Emmanuel Macron et l’épouvantail de l’extrême droite.

LE FIGARO . 3 avril 2022 – Pour son unique meeting, le président-candidat a voulu tout dire et tout faire à la fois. Il s’est notamment servi de l’argument anti-Le Pen-Zemmour.

En deux heures de discours, Emmanuel Macron a largement eu le temps de faire du «en même temps». D’abord des signaux pour la gauche jusqu’à reprendre le slogan du trotskiste Olivier Besancenot «Nos vies valent plus que tous leurs profits». Puis des signaux pour la droite en prévenant, avec le mantra de Nicolas Sarkozy, qu’il faudra «travailler plus». Et enfin, synthèse logique, le dépassement, au nom de «la France unie» dont François Mitterrand avait fait son slogan de réélection, en 1988.

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Parce que c’était son unique meeting, dans un Paris La Défense Arena enthousiaste, mais légèrement surdimensionné, Macron a voulu tout dire et tout faire à la fois: le bilan («Nous l’avons fait»), le projet, la charge politique (contre les chantres du «grand rabougrissement») et l’appel à l’élargissement de la majorité («aux sociaux-démocrates, écologistes et gaullistes qui ne nous ont pas encore rejoints»). Mais ce sont ces orientations stratégiques et politiques qui donnent la note de cette ultime semaine de campagne avant le premier tour.Ce qui est donc en jeu dès maintenant, c’est l’organisation d’un mouvement, de courants voire de partis qui revendiqueront leur place dans la future architecture macroniste

Face à la remontée de Marine Le Pen, et à son propre tassement dans les sondages, le président-candidat agite l’épouvantail de l’extrême droite. Croit-il réellement à une victoire possible de la candidate RN? Ce qui est sûr, c’est que les siens sont passés en un rien de temps d’une assurance trop tranquille à une inquiétude trop fébrile. Mais l’argument anti-Le Pen-Zemmour – il ne distingue plus les deux – ne vise pas uniquement à remobiliser les siens, mais plus encore à préparer les futurs ralliements. Dans la recomposition façon Macron, il y a ceux qui l’ont rejoint en 2017 (Philippe, Darmanin, Le Maire… à droite, Le Drian, Dussopt… à gauche). Il y a ceux qui l’ont rejoint dans cette campagne (Raffarin, Woerth à droite, Valls, Rebsamen à gauche). Le «péril» de l’extrême droite sert aujourd’hui de support voire de prétexte aux soutiens qui permettront d’élargir la majorité. Via un appel explicite à voter Macron, au soir ou au lendemain du 10 avril puis, pour un certain nombre de ces soutiens, à travailler avec lui. Ce qui est donc en jeu dès maintenant, c’est l’organisation d’un mouvement, de courants voire de partis qui revendiqueront leur place dans la future architecture macroniste.

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Les signaux de gauche du discours de samedi d’Emmanuel Macron sont destinés à faciliter ce mouvement de ce côté-ci de l’échiquier. Certains de ses lieutenants ne font pas dans la nuance, comme le ministre des Affaires européennes se disant prêt à voter «sans hésiter» pour Jean-Luc Mélenchon si le candidat qui a sans doute le plus attaqué le chef de l’État au cours du quinquennat était opposé à Marine Le Pen au second tour.Emmanuel Macron est bien décidé à faire des cas Le Pen et Zemmour le pied de biche qui lui permettra de fracturer une fois de plus - et définitivement ? - LR

Mais c’est en direction de la droite que l’opération est la plus décisive. Macron veut refermer sur elle un piège diabolique. Pour son dernier meeting, Valérie Pécresse, qui a trouvé le ton juste et prononcé le meilleur discours de sa campagne, a fustigé les ruses de «faussaire de la droite» du chef de l’État. Feu sur Macron! C’était l’angle de tous les intervenants LR. Mais les mêmes ne seront-ils pas très majoritaires à appeler à voter pour lui pour faire battre Marine Le Pen, alors même que leurs électeurs se partageront en deux blocs égaux? Permettre sa réélection demain après avoir dénoncé son action hier: Emmanuel Macron est bien décidé à faire des cas Le Pen et Zemmour le pied de biche qui lui permettra de fracturer une fois de plus – et définitivement? – LR.

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