En riposte aux sanctions, Moscou prend en otage les multinationales sur son sol

Par LE FIGARO. 1er avril 2022

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Le constructeur automobile français Renault a annoncé mercredi l'arrêt de son usine de Moscou (ci-dessus).
Le constructeur automobile français Renault a annoncé mercredi l’arrêt de son usine de Moscou (ci-dessus). KEYSTONE

VU D’AILLEURS – Les groupes fuyant la Russie craignent la saisie de leurs usines. Aucune politique de nationalisation n’est actée, tempère un expert.

Par Pierre-Alexandre Sallier (La Tribune de Genève)

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On parlera d’un avertissement à destination d’un pays hostile – la Suisse. La semaine dernière, la saisie pour «plusieurs millions» de montres chez Audemars Piguet à Moscou est intervenue alors que Berne s’apprêtait à reprendre à son compte les sanctions européennes interdisant d’envoyer des articles de luxe en Russie.

Les agences internationales de leasing aéronautique – à qui il avait été demandé de rapatrier près d’un demi-millier d’appareils loués aux compagnies aériennes russes – ont essuyé une riposte similaire. Désormais, une loi autorise Aeroflot et ses homologues à réimmatriculer leurs Boeing loués à l’étranger. Afin de les garder en Russie.

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Le message envoyé vaut pour toutes les multinationales encore dans le pays. Vous nous quittez? Dans ce cas, merci d’oublier ce que vous laissez derrière vous. Selon un décompte de l’université américaine de Yale, 450 grands groupes ont annoncé leur retrait total de Russie.

«Autant de mesures de réciprocité décidées alors que l’Occident avait déjà saisi pour quelque 300 milliards de biens russes et que, en Suisse, les fermetures de comptes par des banques comme UBS placent des entreprises comme Aeroflot, Litasco ou Gazprom dans l’incapacité de payer leurs fournisseurs», rétorque Guy Mettan, président de la Chambre de commerce Suisse-Russie.

Auchan s’explique

«À l’heure actuelle, la Russie ne dispose pas de base légale formelle autorisant la confiscation des actifs de sociétés ou ressortissants issus de pays hostiles (ndlr: dont la Suisse)», tempère cependant Dimitri Lavrov, avocat associé au sein du cabinet NexLaw à Genève.

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Mais le souvenir de ce XXe siècle apocalyptique – auquel le pouvoir russe ne cesse de faire référence – a de quoi rendre méfiant tout grand patron traitant avec Moscou. Qu’il ferme tout ou qu’il reste en Russie, sous la vindicte du gouvernement assiégé de Kiev, la menace est déjà intégrée dans son état-major.

Partir serait «considéré comme une faillite préméditée, donnant lieu à des expropriations» et reviendrait à «faire cadeau de l’entreprise» au régime russe, a ainsi tenté d’expliquer jeudi, dans «La Voix du Nord», le responsable de structure familiale à la tête des enseignes françaises Auchan, Leroy Merlin et Decathlon.

Employant 1800 personnes dans le pays, Heineken n’a pas dit autre chose, lundi, en annonçant que son départ complet ne serait effectif que lorsqu’un repreneur aurait été trouvé pour ses activités. Et ce «afin de minimiser le risque de nationalisation».

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Cette retraite de Russie du brasseur néerlandais intervient après qu’il a successivement annoncé l’arrêt de tout nouvel investissement, puis renoncé à ses exportations vers le pays, à ses campagnes publicitaires locales et aux profits générés en Russie.

En clair, les mesures qui ont été prises jusqu’à présent par Nestlé. Interrogée à maintes reprises sur les raisons de son maintien, la multinationale de Vevey n’a jamais évoqué la crainte d’une nationalisation. Servant avant tout la population russe, ses six usines apparaissent pourtant tout aussi stratégiques que les chaînes de montage AvtoVAZ à l’arrêt – faute de composants importés – laissées derrière lui par Renault la semaine dernière.

Arme de dernier recours

À Moscou, cette question des expropriations n’est pas tranchée. «Le 7 mars, le parti majoritaire Russie Unie (ndlr: soutenant le président Poutine) a déposé une proposition de loi – soutenue par la Commission législative – prévoyant la nationalisation des actifs de sociétés étrangères ayant décidé de quitter la Russie, mais ce n’est pas allé plus loin pour l’instant», explique le spécialiste de la clientèle russe.

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«La Commission législative a également proposé une alternative – toute société détenue à 25% au moins par un individu ou une entité d’un pays hostile décidant d’arrêter ses activités en Russie pourrait se voir placée sous administration étatique», poursuit ce fin connaisseur des sanctions dans le domaine bancaire.

En cas de retour, la mesure serait levée. Alors qu’en cas de refus de cette mise sous tutelle, la société s’exposerait à la vente aux enchères forcée de ses parts. «Mais il n’y a eu, à ma connaissance, aucun débat sur cette option à ce stade au niveau parlementaire», pointe Dimitri Lavrov.


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