Présidentielle: «La grande dépolitisation»

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Par Vincent Trémolet de Villers

LE FIGARO, 3 avril 2022

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L’éditorial du Figaro, par Vincent Trémolet de Villers.

Et si le fait majeur de la campagne était la diffusion des Visiteurs sur TF1 le soir du premier tour? La politique, déjà reléguée au rang de divertissement de masse, ne divertit même plus. Il y a bien eu quelques tentatives pour sortir la France de sa léthargie civique, Zemmour a remonté les couloirs du temps, Mélenchon usé de toutes les ressources de l’éloquence, Pécresse plaidé les mérites de la réforme, Roussel ceux de la côte de bœuf, mais sans parvenir à entraîner le pays dans la grande délibération espérée. Plus encore que le Covid ou la guerre en Ukraine, c’est la trinité individualiste – canapé, smartphone, Netflix – qui a étouffé la campagne. Il en reste quelques fragments, mais c’est bien la dépolitisation de la politique elle-même qui caractérise le moment. Marine Le Pen en profite à plein et transforme son ancienne fonction tribunitienne en une sorte de populisme maternant. Emmanuel Macron ne le cache pas: l’exercice du pouvoir l’intéresse beaucoup plus que la bataille pour le conquérir.

Son meeting géant de la Défense a illustré avec feu d’artifice et vibrations de compétition sportive (ola, «clapping») cette grande dépolitisation. Des causes plus qu’une doctrine, des crises à surmonter plus qu’une vision à proposer, des «regards», des visages plus que des citoyens. Certes, dans le discours-palimpseste du candidat, on retrouve toutes les couches politiques des quarante dernières années – technolyrisme giscardien, affichage unitaire mitterrandien, sensibilité chiraquienne, volontarisme sarkozyste et même réminiscence hollandienne -, mais l’orateur avait prévenu, il se fout «présidentiellement» des clivages qui autrefois configuraient le débat public. La France d’après, celle décrite par Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely dans leur dernier essai, est là sous nos yeux: Uber Eats détrône la blanquette de veau du dimanche, Bella ciao n’est plus un chant de révolte mais l’identifiant d’une série, les tacos vite avalés laissent peu de temps aux conversations interminables qui animaient les repas en temps d’élection et Jacquouille la Fripouille écrase candidats et politologues de ses «okay».

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