Ivan Rioufol: «La France volcanique, sujet accessoire»

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Par Ivan Rioufol. LE FIGARO, 17 mars 2022

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CHRONIQUE – La Corse s’enflamme, la nation se déglingue. Mais les «élites» n’ont d’yeux que pour l’Ukraine.

L’alerte de Jacques Chirac est restée fameuse: «Notre maison brûle et nous regardons ailleurs.» Le chef de l’État s’exprimait au Sommet de la Terre, en 2002, à propos du réchauffement climatique. Depuis, ce thème sert de prétexte, chez nos rois fainéants, pour évacuer les urgentes questions nationales. La France est volcanique, mais les «élites» n’ont d’yeux que pour l’Ukraine. La Corse s’enflamme, la nation se déglingue, des citoyens se vivent comme étrangers chez eux. Pourtant, Emmanuel Macron persiste à survoler ces péripéties vulgaires. Il y a une semaine, c’est à Versailles qu’il a voulu relancer, à l’occasion d’un sommet des vingt-sept pays de l’UE, son projet d’Europe souveraine. Cependant, ce lieu royal reste la malédiction des puissants quand ils y viennent pour se protéger du peuple. Le Sommet a accouché d’une souris: l’Europe continuera à acheter le gaz et le pétrole russes qui financent la guerre de Poutine.

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Où est passé le Macron du 4 octobre 2016 qui dénonçait, à Strasbourg, la «démocratie confisquée» et «un entre-soi de la vie politique»? Le futur président promettait de réconcilier les Français avec la politique et de corriger «le sentiment de n’être pas justement représenté». La société civile était appelée, disait-il, à devenir le nouvel acteur devant révolutionner un système ankylosé. Superbe! Toutefois, à l’issue de son quinquennat, que voit-on? Un monarque esseulé, capricieux, narcissique et bavard. Jamais la démocratie française n’a été tant maltraitée. Elle a été abîmée par le constant mépris présidentiel porté à «ceux qui ne sont rien» et à l’inquiétude populaire réduite à une «lèpre qui monte». Les contre-pouvoirs se sont rangés, sous l’effet d’une solidarité de caste, à la volonté de l’habile hypnotiseur. Sa constance pour la construction d’une Europe supranationale a révélé son inefficacité.

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La fabrique du consensus, appuyée par les sondeurs, estime acquise la victoire du président sortant. Parce qu’on ne change pas de monture au milieu du gué, la guerre entre la Russie et l’Ukraine imposerait une reconduite de Macron comme une évidence. Le chef de l’État est resté, en effet, un interlocuteur de Poutine. Il n’a su, pour autant, se tenir à une nécessaire neutralité diplomatique. Les négociations qui ont été relancées lundi entre les deux parties n’ont apparemment pas eu besoin de son intermédiaire. C’est à des interlocuteurs britanniques que Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, a admis mardi s’ouvrir à un compromis: «Il faut reconnaître que l’Ukraine ne pourra pas intégrer l’Otan.» Le drame que subit ce pays doit-il faire renoncer les Français à juger Macron sur son bilan? Lundi soir, c’est un faux débat qui a réuni sur TF1 une partie des candidats, contraints à des monologues. Jeudi, le président a néanmoins tenu une conférence de presse.

Voici plus de deux ans que le discours officiel, repris par le panurgisme médiatique, répète: «Il n’y a pas d’alternative.» La politique sanitaire, centralisée et uniformisée, s’est imposée en terrorisant l’opinion sur une épidémie en réalité peu létale. Depuis, la guerre et son manichéisme ont remplacé le Covid dans les esprits. Une même pensée unique a repris place pour consolider une commode unité nationale autour du président. Macron doit être encouragé dans son rôle intérimaire de président de l’UE. Il n’est pas obligé, pour autant, de se mettre régulièrement en scène sur les réseaux sociaux, en se présentant en combattant pas rasé, vêtu comme lundi d’un sweat-shirt des commandos parachutistes. La guerre des images est un artifice pour esquiver les contradicteurs. Le chef de l’État promet, s’il est réélu, le «débat permanent». Mais c’est maintenant qu’il doit avoir lieu!

Autorité de façade

L’État feint une autorité qu’il n’a plus. Confronté à l’insurrection de la jeunesse corse, c’est par la capitulation que le gouvernement a choisi une nouvelle fois de répondre. Il avait déjà reculé devant les violences des zadistes de Notre-Dame-des-Landes, opposés à un aéroport approuvé par référendum local. Il avait reculé devant les «gilets jaunes». Mercredi, le ministre de l’Intérieur a annoncé être «prêt à aller jusqu’à l’autonomie» de l’île, en dépit de la république «une et indivisible».

En réalité, les émeutes de Bastia et d’Ajaccio, suscitées par l’agression d’Yvan Colonna par un islamiste dans sa prison d’Arles, sont les symptômes extrêmes d’une société oubliée, en rupture avec l’étouffant étatisme jacobin. Colonna a été co-condamné pour l’assassinat du préfet de Corse, Claude Érignac, le 6 février 1998. Reste qu’un État qui se dit protecteur se doit d’assurer aussi la sécurité d’un détenu sous haute surveillance. Or Colonna a été étranglé le 2 mars (il est encore dans le coma) par un prisonnier djihadiste camerounais qui avait, lui, un statut d’auxiliaire d’entretien dans la prison. Cette mansuétude de l’administration pénitentiaire pour un fanatique de la guerre sainte est à l’image d’un pouvoir qui ne sait plus se garder de ses ennemis dès lors qu’ils sont issus de la diversité.

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Le chaudron corse rappelle, avec ses revendications nationalistes et identitaires, le désintérêt des «élites» mondialistes pour les états d’âme existentiels. Le camp de la Raison croit pouvoir gérer la France avec des experts et des technocrates. Or ce n’est pas respecter les Français que de les déresponsabiliser en achetant leurs ressentiments. La première mesure annoncée par le candidat Macron a été la suppression de la redevance télé. Cette annonce a été suivie par une baisse de 15 centimes par litre d’essence, qui interviendra dix jours avant le premier tour.

Mardi, le point d’indice des fonctionnaires a été débloqué afin de permettre des augmentations de salaires. Mercredi, une série d’aides aux entreprises a été promise. Le gouvernement a, en outre, levé en début de semaine l’obligation de porter le masque dans des lieux clos (sauf les transports). Le passe vaccinal a été «suspendu». Une réforme des retraites abandonnant le contesté système à points a été annoncée. Le «plan de résilience» de Macron, avatar du «quoi qu’il en coûte», s’annonce comme le moyen de dépolitiser les débats grâce à l’argent magique, en jurant ne pas tomber dans l’électoralisme. Oui, les Français sont pris pour des sots.

France désarmée

Et ceci: le sénateur Christian Cambon (LR) a estimé, mardi, que l’armée française n’avait une autonomie de munitions que de quatre jours au maximum. La France est désarmée. Vite! Regardons ailleurs…

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