveaux établissements hors contrat, ou le passage d’établissement sous contrat en établissement hors contrat.
On pourrait aussi imaginer faciliter le développement de ces écoles hors contrat en faisant en sorte qu’elles puissent être éligibles à la taxe d’apprentissage, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Il y a aussi une inégalité entre les enfants du public et du privé. Ils n’ont pas le droit aux réductions des cartes de transport, ni aux bourses d’État, ni à l’accès aux équipements de loisir communaux qui sont pourtant financés par les impôts de tous. Ils ne peuvent pas non plus se présenter à certains concours généraux. Il faut mettre fin à toute discrimination entre les enfants du public et du privé.

C’est encore plus frappant pour des parents d’enfant handicapé qui voudraient scolariser leur enfant dans le privé hors contrat…
Vous avez raison. Quand l’État prend intégralement à sa charge dans le public les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), c’est aux parents de financer intégralement l’AESH si leur enfant est scolarisé dans le privé. C’est d’autant plus injuste que tout le monde sait que les capacités d’accueil pour les enfants handicapés se heurtent à de nombreux obstacles dans l’école publique. La République ne doit pas faire de distinction entre les enfants, quels qu’ils soient, surtout quand cela touche au handicap.

Le personnel politique est mûr pour sortir de ses vieilles habitudes, parce que la crise est tellement saillante et que les enjeux sont tellement importants que cette urgence civilisationnelle est ressentie par tout le monde.

Ne prenez-vous pas le risque de nourrir un communautarisme scolaire ?
Disons-le clairement : 100 % des terroristes islamistes qui ont frappé en France viennent de l’école publique. Le problème de la radicalisation et de l’islamisme n’est malheureusement pas évité par le passage par l’école publique, tant s’en faut. Qui dit école privée ne veut pas nécessairement dire école confessionnelle. Prenez le cas des écoles comme Espérance Banlieues. Ce sont des écoles qui favorisent l’excellence pédagogique, l’assimilation et l’amour de la France dans des territoires défavorisés.
Les écoles coraniques sont le plus souvent des associations classiques et non des écoles hors contrat. Rien n’empêche un parent de scolariser son enfant dans le public et de l’envoyer le week-end dans une madrasa pour suivre des cours d’arabe ou de récitation du Coran.
Il est évident que l’État doit dans tous les cas opérer un contrôle pour surveiller que les établissements ne dispensent pas des cours ou ne diffusent pas des idées qui tomberaient sous le coup de la loi, avec par exemple de la discrimination ou l’appel à la haine. C’est la responsabilité de l’État de s’assurer qu’il n’y ait pas de tels propos ou de telles incitations, quel que soit le statut de l’établissement d’ailleurs. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas. Mais franchement, alors que l’État lui-même s’appuie sur des associations, qui relaient l’idéologie des Frères musulmans par exemple, je pense qu’il y a ici beaucoup d’hypocrisie et que certains prennent le prétexte de l’islamisme pour continuer une vieille guerre scolaire.
Encore une fois, les parents doivent être libres. C’est pourquoi je suis pour que l’on revienne sur les dispositions prises sur la quasi-interdiction de l’école à la maison. De nouveau, à quel titre ? Si des parents considèrent que leurs enfants ont besoin de suivre un enseignement à la maison parce qu’ils sont inadaptés au système scolaire, je ne vois pas à quel titre on leur refuserait ce droit.
Une fois de plus, si la crainte est le risque sectaire, cela est déjà envisagé et protégé par la loi. Il y aura toujours des inconvénients à la liberté, mais je pense que la liberté, surtout dans l’éducation, sera toujours préférable aux bénéfices attendus par sa limitation.

La non-qualification de Valérie Pécresse pourrait-elle accélérer la recomposition de la droite ?
Oui. Il s’agirait d’une nouvelle étape dans la clarification, et surtout cela délierait un certain nombre de responsables politiques de leurs engagements.
Cela permettrait ainsi que les élus patriotes des Républicains comprennent que le choix est simple : le progressisme postnational avec Emmanuel Macron ou la reconquête de la France avec Éric Zemmour, et qu’il n’y a pas d’autres alternatives efficaces pour pouvoir changer la donne en France.

Avez-vous une forme d’espoir pour votre pays ?
On est à un moment politique de cristallisation qui est très compliqué, mais la France est mûre pour sortir des vieux schémas politiques et pour accueillir des personnalités détonantes comme Éric Zemmour. Son émergence politique fulgurante, dans le temps comme dans la forme, est en soi un motif d’espérance.
Je crois aussi que le personnel politique est mûr pour sortir de ses vieilles habitudes, parce que la crise est tellement saillante et que les enjeux sont tellement importants que cette urgence civilisationnelle est ressentie par tout le monde. Lorsque j’ai quitté la vie politique il y a cinq ans, je suis partie avec une forme de découragement. J’avais le sentiment que malgré de bonnes performances électorales, la défaite était chaque fois inéluctable, que le paysage politique restait désespérément figé, quel que soit le résultat du premier tour, que la recomposition chaque fois espérée n’arrivait jamais. Aujourd’hui, je crois de nouveau la victoire possible.

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