«Autonomie de la Corse, fébrilité d’État»

L’éditorial du Figaro:

Par Vincent Trémolet de Villers

16 mars 2022

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Par Vincent Trémolet de Villers, directeur adjoint de la rédaction.

Autonomie! Le mot a été lâché. En des temps sereins, à tête reposée, il ne serait pas illégitime de poser la question. Les Corses sont majoritairement pour, et la perspective, pour être périlleuse, n’est pas forcément une impasse. Mais enfin! Pourquoi cette annonce après une telle succession de défaillances? Reprenons: dans une prison française, un djihadiste a voulu tuer, à mains nues, pendant huit minutes un détenu qui avait «blasphémé». Yvan Colonna, condamné pour l’assassinat du préfet Érignac, est entre la vie et la mort.

Cela faisait des années qu’il demandait à être rapatrié dans une prison en Corse. Demande rejetée, jusqu’à ce que Jean Castex, après le drame, l’accorde. Depuis, la Corse s’embrase, les cocktails Molotov volent dans le ciel de Bastia, Colonna devient le symbole de la défiance insulaire vis-à-vis de Paris. L’institution judiciaire est parvenue à transformer un assassin en martyr, bientôt en héros: on attend la cascade de démissions… C’est ce moment délétère qu’a choisi Emmanuel Macron, à trois semaines d’une élection présidentielle, pour aborder une question institutionnelle aux conséquences vertigineuses.

La Corse révèle les maux qui minent la puissance publique

Cette fois, la grandiloquence qui accompagne habituellement la faiblesse de l’État ne parviendra pas à dissimuler sa très grande fébrilité. La Corse, comme souvent dans son histoire, est le révélateur de maux qui minent depuis des décennies la puissance publique. Des technocrates incapables de comprendre les attachements viscéraux qui, sur l’île de Beauté plus encore qu’ailleurs, façonnent l’être humain ; la jurisprudence Notre-Dame-des-Landes qui entraîne le pouvoir à céder face à la violence ; le mépris, à peine dissimulé, pour toute province un peu éloignée de Paris ; l’ignorance de l’Histoire, qui nous enseigne que, quand la France est forte, la Corse est fière de son appartenance nationale ; la légèreté, enfin, qui autorise à proposer le bouleversement de l’intégrité du territoire entre deux promesses de campagne. Le «bon débarras» que l’on entend, mezza voce, chez ceux qui confondent la Corse et sa caricature couronne cette défaite de la volonté. Si la Corse dérive, c’est que la France se disloque.

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