Sahara : ce que signifie le ralliement espagnol à la position marocaine

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ANALYSE. La décision de l’Espagne rebat les cartes et rallie le mouvement de reconnaissance enclenché par les États-Unis en décembre 2020. Au risque de froisser Alger.

Le revirement spectaculaire de l'Espagne sur le dossier du Sahara, acte par le president du gouvernement Pedro Sanchez, est une victoire diplomatique marocaine qui prefigure une reconfiguration geopolitique et geoeconomique au sud de la Mediterranee qui sera observee de pres par les rois Felipe VI et Mohammed VI.
Le revirement spectaculaire de l’Espagne sur le dossier du Sahara, acté par le président du gouvernement Pedro Sanchez, est une victoire diplomatique marocaine qui préfigure une reconfiguration géopolitique et géoéconomique au sud de la Méditerranée qui sera observée de près par les rois Felipe VI et Mohammed VI. © DR

Par notre correspondante à Rabat, Yasmine Tijani.

Publié le 20/03/2022 LE POINT

Il est 16 heures lorsqu’un communiqué du cabinet royal marocain crée la surprise ce vendredi 18 mars. « L’Espagne considère l’initiative marocaine d’autonomie, présentée en 2007, comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différend », affirme le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez. Dans un message adressé au roi Mohammed VI, il annonce ainsi non seulement la fin de la crise diplomatique et le rétablissement complet des relations entre les pays, mais également son soutien à l’intégrité territoriale du Maroc. Et de poursuivre : « Les deux pays sont unis inextricablement par des affections, une histoire, une géographie, des intérêts et une amitié partagée. »

C’est désormais acté. Les propos de Pedro Sanchez confirment l’évolution de la position espagnole sur le dossier du Sahara, principale pomme de discorde en Afrique du Nord entre le Maroc et l’Algérie. Ce message adressé au souverain chérifien ne sera pas sans conséquence sur la configuration géopolitique et géoéconomique de la région. Rabat vient de réussir un coup diplomatique d’envergure en ralliant à sa cause l’ancien colonisateur espagnol, un an après la reconnaissance américaine de la « marocanité » du Sahara occidental.

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Reconfiguration géopolitique et géoéconomique au sud de la Méditerranée

Derrière un communiqué par lequel la présidence du gouvernement espagnol a annoncé son engagement à « garantir la souveraineté et l’intégrité territoriale du Maroc », que promet l’Espagne au royaume chérifien ? « Respect mutuel, application des accords, absence d’actions unilatérales, transparence et communication permanente », a assuré l’exécutif espagnol. Cette alliance va se traduire aussi par l’élaboration d’une feuille de route « claire et ambitieuse ».

Si la lettre qu’a adressée le président du gouvernement espagnol au roi du Maroc témoigne de la place qu’occupe le royaume chérifien dans la région, sa visite, qui sera programmée ultérieurement, ainsi que celle du chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares, prévue pour la fin du mois en cours, inaugurent également un nouveau cycle dans les relations triangulaires entre le Maroc, l’Espagne et l’Europe.

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Une étape que Madrid et Rabat aborderont avec « détermination de relever ensemble tous les défis communs », selon le chef de la diplomatie espagnole, lors d’une conférence de presse à Barcelone. Et de rappeler que ce pas entrepris par Madrid a été précédé par l’envoi de plusieurs signaux positifs à l’égard de Rabat.

En effet, les responsables espagnols se sont succédé ces derniers temps pour tenter de déjouer la crise. Le 17 janvier dernier, le roi Felipe VI a lui-même exprimé son souhait de redéfinir la relation avec le Maroc sur des « piliers plus solides ». Le poids de ces déclarations annonce d’ores et déjà une reconfiguration géopolitique et géoéconomique de la région en faveur d’un rapprochement entre le Maroc et ses partenaires européens.

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Renforcer la relation étroite entre le Maroc et l’Espagne

Pour l’Espagne, les enjeux sont énormes. Le Maroc est non seulement son premier partenaire commercial africain et son troisième partenaire économique en dehors de l’UE, mais aussi il est le partenaire privilégié sur plusieurs dossiers, comme la lutte contre le terrorisme, la gestion des flux migratoires et la lutte contre le crime organisé.

Chiffres à l’appui. Ce partenariat porte sur 16 milliards d’euros d’échanges commerciaux et concerne 17 000 entreprises espagnoles, dont 700 établies sur le territoire marocain. Par ailleurs, entre 2020 et 2021, les exportations espagnoles vers le Maroc ont augmenté de 29 %. Sur un autre plan, au-delà de la dimension économique, ce ne sont pas moins de 800 000 Marocains qui vivent en Espagne.

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Satisfecit de Rabat, colère d’Alger

Côté marocain, la nouvelle position de l’Espagne et ses engagements constructifs sont « hautement appréciés » par la diplomatie marocaine. « Les termes de ce message permettent d’envisager une feuille de route claire et ambitieuse afin d’inscrire, durablement, le partenariat bilatéral dans le cadre des bases et des paramètres nouveaux, soulignés dans le discours royal du 20 août dernier », indique le communiqué des Affaires étrangères marocaines. Et de rappeler l’appel du roi Mohammed VI l’été dernier à inaugurer « une étape inédite » dans les relations entre les deux royaumes, « fondée sur la confiance, la transparence, la considération mutuelle et le respect des engagements ». À travers ce discours, le souverain souhaitait ainsi repartir sur de nouvelles bases, s’exprimant pour la première fois à ce sujet, quelques mois après le déclenchement de la crise bilatérale avec l’Espagne, née le 18 avril dernier, à la suite de l’hospitalisation en catimini de Brahim Ghali, chef du Polisario.

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Du côté des Algériens, la réaction ne s’est pas fait attendre après l’alignement espagnol sur la position marocaine. Samedi 19 mars, Alger rappelait son ambassadeur à Madrid, signifiant ainsi son courroux à l’encontre de l’Espagne. Bien qu’officiellement l’Algérie se défende d’être partie prenante dans le conflit sahraoui, le rappel de son ambassadeur, vu de Rabat, confirme la position soutenue depuis toujours par le royaume chérifien, à savoir qu’Alger doit prendre part aux négociations directes pour résoudre le différend.

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