Jérémy Cohen : le seul danger, ce n’est pas l’instrumentalisation, c’est l’insécurité

Scroll down to content

Gabrielle Cluzel 5 avril 2022. BOULEVARD VOLTAIRE

 3 minutes de lecture

421

      

Imprimer, enregistrer en PDF ou envoyer cet article

L’affaire Jérémy Cohen est un scandale.

Parce que s’il n’y avait pas eu ses frères pour frapper inlassablement à toutes les portes, distribuer des flyers aux quatre coins du quartier, le jeune homme serait resté la victime anonyme et inexpliquée d’un accident de tramway ?

Parce que, par voie de conséquence, on peut imaginer que d’autres drames similaires, dans des familles moins pugnaces, ont pu passer sous les écrans radar ?

Parce que la France est devenue un pays si peu sûr que même un trentenaire – porteur d’un léger handicap ayant peut-être suscité les moqueries de ses bourreaux – ne peut s’y promener, le soir, sans danger ?

Parce que si les réseaux sociaux ne s’étaient pas emparés de l’affaire, forçant les grands médias à s’en saisir, personne n’en aurait parlé ?

Non, le scandale est que « certains l’instrumentalisent ». L’habituel chœur médiatico-politique dénonce le « danger de l’instrumentalisation ». Comme si c’était l’instrumentalisation que les Français redoutaient de croiser, le soir, dans une rue sombre.

« On a tous été bouleversés par les scènes qui ont été rendues publiques », a déclaré Emmanuel Macron, rappelant que l’Élysée s’était entretenu avec les parents de la victime dès lundi soir. Mais il rajoute : « Des drames humains, il y en a chaque jour, ils ne doivent pas donner lieu à des manipulations politiques quelles qu’elles soient. » Suivez mon regard. Qu’est-ce à dire, au juste ? Lorsque le père de la victime – comme celui-ci l’a reconnu – a appelé à l’aide Éric Zemmour, celui-ci aurait dû le repousser ? Parce que c’est la présidentielle, il faudrait que les candidats évitent de parler de ces sujets, comme si ce n’était pas précisément le moment ou jamais de montrer sans fard la réalité ?

Ce n’est pas Éric Zemmour qui a instrumentalisé le père de Jérémy Cohen, mais celui-ci qui a vu en Éric Zemmour un instrument de justice, pour que toute la lumière soit faite. Gérald Cohen est d’ailleurs venu remercier de son aide le candidat dans son QG.

Le 4 avril 2017, à Belleville, quelques jours avant l’élection présidentielle qui allait voir s’affronter Emmanuel Macron et Marine Le Pen au second tour, puis finalement consacrer Emmanuel Macron, était sauvagement assassinée Sarah Halimi. Un drame passé sous silence, ou presque, dont le caractère antisémite ne fut reconnu que quelques mois plus tard.

Pour Jérémy Cohen, « l’antisémitisme n’est pas prouvé », précise Maître Gilles-William Goldnadel, mandaté par la famille pour les dysfonctionnements policiers, personne n’étant capable, par exemple, de dire si le jeune homme avait sa kippa au moment des faits. Mais « à tout le moins, le rapport de cause à effet direct entre l’agression et la mort du jeune homme est très clair ». Faudrait-il, en sus, occulter cette agression, par délicatesse, pour ne pas souligner de façon fâcheuse l’échec de ce quinquennat en matière de sécurité ? Sur CNews, le chroniqueur et conseiller en communication Arnauld Champremier-Trigano, proche de EELV, juge que « parler d’un fait divers (sic) à quatre jours d’une élection n’est pas neutre ». Ce qui serait neutre, sans doute, ce serait de ne pas en parler, comme en 2017 pour Sarah Halimi ? Nous prend-il tous collectivement pour des abrutis ?  Si « l’extrême droite » tire parti de ces sujets, ce n’est pas parce qu’elle en parle, mais parce que les autres n’en parlent pas.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :