Présidentielle 2022: à Montpellier, les infranchissables frontières du communautarisme

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Par Angélique Négroni. LE FIGARO

Publié il y a 3 heures, mis à jour il y a 3 heures

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VOIX DE FRANCE (3/6) – Séparatisme, délinquance, drogue, insécurité… Malgré l’effort collectif et concerté des élus locaux avec les représentants de l’État, redresser la barre de ce quartier, pour redonner aux habitants les gages perdus du pacte républicain, relève de la gageure.

À trois semaines de l’élection présidentielle, «Le Figaro» est allé à la rencontre des Français dans leurs régions: ils nous parlent de politique, de vie quotidienne, de l’Ukraine, de leurs espoirs pour la France et des désillusions qui façonneront leur choix dans l’isoloir.

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«Quand les habitants quittent le quartier de la Mosson pour aller dans le centre-ville de Montpellier, ils disent qu’ils vont en France!», raconte Guillemette Saillour, à la tête d’une association de la commune. Une remarque qui en dit long sur l’évolution de la Mosson, ce territoire populaire au nord-est de l’agglomération montpelliéraine. Mosquées, salles de prières, commerces communautaires, immeubles défraîchis… c’est le cadre de vie des 20.000 habitants qui y résident. Une ville dans la ville qui concentre des taux de chômage et de pauvreté particulièrement élevés. Une enclave également dominée par une population d’origine marocaine et par une religion omniprésente. Port du voile et fréquentation de la mosquée y sont de rigueur, pour ne pas dire obligatoires. «Les filles qui ne mettent pas le foulard se font saquer», relate Ameur Bellouati, qui a vécu dans le quartier avant de le quitter il y a deux ans. Et c’est presque une quasi-milice qui désormais monte la garde. «Des personnes passent dans les appartements pour faire du prosélytisme et demander des comptes: pourquoi tu as retiré ton foulard? Ou encore, pourquoi tu ne fréquentes pas la mosquée?», rapporte Thierry Mathieu, le directeur de la caisse d’allocations familiales (CAF) de l’Hérault. Au cœur des immeubles, l’organisme anime depuis des années un centre social. Une véritable ruche accueillant halte-garderie, associations et animateurs: autant de mains tendues vers le quartier pour l’aider à s’extraire du repli communautaire.

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Située tout au bout de la ligne 1 du tramway, la Mosson, que toute la ville appelle encore par son ancien nom, «la Paillade», est vite repérable. Plantée comme un étendard au milieu d’un parterre d’immeubles, la tour d’Assas, la plus haute de la région, jette vers le ciel ses 22 étages. Une sorte de tour Eiffel de la cité, symbole d’une réussite avant d’être celui d’un échec. «Dans les années 1970, cette tour, c’était le luxe. On achetait des appartements avec vue sur la mer au dernier étage», se souvient Christiane, ancienne enseignante. C’était aussi l’époque où elle recensait vingt-deux nationalités dans ses classes. Puis la tour s’est dégradée, les classes moyennes ont fui, les Marocains présents se sont empressés de faire venir leurs familles du sud du pays, autour de Ouarzazate. Désormais quasiment inoccupée, territoire des dealers et des règlements de comptes, elle va être détruite. «En 2024», promet le maire socialiste Michaël Delafosse, décidé à mener à bien un vaste programme de rénovation urbaine pour ouvrir le territoire au reste de la ville. En parallèle, le préfet de l’Hérault, Hugues Moutouh, dont la réputation de «préfet bulldozer» a précédé l’installation en juillet dernier, compte agir sur tous les fronts. Débusquer «ces associations qui, sous couvert d’enseigner l’arabe, sont des mouvements fondamentalistes quasi sectaires coupant les jeunes d’une vie sociale», martèle-t-il.

Des associations, sous couvert d’enseigner l’arabe, sont des mouvements fondamentalistes quasi sectaires coupant les jeunes d’une vie socialeHugues Moutouh, préfet de l’Hérault

Combattre la drogue est aussi une priorité. Or, même si les procédures judiciaires liées au trafic ont littéralement explosé, avec un bond de 104 %, les points de deal, innombrables, restent bien visibles. À l’instar de ceux positionnés aux abords de la tour d’Assas, également célèbre pour avoir servi de décor aux messages présidentiels. En avril dernier, Emmanuel Macron avait choisi le lieu pour une séquence communication sur la sécurité, assortie d’une annonce: cinquante policiers supplémentaires pour Montpellier. Au syndicat de police nationale Alliance, alors que vingt fonctionnaires sont arrivés, «on attend avec impatience l’arrivée des trente autres», souligne son secrétaire régional Occitanie, Philippe Lavenu. Pour Ameur Bellouati, il faut frapper fort. «Regardez, la drogue se vend partout, même à deux pas du poste de police installé dans le quartier», se désole-t-il, avant de décerner ses mauvais points à tous. «Sarkozy, Hollande et Macron n’ont rien fait pour nos quartiers. Ici, c’est pire qu’avant.» Pourtant, il donnera sa voix à Macron. «Avec la crise sanitaire, il n’a pas eu le temps de tout faire sur la sécurité. Je lui accorde une deuxième chance.» Issu de la communauté gitane, largement minoritaire à la Mosson, Benoît Marcou veut quant à lui tourner la page Macron. «C’est le président des riches, pas celui des HLM. Zemmour, lui, défend les laissés pour compte, et je voterai pour lui», tranche cet autoentrepreneur.

Autre décor et autres difficultés

Cette même ligne 1 du tram qui nous plonge au cœur de «la Paillade» nous amène aussi directement dans le cœur historique de Montpellier: l’Écusson. Autre décor et autres difficultés. Les places, les ruelles, si belles et si vivantes avec cette vie estudiantine qui s’y prélasse, n’échappent pas à cette tendance générale: voir une délinquance s’enkyster dans des centres-villes, même les plus paisibles. La septième ville de France vit pourtant depuis longtemps dans la tourmente. Sous le soleil méditerranéen, sa douceur de vivre aimante les marginaux, les routards au cuir tanné qui déambulent bière à la main, sac au dos et molosse aux pieds. Avec la complaisance souvent dénoncée des anciennes municipalités, la ville a eu son lot de débordements provoqués par ces bandes squattant l’espace public et générant une réelle insécurité. Des étrangers occupent aussi les trottoirs. Malgré une obligation de quitter le territoire français (OQTF), ils restent dans les rues. «Parce que leurs pays d’origine n’en veulent pas», rapporte-t-on à la mairie, en poursuivant: «Alors, on ne peut pas les expulser.» Devenue le lieu de rendez-vous de tous ces individus en errance, la place de la Comédie, cœur névralgique de la ville, était même devenue dramatique, désertée par les habitants et redoutée par les touristes. À cela se sont ajoutés les mineurs non accompagnés (MNA) qui, provenant du Maghreb pour l’essentiel, jusqu’au nombre de 800 dans la ville, ont parfois semé le chaos. Drogués au Rivotril, ces nuées de gamins de la rue – souvent identifiés comme faux mineurs mais vrais voleurs – ont opéré des razzias sur les passants, dans des ruelles devenues de véritables coupe-gorge.

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Épaulé par le préfet, décidé à nettoyer la ville et à vider «sans état d’âme les squats, ces points de fixation de la délinquance», mais aussi par un procureur de la République, Fabrice Belargent, qui ne lésine pas sur les moyens pour faire reculer l’inquiétante montée des attaques à l’arme blanche, Michaël Delafosse s’en prend «sans faiblir», dit-il, à toutes les dérives. «La lutte contre l’insécurité, j’en avais fait un engagement fort de ma campagne», rappelle ce maire socialiste qui a pris les rênes de la ville en 2020. Clairement, il tourne le dos à cette gauche qui refuse de s’occuper de sécurité en estimant que c’est l’affaire de l’État. «Ce doit être une coproduction associant police municipale et police nationale», insiste-t-il après avoir injecté des moyens et pris des dispositions avec l’appui de la préfecture. Parmi elles, l’exfiltration d’une partie des MNA du centre-ville qui, livrés à eux-mêmes, logeaient dans des hôtels. Ils sont aujourd’hui regroupés dans un centre au nord de la ville. Bilan: de nombreux chiffres passent au vert. La délinquance de voie publique, notamment, a dégringolé de 28 % entre 2019 et 2021.

L’ombre d’Hidalgo

Revers de la médaille: en s’impliquant avec conviction dans ces missions régaliennes, l’édile est tenu pour responsable de la protection de sa ville, bien plus qu’Emmanuel Macron, dont le bilan en matière de sécurité est pourtant un vrai point noir du quinquennat. 62 % des Français jugent en effet son action mauvaise dans ce domaine. Un résultat accablant, relevé dans un sondage du Figaro le 6 février dernier, mais qui n’a pas prise sur le chef de l’État. Michaël Delafosse, lui, semble être devenu le gilet pare-balles du président de la République dans cette ville traditionnellement de gauche: il écope de toutes les critiques. «C’est lui le responsable de sa ville. Il est le garant de la sécurité de sa population et c’est à lui de taper du poing sur la table. Puisqu’il semble avoir ses entrées au gouvernement, qu’il en profite pour se faire entendre et pour obtenir plus de moyens», tempête Mounir Letaïef, président de l’association des commerçants du quartier Gambetta. Un secteur où sévissent trafics de drogue et contrebande de cigarettes.

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Sans hésiter, ce dernier votera Macron, tout comme Mia Yamanil, à la tête d’une pétition contre la politique de déplacements dans la ville, générant, selon elle, de l’insécurité. Elle aussi décoche ses flèches contre l’élu local. «Il ferme des rues pour nous obliger à abandonner la voiture et prendre le tram, qui est un vrai coupe-gorge, dénonce-t-elle. Or, ces rues sans circulation deviennent les nouvelles adresses des dealers et des marginaux.» Dans cette guerre contre la voiture, l’ombre de la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, candidate à la présidentielle, plane sur la ville. Pour beaucoup, elle est un exemple à ne pas suivre… Mia Yamanil ne l’évoque d’ailleurs même pas dans ses réflexions sur la présidentielle. Elle s’attarde tout de même un peu sur la candidature de Valérie Pécresse. Pour dire qu’elle est «trop parisienne» et «trop déconnectée du reste du pays». Enfin, c’est décidé: pour elle, ce sera Macron. Même si en matière de sécurité, dit-elle, «tout va à vau-l’eau dans le pays. La police doit être plus nombreuse et mieux estimée. Il faut aussi un travail de fond dans les écoles pour faire respecter nos institutions».

Malgré tout, pour elle et pour bien d’autres, Macron ne peut être sanctionné. Son bilan économique, jugé positif, le sauve. «Durant la crise sanitaire, il a soutenu l’économie et préservé des milliers d’emplois. On peut lui adresser bien des reproches, mais il s’en est bien sorti et il a été à la hauteur de la situation», estime Odette Daudé, présidente des commerçants du centre-ville de l’Écusson. Et si sa boutique est moins fréquentée à cause d’une insécurité persistante faisant fuir la clientèle, comme elle le répète, elle se garde pourtant bien de tirer à boulets rouges sur qui que ce soit: «Notre maire hérite de quarante ans d’inaction. Il ne peut redresser la situation en deux ans.» 

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