Guerre en Ukraine : des militaires ukrainiens ont-ils tiré dans les jambes de prisonniers russes ?

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Par Mayeul Aldebert LE FIGARO

2 avril 2022

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LA VÉRIFICATION – Une vidéo d’une rare violence montre des hommes en uniforme tirer dans les jambes d’autres militaires allongés au sol, les poignées liées.

LA QUESTION. L’ONG Human Rights Watch a appelé jeudi 31 mars les autorités ukrainiennes à enquêter sur de potentiels «crimes de guerre» envers les prisonniers russes, après la diffusion d’images semblant montrer des soldats ukrainiens leur tirant dans les jambes. Publiées le 27 mars sur le canal Telegram – attention les contenus sont très violents -, les images en question ont fait le tour des réseaux sociaux. Elles ont d’ailleurs suscité la réaction d’un conseiller de la présidence ukrainienne, Oleksiï Arestovitch qui a reconnu que les abus sur les prisonniers constituent un «crime de guerre» et qu’une enquête serait ouverte. La vidéo en question a-t-elle pu être authentifiée ?

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Vérifions. La vidéo dure plus 5 minutes. Mais c’est seulement quelques dizaines de secondes au milieu qui ont beaucoup circulé sur les réseaux sociaux. On peut y voir trois hommes en treillis, les mains attachées dans le dos, avec des brassards blancs (signes distinctifs des militaires russes), jetés à terre depuis un fourgon par d’autres hommes armés (avec des brassards bleus) et qui leur tirent dans les jambes. Dans le restant de la vidéo, on voit des hommes en uniforme allongés et menottés, avec des brassards blancs pour certains, et visiblement blessés. Certains ont le visage crispé par la souffrance endurée.

Images géo localisées

Ces images ont depuis été géo localisées comme ayant été tournées dans le village de Mala Rogan, dans la région de Kharkiv (nord-est), repris en début de semaine par les forces ukrainiennes après une offensive. Des journalistes de l’AFP ont d’ailleurs pu se rendre à Mala Rogan le 28 mars et ont vu les corps de deux soldats russes gisant dans l’une des allées du village, en grande partie détruit par les combats, tandis qu’au moins deux autres corps ont été jetés dans un puits. S’ils n’ont pu avoir plus d’éléments concernant les images, plusieurs indices visuels permettent de confirmer l’emplacement, notamment avec l’identification des bâtiments alentours comme l’ont aussi montré plusieurs internautes.

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La présence ukrainienne a en tout cas été constatée au cours du week-end du 26-27 mars dans les environs. Une autre vidéo montre des prisonniers russes conduits par l’unité Kraken, proche du régiment néonazi Azov. Ceux-ci ont les yeux bandés et sont forcés de chanter l’hymne national ukrainien, mais sans violence. Contacté par la BBC, le responsable de l’unité dans la région de Kharkiv, Konstantin Nemichev a nié tout lien avec la vidéo des tirs sur les prisonniers russes, même s’il a confirmé détenir des prisonniers.

Quand la vidéo a-t-elle été tournée ? Si les métadonnées sont indisponibles pour déterminer à quelle date précise les images ont été enregistrées, il est possible d’estimer, avec la météo, une date approximative. Comme l’indique ainsi France 24 , il n’y a aucune trace de neige sur les lieux alors que selon les relevés météo, la région en était couverte entre le 24 février et le 11 mars. D’ailleurs, selon les bulletins météorologiques, la vidéo aurait pu être tournée précisément le 26 mars, jour pendant lequel le ciel était clair et le soc sec.

Des Ukrainiens avec un accent russe

Au-delà du lieu et de la date, il est difficile d’identifier les soldats tortionnaires. Hormis le brassard bleu, aucun insigne ne permet de savoir à quelle unité ils pourraient appartenir. Mais selon la BBC , qui a sollicité des linguistes pour analyser la vidéo, les militaires auteurs des tirs ont un accent «concordant avec un Ukrainien qui parlerait russe». Le média britannique précise aussi que l’un des prisonniers est accusé d’avoir bombardé Karkhiv. Les soldats accusés de maltraitances sont donc vraisemblablement ukrainiens.

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En résumé, s’il est difficile d’affirmer avec certitude que la vidéo est authentique, aucun élément ne permet de dire qu’il s’agit d’une mise en scène. Au contraire, la date, le lieu et l’accent des militaires au brassard bleu sont autant d’éléments qui rendent ces images de torture très crédible. Et surtout, outre la déclaration du porte-parole du Kremlin qui a qualifié cette vidéo de «monstrueuse» en réclamant une enquête, la réaction du conseiller de Zelensky Oleksiy Arestovych incite à croire que les images sont bien réelles. Celui-ci a d’ailleurs tenu à «rappeler à toutes [ses] forces militaires, civiles et de défense que la maltraitance des prisonniers est un crime de guerre non amnistiable et imprescriptible en vertu du droit de la guerre».

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