«Disney, école, sport, réseaux sociaux… Le lobbying trans s’introduit à tous les niveaux de la société»

Par Aziliz Le Corre LE FIGARO

4 avril 2022

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La présidente de Disney, Karey Burke, a déclaré qu'au moins 50 % des personnages Disney appartiennent à la communauté LGBTQIA et aux minorités raciales.
La présidente de Disney, Karey Burke, a déclaré qu’au moins 50 % des personnages Disney appartiennent à la communauté LGBTQIA et aux minorités raciales. Getty Images via AFP

ENTRETIEN – Disney promet de favoriser les personnages issus de la communauté LGBT et des minorités raciales. Ces grandes firmes culturelles participent à la promotion de l’idéologie trans, en faisant fi des intérêts de l’enfant, expliquent les cliniciennes Caroline Eliacheff et Céline Masson.

Caroline Eliacheff est pédopsychiatre, psychanalyste et Céline Masson est psychanalyste, professeur des Universités. Ensemble, elles publient La Fabrique de l’enfant-transgenre (éditions de l’Observatoire). Et coordonnent l’Observatoire des discours idéologiques sur l’enfant et l’adolescent- la petite sirène (Observatoirepetitesirene.org/).

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FIGAROVOX. – La présidente de Disney, Karey Burke, a déclaré qu’ «en tant que mère [d’un] enfant transgenre et d’un enfant pansexuel», elle soutient le fait d’avoir des «personnages LGBTQIA dans nos histoires» et souhaite qu’au moins 50 % des personnages Disney appartiennent à la communauté LGBTQIA et aux minorités raciales. Quel regard portez-vous à ce sujet ?

Caroline ELIACHEFF et Céline MASSON. – C’est un coup de maître pour la militance LGBT ! Peu de femmes sont aussi puissantes que Karey Burke. Les films Disney ayant une vocation universelle, il s’agit d’imposer à la terre entière l’idéologie – car c’en est une – LGBT. Nul doute que nombre de personnes vont se rattacher à cette communauté pour profiter de ces quotas ! Il n’empêche qu’au nom de la diversité, Karey Burke réinvente la ségrégation avec son corollaire : la montée des tensions et des ressentiments entre communautés. Espérons qu’au moins un de ses cinq enfants soit hétérosexuel : lorsque les LGBT domineront le monde du cinéma, les hétérosexuels seront minoritaires et maman prendra leur défense.

Karey Burke s’est aussi engagée à faire abroger une loi de l’État de Floride (Don’t say gay) visant à interdire l’enseignement sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre dans les écoles publiques. Cet enseignement est également problématique en France. Des professionnels s’interrogent sur l’effet traumatique que peut avoir la mise à nu de l’activité sexuelle et la banalisation des genres dès la maternelle et tout au long de la scolarité. Sous l’égide, entre autres, du ministère de l’Éducation nationale, on trouve des vidéos où l’on explique aux élèves de 5ème (12 ans) : «ça change quoi avec qui tu couches ?»[1]

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Selon les pays, sur une période de dix à quinze ans, le diagnostic de «dysphorie de genre», qui traduit un sentiment d’inadéquation entre le sexe de naissance et le «ressenti», a augmenté de 1 000 à 4 000 %. Comment expliquez-vous une telle explosion ?

Il n’y a pas d’explication simple mais quand une donnée change d’échelle, elle change aussi de nature. Invoquer la «libération de la parole» comme le font certains, ne me paraît pas pertinent. Ce sont aujourd’hui majoritairement des jeunes filles qui expriment la volonté de changer de genre, ce qui n’était pas le cas auparavant. Cette haine du féminin interroge autant le rapport à leurs mères qu’à la représentation des femmes dans la société. Le malaise adolescent a toujours trouvé un mode d’expression ancré dans la société de son époque.

Au-delà de la souffrance, il s’agit aussi de choquer, d’être à la pointe de l’innovation. Ce qui a changé, dans un système libéral au service de l’aspiration à l’autonomie et au bonheur, c’est la réponse enthousiaste de la société, des médias et d’une partie du corps médical pour répondre positivement à ces demandes, sans s’interroger sur ses soubassements et ses conséquences à long terme. Plus que les jeunes, c’est cette réponse qui est à interroger. Elle est alarmante car la plupart des revendications adolescentes, y compris celle de changer de genre, tendent à disparaître avec l’âge. Onze études récentes indiquent que 67 à 93% des jeunes qui ont attendu sans traitement médicamenteux renoncent à changer de genre[2].

La transphobie est un argument de poids pour faire valoir sa victimisation au sein de la société.Caroline Eliacheff et Céline Masson

Quel rôle jouent les réseaux sociaux dans ce phénomène de «transidentité» ?

Lisa Littman, une chercheuse américaine, est la première, en 2018, à avoir démontré le rôle déterminant des réseaux sociaux[3]. C’est là qu’ils s’auto-diagnostiquent en rencontrant des influenceurs qui les encouragent à penser que leurs ressentis portent un nom : ils sont trans. S’ils adhèrent, ils sont héroïsés, approuvés dans leur détermination à ne pas changer d’avis. Suivent les conseils sur les sites militants pour convaincre les parents (transphobes et maltraitants s’ils émettent quelques réticences), l’institution scolaire et les médecins avec une liste des professionnels «transfriendly». Ils arrivent en consultation avec un discours et un vocabulaire stéréotypés appris sur les réseaux sociaux.

Vous allez jusqu’à parler d’«emprise», pourquoi ?

Ce sont les parents de ces jeunes qui nous ont mis sur cette piste en décrivant le cheminement de leurs enfants. Et en effet, on retrouve plusieurs caractéristiques de l’emprise sectaire comme le recrutement en ligne, s’adressant à des jeunes souvent vulnérables, en quête d’identité ; les influenceurs transgenres incitent le jeune à rejeter ses parents nécessairement transphobes au profit de sa «nouvelle famille» qui lui promet bonheur et bien-être. La transphobie est un argument de poids pour faire valoir sa victimisation au sein de la société. Sortir de cette communauté est vécu avec effroi et culpabilité : les «traîtres» continuent à subir les pressions du groupe. Un lobbying puissant permet aux transactivistes de s’introduire à tous les niveaux de la société pour faire valoir leurs revendications. Enfin l’industrie pharmaceutique se frotte les mains : peu d’affections nécessitent des traitements médicamenteux à vie… remboursés par la Sécurité Sociale.

La France est en retard sur les pays qui, comme la Suède, la Finlande ou l’Angleterre ont restreint les prescriptions médicamenteuses chez les mineurs au profit d’une approche psychothérapeutique.Caroline Eliacheff et Céline Masson

En tant que cliniciennes, quel regard portez-vous sur l’accompagnement du corps médical dans la transition des enfants et adolescents ?

Heureusement, en France, la prise en charge n’est pas univoque. Mais dans les centres de consultation dédiés à ces jeunes les demandes de transition sont considérées comme «un fait social à accompagner» , si besoin en faisant pression sur les parents. De nombreux témoignages de parents et de jeunes qui regrettent leur transition nous le confirment. Les professionnels qui ont une approche plus prudente existent mais se font discrets. Ils prennent en charge les pathologies psychiatriques dont souffrent plus de 70 % des jeunes qui se déclarent trans (dépression, troubles autistiques, psychose, agression sexuelle, dysfonctionnement familial). Leur but est de permettre un travail de réflexion sans précipitation, une introspection détachée des influences de l’environnement, sans pour autant faire obstacle ou s’opposer au projet de transition. La France est en retard sur les pays qui, comme la Suède, la Finlande ou l’Angleterre ont restreint les prescriptions médicamenteuses chez les mineurs au profit d’une approche psychothérapeutique. Ils l’ont fait en considérant que les risques des bloqueurs de puberté, des hormones antagonistes et des actes chirurgicaux pour les moins de 18 ans l’emportent actuellement sur les avantages attendus. En clair, ces traitements sont actuellement des expérimentations et non des soins basés sur des preuves.

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Concrètement, quelles sont les étapes de la transition ?

La transition est d’abord sociale, auprès de la famille puis au sein de l’école. Le jeune fait son «coming out», s’habille et se coiffe en conséquence, demande à ses parents puis à l’école de changer de prénom (ce que les lois en vigueur ne permettent pas mais que la circulaire Blanquer préconise). L’acceptation sans la moindre réserve de la transition sociale a des effets puisqu’elle conduit à la transition médicale.

Selon l’âge, le jeune reçoit des bloqueurs de puberté pour en retarder l’apparition. Ce «traitement» qui dure un à deux ans est présenté comme une solution d’attente. En réalité, il prédispose le jeune à persister à long terme et à en venir à la prescription d’hormones antagonistes : testostérone pour les filles, progestérone et œstrogène pour les garçons. Tous ne vont pas jusqu’à la chirurgie dite «de réassignation de sexe» qui porte mal son nom : mastectomie voire hystérectomie chez les filles et ablation des testicules chez les garçons sont des mutilations sexuelles puisqu’elles ôtent, sans raison médicale, des organes dévolus au plaisir et à la reproduction. L’autorisation des parents est requise, mais ces interventions peuvent se pratiquer (et se pratiquent) chez les mineurs. La plus jeune fille ayant subi une mastectomie en France avait 14 ans.

Jusqu’à la majorité et quoi qu’en disent les jeunes, les parents et la société ont un devoir de protection : aucun acte irréversible ne devrait être autorisé.Caroline Eliacheff et Céline Masson

Un retour en arrière est-il possible en cas de prise d’hormones ou de chirurgie ?

Karey Burke, pour revenir à elle, a déclaré «on ne retourne pas en arrière». Elle est démentie par celles, de plus en plus nombreuses (peu de statistiques fiables mais une estimation probablement en dessous de la réalité de 10 à 20 %), qui justement veulent revenir en arrière. On les appelle les détransitionneuses. La plus célèbre, Keira Bell, a pris conscience après plusieurs années sous testostérone et une mastectomie qu’elle n’était pas un homme, ne le serait jamais mais qu’elle était lesbienne. Elle a porté plainte contre la Tavistok clinic de Londres et a conclu son témoignage en disant : «J’étais une fille malheureuse qui avait besoin d’aide. Au lieu de ça, j’ai été traitée comme une expérience».

Peu ou prou, toutes les jeunes filles qui regrettent leur transition disent la même chose. L’une d’elles s’est souvenue que lorsque le chirurgien lui a demandé si elle était bien d’accord pour la mastectomie, elle lui a répondu «oui», tout en faisant «non» de la tête. Tous ceux, parents, médecins, entourage, qui soutiennent sans réserve un adolescent qui revendique, parfois de façon virulente, de changer de genre, s’aveuglent au point de ne pas voir les signes d’ambivalence. Par définition l’adolescence est une période de transition qui n’est d’ailleurs pas forcément terminée à 18 ans. Jusqu’à la majorité et quoi qu’en disent les jeunes, les parents et la société ont un devoir de protection : aucun acte irréversible ne devrait être autorisé. Comme le dit un psychologue australien dans un très bel article : «l’enfance n’est pas réversible» [4].


[1] https://www.lumni.fr/ Cette plateforme est conçue et proposée en partenariat par France Télévisions, l’INARadio FranceFrance Médias MondeTV5 MondeArte, la Ligue de l’enseignementClemi, le réseau Canopé, éduthèque ainsi que les ministères de l’Éducation nationale et de la Culture.

[2] Stephen B. Levine,E. AbbruzzeseJulia M. Mason : Reconsidering Informed Consent for Trans-Identified Children, Adolescents, and Young Adults, mars 2022

Traduction française :https://doi.org/10.1080/0092623X.2022.2046221

[3] Littman, 2018 : journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0202330

[4] https://www.transgendertrend.com/childhood-social-transition/

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