Guerre en Ukraine : le décalage entre les promesses de la Russie et ses actes de guerre

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Bombardements, opérations à l’Est, réduction de l’activité militaire… Engagée dans des pourparlers de paix avec l’Ukraine, la Russie semble très éloignée des engagements qu’elle dit vouloir respecter.

A Donetsk : les séquelles invisibles de la guerre en Ukraine.

Publié le 31/03/2022 L’EXPRESS

Depuis la Turquie, le vice-ministre russe de la Défense, Alexandre Fomine, visage jusque-là dans l’ombre, prend la lumière. Mardi 29 mars, à l’issue des négociations entre les délégations ukrainienne et russe, son allocution doit être un tournant. Plus d’un mois après l’invasion de l’armée russe en Ukraine, « il a été décidé, pour accroître la confiance, de réduire radicalement l’activité militaire en direction de Kiev et Tcherniguiv », détaille-t-il. L’engagement conforte les chancelleries européennes, notamment allemandes et françaises de s’être appliquées à maintenir et soigner, depuis plusieurs semaines, le dialogue avec le pays dirigé par Vladimir Poutine. Certains pays entrevoient une possible désescalade.  

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Pour parvenir à une telle avancée, l’Ukraine est prête à accepter des engagements signifiants. Le pays dirigé par le président Zelensky pourrait devenir militairement neutre s’il obtient un accord international lui assurant des garants de sa sécurité. Il a également été décidé d’inscrire dans le marbre l’impossibilité d’accueillir des bases militaires étrangères et d’adopter un statut « non nucléaire ». Une série d’engagements devant placer les deux nations sur le chemin de la paix. Pourtant, quarante-huit heures après l’annonce de Moscou, la Russie semble ne pas respecter ce sur quoi elle s’est engagée. De là à parler de « double jeu » ?  

Méfiance ukrainienne

Volodymyr Zelensky se montre quoi qu’il en soit soupçonneux. « Nous ne croyons personne, pas une seule belle phrase », a prévenu ce jeudi matin le dirigeant ukrainien. Le porte-parole du ministère ukrainien de la Défense, Oleksandre Motuzyanyk, avait pointé mercredi une configuration, sur le terrain, encore très loin de la promesse adressée la veille. Si les autorités ukrainiennes soulignent le départ de quelques unités de Kiev et de Tcherniguiv, elles déplorent l’absence « de retrait massif de troupes russes de ces zones », contrairement à la déclaration de la veille. 

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Du côté de Tchernobyl, les forces russes entament leur retrait de la centrale nucléaire dont elles avaient pris possession fin février. Au nord-ouest de Kiev, l’aéroport de Gostomel, lui aussi occupé, est en passe d’être abandonné. Ces unités se repliant vers la Biélorussie pour s’approvisionner à nouveau en armes et en nourriture. Les autorités russes ont promis de replacer leurs hommes sur le front du Donbass et de la Crimée, dans l’est du pays. Il est pour l’heure très difficile de savoir si l’ensemble des troupes se trouve concerné par ce redéploiement. Surtout, ces manoeuvres militaires ne sont-elles pas un leurre ? On se souvient qu’en lançant l’offensive, le 24 février, sur le sol ukrainien, Vladimir Poutine avait évoqué une opération dans l’est du territoire de son voisin.  

Déplacement tardif vers l’Est

Il y a seulement quelques jours, Moscou avait annoncé revoir son plan d’opération. Nouvel objectif : concentrer ses efforts sur « la libération du Donbass ». Une communication qui contredit ses éléments de langage du début de la guerre et révèle ses intentions belliqueuses. Si ce changement de posture interroge quant à son efficacité, il concentre surtout des interrogations sur sa réalité militaire. L’annonce du Kremlin de se recentrer vers l’Est ne s’est pas accompagnée d’un déplacement immédiat de ses soldats. Là encore, la diplomatie russe semble adepte du décalage entre les paroles et les actes. Mais moins ces dernières heures…  

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Les forces russes « se repositionnent », a alerté ce jeudi le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, qui craint également des « offensives supplémentaires ». Lors d’une conférence de presse, l’ancien Premier ministre norvégien a estimé que la Russie « essaie de regrouper [ses forces] et de renforcer son offensive sur la région du Donbass et dans le même temps elle maintient la pression sur Kiev et d’autres villes ».  

Point sur l'avancée russe en Ukraine au 31 mars.
Point sur l’avancée russe en Ukraine au 31 mars.AFP

La Russie dit ne pas bombarder les civils

L’autre élément sur lequel la Russie ne semble pas vraiment faire ce qu’elle dit, ce sont les bombardements. Le ministère russe de la Défense ne cesse de répéter que son pays ne vise que les unités militaires et ne prend pas pour cible les populations civiles. A Marioupol, pourtant, les images des habitations détruites, des maternités réduites en cendre ou encore des salles de classe ravagées par les bombes ne semblent pas véritablement aller dans le sens d’un respect total du code de la guerre. Quelque 160 000 habitants sont toujours bloqués dans des conditions déplorables, car Kiev accuse Moscou de ne pas respecter le cessez-le-feu. La Russie nie et rétorque que son voisin emploie son propre peuple comme bouclier. 

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De ce fait, l’Ukraine a déposé une résolution approuvée le 4 mars par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies dénonçant les crimes de guerre de son adversaire militaire. Une commission d’enquête a été mise sur pied pour faire la lumière sur ces allégations.  

Mercredi, malgré la promesse russe de se retirer de Kiev et Tcherniguiv, les maires des deux villes ont signalé des « attaques colossales ». « Ils ont même augmenté l’intensité des frappes », a insisté Vladyslav Atroshenko, le maire de Tcherniguiv. Des infrastructures civiles, comprenant notamment une bibliothèque et un centre commercial, ont été prises pour cible, avance d’ailleurs l’édile. Périlleux de croire à la désescalade promise mardi dans ces conditions… 

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