[Tribune] Et la France, dans tout cela ?

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Stéphane Buffetaut 3 avril 2022 BOULEVARD VOLTAIRE

 

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Curieuse campagne électorale que celle-ci. Comme évanouie, évanescente. Certes, M. Poutine et un virus qui refait apparition y sont pour quelque chose. Opportunément pour le « jeune leader » qui préside la « start-up nation » et qui se serait bien passé de l’ennuyeuse formalité démocratique que représente l’élection présidentielle. Au demeurant, Jupiter, du haut de son Olympe, dédaigne de débattre avec ces vilains qui osent contester son pouvoir malfaisant. Et semble s’exaspérer lorsque certaines questions deviennent un peu rugueuses, à propos de cabinets de conseil ou d’optimisation fiscale, par exemple.

Emmanuel Macron a consenti à nous infliger le pensum d’une conférence de presse programmatique – peut-être concoctée par McKinsey, qui sait ! – suivie d’un meeting de style « étatsunien » d’auto glorification, car il faut bien faire un peu campagne. Mais dans ce catalogue de mesures technocratiques, on cherchait en vain la France et les Français. Il s’adressait à des catégories socioprofessionnelles un peu abstraites dont il s’agissait de capter les voix, comme on attrape des poissons dans une nasse. Et pour faire bonne mesure, il agite désormais l’épouvantail à moineaux de l’extrême droite qui menacerait la démocratie et la République !

Vieilles recettes électoralistes très datées qui semblent remonter aux années Mitterrand ou Chirac. Ce « jeune » candidat est bien plus ancien monde qu’il n’y paraît. Et persiste à utiliser d’anciennes techniques usées jusqu’à la corde, mais passe à côté de la France et des Français réels. Pas ceux des statistiques et des graphiques. Ceux qui vivent dans une société déstructurée, instable, éclatée. Ceux qui sont confrontés à la violence du quotidien, à une contre-société islamisée et sécessionniste, à l’augmentation du coût de la vie, aux conséquences de la désindustrialisation, aux maquis administratif qui les étouffe, aux difficultés pour accéder aux soins. Ceux qui ne sont pas les « bobos » urbains bénéficiant des miettes tombées du grand banquet de la mondialisation où, en réalité, peu sont réellement invités.

Lui qui a théorisé « les gens qui ne sont rien » en opposition à ceux qui réussissent, lui qui a envie d’emmerder une partie des Français, lui qui considère que la France n’a plus à être souveraine mais n’a d’autre avenir que de se noyer dans un magma européen au nom d’un souveraineté européenne qui n’existe pas, lui qui ne sait pas ce que sont la culture et l’art français est évidemment incapable de s’adresser aux Français pour les toucher au cœur, pour exalter l’âme française.

Or, dans cette élection, c’est bien du destin de la France qu’il s’agit. Le monde est plein des ruines de nations disparues et d’empires évanouis, ce serait une erreur de croire que la France est éternelle. Elle n’a d’avenir que si ceux qui président à sa destinée y croit et entraînent les Français à y croire. Emmanuel Macron n’y croit évidemment pas et Valérie Pécresse peine à nous y faire croire.

Le gouvernement d’une nation ne se réduit pas à la technique administrative et à la soumission à l’idéologie économique du temps. Ne nous y trompons pas, dans quelques jours, c’est du futur de la France qu’il s’agira. Le choix que les Français feront déterminera leur avenir certes, mais aussi celui du pays. C’est le choix entre une société éclatée, simple agrégat d’individus dont la valeur se mesurera à l’aune de leur utilité économique dans la mondialisation, et la France, nation encore capable d’apporter au monde sa contribution civilisatrice dans son irremplaçable originalité.

C’est le choix de la France comme une personne et des Français comme des personnes, non des figures de statistiques. C’est le choix de la France « vouée à une destinée éminente et exceptionnelle » et non pas un triste « État membre d’un grand marché de cinq cents millions de consommateurs ». C’est « une certaine idée de la France ». C’est la France sans Macron.

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