Alors que la guerre revient en Europe, la France doit garder sa diplomatie professionnelle !

Or, c’est le moment qu’a choisi Macron pour démembrer le corps diplomatique français !….Artofus

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UN COLLECTIF D’ORGANISATIONS DU Ministère des Affaires étrangères a lancé cette pétition

Alors que la guerre revient en Europe, la France doit garder sa diplomatie professionnelle !

La réforme dite de «l’encadrement supérieur de la haute fonction publique » qui modifie le nom de l’ENA en INSP fera quelques victimes collatérales, dont la diplomatie française.

Depuis le début du siècle dernier, notre diplomatie s’appuyait sur des corps dédiés de professionnels recrutés sur concours sur leurs compétences spécifiques pour exercer ce métier particulier.

Un métier bien différent des autres métiers de la fonction publique, parce qu’il s’exerce d’abord à l’étranger, et parce que ses principaux domaines ne relèvent pas du droit français mais de droits étrangers ou du droit international. Le métier d’un diplomate n’est quasiment jamais de préparer des règlementations ou impôts auxquels ses concitoyens seront soumis, par exemple. Il n’est pas pour autant inutile, dans un monde de plus en plus désordonné, imprévisible, dangereux et violent.  

Dans l’indifférence générale, deux des corps de notre diplomatie vont être « mis en extinction » selon la terminologie officielle, c’est-à-dire fermés, les agents reversés dans l’immense corps interministériel interchangeable de sortie de l’INSP, l’ex-ENA. On annonçait sa disparition, l’ex-ENA sera plus omnipotente que jamais, tous les parcours alternatifs étant fermés. Les autres corps de diplomates suivront logiquement dans la mise en extinction. La notion même du métier par passion disparaîtra, remplacée par celle du parcours personnel, interministériel et calculé en fonction de la carrière. La France va perdre sa diplomatie de métier, formée de professionnels expérimentés. 

Que fera la France avec une diplomatie d’amateurs dans le désordre mondial croissant ?

Le Quai d’Orsay, le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères y perdra sa culture propre pluriséculaire, sa diversité de profils et ses compétences. Il accueillera en mobilité pour quelques années (6 ans maximum pour les ambassadeurs, comme pour les préfets) des fonctionnaires généralistes tous formatés à l’INSP, l’ex-ENA, aux parcours semblables et de passage, non par vocation mais « en mobilité », récompensés par le pouvoir, favorisant les logiques de cour et la politisation sur le modèle américain.

Peu connu et souvent caricaturé, le métier de diplomate est un parcours progressif, celui du temps long, de l’analyse des forces profondes qui transforment le monde sur une décennie. Un métier qui s’apprend progressivement, sur le terrain et non dans les réceptions, poste après poste, forgeant une réelle expertise. Un métier certes assez antinomique avec la culture de l’immédiateté et du zapping perpétuel. Car on ne naît pas diplomate, on le devient.

Sans formation ou expérience concrète, s’improvise-t-on   interlocuteur crédible au Conseil de sécurité ou en ambassade, face à ses homologues diplomates de carrière américains, russes, chinois, turcs ou britanniques ? Ces derniers travaillent souvent pendant des décennies, plusieurs postes d’affilée face à face, sur des sujets aussi complexes que la prolifération nucléaire en Corée du Nord, la guerre en Centrafrique, le pétrole en Libye, la crise politique au Venezuela ou les massacres en Syrie, dossiers qu’on ne peut pas aborder sans en connaître l’antériorité, les rapports de force.

Serons-nous mieux respectés et défendus dans ces instances par des généralistes, de passage avant de s’en retourner à leur  ancien métier ou à une  carrière dans le privé ? Les Français de l’étranger mieux servis par des fonctionnaires ignorant tout de leurs spécificités, des sujets consulaires, et des difficultés de l’expatriation ?

Pourrons-nous par exemple demain refuser une guerre en Irak au Conseil de sécurité sans l’autonomie et la liberté d’analyse de diplomates professionnels ? Obtenir les garanties que nous jugions nécessaires dans l’accord sur le nucléaire iranien sans leur expertise du sujet ? Trouver un accord tout sauf facile à l’époque à la COP21 sans la mobilisation et l’expérience accumulée de l’ensemble de notre réseau diplomatique ? Ou présider l’Union européenne sans nos ambassades européennes, leur suppression ayant été proposée ?

Nous serons le seul pays du G7, du G20 et de l’UE à nous priver d’une diplomatie professionnelle, mal aimée par le pouvoir bien que loyale et fiable. Une diplomatie méprisée chez elle, mais prise en exemple par ses principales concurrentes. Qui a pourtant permis à la France de jouer dans le monde largement au-dessus de sa catégorie depuis 1945, et aux présidents successifs de peser sur le cours du monde. Alors même que tous les pays réarment militairement mais aussi massivement leur diplomatie.

La France réinvestit avec raison dans sa défense, mais désarme en même temps sa diplomatie de manière incohérente. C’est ignorer qu’il s’agit d’un continuum diplomatie-défense, cette dernière étant la poursuite de la première par d’autres moyens. 

Ce défaut récurrent de casser ce qui fonctionne : alors que la pandémie n’est même pas finie, on met en extinction les préfets, qui ont tenus l’Etat à bout de bras mieux que personne, et les diplomates qui ont rapatrié en quelques semaines plus de 250 000 de nos compatriotes.

Les magistrats, les enseignants, les policiers et les militaires seront peut-être les prochains « disruptés » et mis en extinction. Veut-on demain être jugé par un administrateur d’Etat en mobilité en tribunal =6 ans maximum= ? Être défendu par un administrateur civil en mobilité en avion de chasse, en char ou en sous-marin ? Que ses enfants préparent le bac avec un administrateur d’Etat « en mobilité mathématique ou littéraire » ?

Cette suppression de la diplomatie de métier est une fausse bonne idée, au même titre que la mutualisation avec l’Allemagne de notre dissuasion nucléaire ou que l’européanisation de notre siège permanent au CSNU, évoquée dans la presse pour la PFUE, qui méconnaissent les principes de la dissuasion, des circuits de décision européens ou du fonctionnement de l’ONU.  Une fausse bonne idée marquée par les préjugés, les images d’Epinal éculées, les jalousies et rivalités administratives, loin de la réalité de notre diplomatie.

La diplomatie française n’est pas le comité central du PCUS, elle s’est beaucoup ouverte, réformée, modernisée et continue de le faire.

Accusant de rage le chien qu’elle veut abattre, la ministre de la transformation publique, Mme Amélie de Montchalin, a expliqué que notre diplomatie, paralysée et monolithique, devait se moderniser, se diversifier et s’ouvrir aux compétences du nouveau monde dont elle a besoin. Des poncifs caricaturaux, des excuses sous forme d’objectifs en fait déjà remplis.

Comme le sait bien Madame de Montchalin, pour avoir été secrétaire d’Etat au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE), ce ministère est déjà le plus diversifié de l’Etat, pas seulement en termes de langues mais aussi en termes de parcours de vie, de nationalités, de compétences, d’origines, de formations et donc souvent de diversité sociale (Sciences Po mais aussi Inalco, Université, écoles d’ingénieurs et de commerce…). Une diversité unique dans la fonction publique garantie par son recrutement sur concours, avec pour la seule catégorie A, plus de 8 voies d’accès, 6 concours spécialisés (certains avec 3 ou 4 sections par expertise géographique) et 2 concours interministériels (IRA et INSP, ex-ENA). Une diversité bien plus grande que celle de l’INSP. L’uniformisation promise par un recrutement limité à l’INSP réduira cette diversité propre à ce ministère et utile à ce métier.

Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) est également déjà le plus ouvert de l’Etat, accueillant massivement les fonctionnaires d’autres ministères en mobilité, sans que la réciproque ne soit vraie, et recrutant des compétences du privé sur contrat. Les diplomates sont déjà minoritaires dans leur propre ministère (moins de 50% de titulaires) et dans toutes les ambassades de plus de quelques agents. 30% des postes d’encadrement sont exercés par des externes. Le gouvernement dispose déjà de la totalité des postes d’ambassadeurs, sur lesquels il peut nommer qui il veut sans condition aucune de compétence ou d’évaluation professionnelle, et désormais de consuls, suite à une réforme mise en œuvre par ce gouvernement, et qui avait fait couler beaucoup d’encre, dans le sillage de la nomination de l’écrivain Philippe Besson au poste de consul général à Los Angeles.  Il ne s’agit pas d’ouvrir mais désormais de faire disparaître les derniers postes les plus régaliens, les postes en chancellerie diplomatique, pour permettre d’y faire des nominations partisanes sans avoir à justifier de la compétence.  

Madame de Montchalin citait par exemple la nécessité d’avoir des experts des ministères de l’agriculture ou de l’environnement en ambassade pour traiter de ces sujets –elle a raison-, c’est depuis toujours le cas, sur quasiment la totalité des postes consacrés à ces sujets.

Enfin, aucun autre ministère ne s’est plus réformé et modernisé que celui des Affaires étrangères à marche forcée depuis 30 ans : réforme de 2005, RGPP en 2007, MAP en 2012, AP2022… il a réduit de 50% ses budgets et ses effectifs en 30 ans, en élargissant le périmètre de ses missions. Si tous les ministères avaient autant contribué au budget général de l’Etat, il n’y aurait plus de déficit public.

Cette réforme de la haute fonction publique vient percuter et en partie amoindrir une ambitieuse réforme de notre diplomatie portée par le Ministre Jean-Yves Le Drian, après une longue et minutieuse consultation de toutes les parties prenantes, internes comme externes, qui aurait bien mieux répondu aux objectifs affichés par la réforme de la haute fonction publique, tout en pérennisant et en renforçant l’outil diplomatique française.

Une autre réforme de notre diplomatie était possible, elle était engagée, elle était en cours. Elle était compatible et aurait pu être adaptée à la réforme de la haute fonction publique voulue par le Président de la République, en préservant l’outil qui n’est pour autant pas soluble dans un vaste ensemble interministériel, en raison de sa petite taille et de ses nombreuses spécificités. Le Ministre Jean-Yves Le Drian en avait proposé les modalités.

Un large collectif d’agents titulaires ou non, d’organisations syndicales et associatives du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères portent un recours au Conseil d’Etat en ce sens.

Leur objectif n’est pas seulement de défendre les agents du ministère, dont l’engagement et l’outil de travail vont être profondément remis en cause, en particulier certaines catégories indirectement (corps des SAE et SCH) comme directement (corps des CAE et MP), mais surtout de défendre un outil aussi fragile qu’utile au service de notre pays et de son avenir dans le monde.

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