Mathieu Bock-Côté: «Disney au cœur de la guerre culturelle»

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Par Mathieu Bock-Côté

1er avril 2022

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CHRONIQUE – Les superpuissances culturelles américaines se sont ralliées à cette idéologie qui entend reprogrammer les codes élémentaires de la socialisation des nouvelles générations.

La querelle sur le genre est centrale dans le conflit identitaire qui traverse le monde occidental. Elle touche au fait à partir duquel l’humanité avait cru se représenter depuis ses origines: sa division sexuée, soit l’existence de l’homme et de la femme. Existent-ils ou non? Cette question, il y a quelques années encore, aurait semblé loufoque, et symptomatique d’un délire relevant moins de la philosophique politique que d’un rapport trouble à la réalité. C’était avant la révolution anthropologique des temps présents, qui prétend dissocier les individus de leur sexe, en leur permettant de décider librement de leur genre – autrement dit, ils pourront décider s’ils s’identifient comme homme, ou femme, ou autre chose.

Le corps sexué devient une illusion sociale à dissiper, pour permettre à l’individu d’advenir pleinement à sa vérité intérieure, au nom d’une éthique de l’authenticité radicalisée. Il suffit pour un individu de se revendiquer d’un genre pour que la société doive le reconnaître comme tel, sans quoi elle sera accusée de transphobie. C’est le triomphe de la subjectivité fantasmée, que l’administration doit accompagner, et même accélérer. Une nouvelle norme anthropologique s’impose: la fluidité identitaire. L’identité humaine serait en elle-même insaisissable et ne se fixerait que de manière arbitraire et autoritaire sur les catégories de genre socialement construites. La logique de l’émancipation démocratique exigerait surtout qu’on déconstruise ces catégories, soit en les abolissant, soit en les multipliant à l’infini, comme on le voit avec l’acronyme LGBTQI2S+ qui toujours s’étend.

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Un homme peut se déclarer femme, et participer aux compétitions sportives féminines. Ou se faire accueillir dans une maison pour femmes violentées. Il peut aussi être «enceinte». La novlangue de l’époque fabrique de ce point de vue ce monde alternatif, fondé sur la falsification du réel. On ne parlera plus de lait maternel, mais de «lait humain». On ne parlera plus de femmes, mais de «personnes avec une vulve», car les femmes trans n’ont pas de vulve. Un monde alternatif est ainsi créé par la magie du langage, dans lesquelles acteurs sociaux se laissent enfermer: qui n’emprunte pas ses termes et ses concepts sera condamné au bannissement social et tôt ou tard refoulé à l’extrême droite. La falsification du réel et l’inversion du vrai et du faux fondent un nouveau rapport au réel dans un monde paradoxalement résolu à lutter contre les fake news.

Tout cela peut sembler lunaire. On aime croire, surtout lorsqu’on se veut raisonnable, que de tels délires sont enfermés dans les marges de l’université américaine. C’est une grave erreur de perspective.

Dans ces extraits, les cadres de l’entreprise expliquent comme les films Disney doivent s’assurer qu’au moins 50 % des personnages soient associés à la communauté LGBTQI+ et aux « minorités racisées » tout en s’assurant d’ajouter toujours davantage de personnages queerMathieu Bock-Côté

Les superpuissances culturelles américaines se sont ralliées à cette idéologie et militent ardemment pour elle. C’est notamment le cas de Disney, véritable multinationale du divertissement, qui vise désormais explicitement la déconstruction de l’identité de genre des enfants, comme l’a récemment révélé le lanceur d’alerte Christopher Rufo qui a dévoilé plusieurs extraits d’un séminaire organisé par les cadres de Disney où est annoncé leur désir de convertir intégralement leur entreprise aux exigences de la théorie du genre.

Dans ces extraits, les cadres de l’entreprise expliquent comme les films Disney doivent s’assurer qu’au moins 50 % des personnages soient associés à la communauté LGBTQI+ et aux «minorités racisées» tout en s’assurant d’ajouter toujours davantage de personnages queer. Il ne s’agit pas ici de s’ouvrir avec empathie et respect à des réalités marginales mais de transformer le cinéma en instrument de propagande. La déclaration la plus frappante provient toutefois de la gestionnaire en inclusion de l’entreprise qui explique que dans les parcs Disney, on bannira la référence aux garçons et aux filles, pour leur permettre de vivre ce «moment magique» où ils ne s’identifieront plus à leur genre. La dissociation identitaire devient un projet explicitement politique.

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Cette entreprise de réingénierie sociale entend reprogrammer les codes élémentaires de la socialisation des nouvelles générations.

La quête de l’homme nouveau propre au XXe siècle resurgit. Cette entreprise est appelée à se radicaliser, comme en témoigne l’émergence, pour l’instant marginale, mais probablement appelée à se diffuser du «xénogenre», qui se réfère à cette nouvelle forme d’identité poussant à ne plus s’identifier à l’humanité, mais à des sensations, à des chiffres, à des créatures fantastiques et autres produits de l’imagination.

La révolution du genre culmine dans le triomphe du fantasme dans la représentation de la société, parachève ainsi la désincarnation de l’identité humaine.

Et l’arrivée du métavers, cet univers virtuel où les individus s’affranchissent du monde réel, créera les conditions technologiques de ce qu’il faut bien appeler l’effondrement psychique d’une partie des nouvelles générations.

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